dimanche 24 octobre 2021

Pissaro peint Rouen


Retour à Rouen ! souvenirs, souvenirs ! enfance ... Lycée Corneille ...Seine en bas, colline sainte-Catherine au sommet...Le port industriel fait une entrée triomphale dans la peinture moderne en 1874 lors de la première exposition impressionniste, avec l'œuvre de Claude Monet peinte au Havre, Impression, soleil levant. Mais c'est Camille Pissarro qui, peu après, donnera toute sa dimension à ce thème à travers une importante série réalisée pendant vingt années, de 1883 à 1903, dans les trois ports normands de Rouen, Dieppe et Le Havre.

À l'occasion de sept séjours successifs, Pissarro déclinera à l'envi, à Rouen comme à Dieppe ou au Havre, depuis le même point de vue, des paysages aux ambiances tantôt lumineuses, pluvieuses, brumeuses. Le thème est : « Pissarro dans les ports », je vais le développer pour vous à Rouen. Rouen fait parler d'elle, dans la mesure où le maire a déposé Napoléon, pour mettre à la place une farce : l'Empereur à vélo sur la roue arrière, affublé d’une veste bleue et d’un sac à dos, façon livreur Uber, réalisé par le sculpteur local Mieszko Bavencoffe, pour les journées du "matrimoine", tout cela avant que Gisèle Halimi arrive, j'imagine à cheval, en écuyère, car tout désormais se doit d'être à Rouen : "genré féminin" ! ! (1)



Rouen préfigure ainsi la ville après covid : plus de voitures, remplacées par des tas d'ordures, des tags, des immondices. Le street art remplace avantageusement l'ancien art-néoclassique décadent
Napoléon est gommé de l'Histoire, réécrite en français genré (et repentant)

Je reviens cent-vingt ans en arrière, avec notre ami Camille : après une dizaine d'années passées à Pontoise, une bourgade encore assez rurale de la région parisienne, Camille Pissarro éprouve le besoin de renouveler son répertoire de motifs. Sur les conseils de son ami Claude Monet, dont le frère vivait à Rouen, l'artiste se rend en 1883 dans la capitale normande.

la voilà la côte ste Catherine, et la vue sur les flèches des cent églises

l'ile Lacroix et sa cheminée, sans et avec brouillard
Bonsecours




Lors de ce premier séjour, Pissarro découvre la ville et déambule sur les quais de la Seine, en quête de motifs. Il peint un ensemble assez varié de dix-huit œuvres, ne privilégiant aucun sujet particulier.

Il revient à Rouen douze ans plus tard, en 1895, pour réaliser quelques aquarelles. De retour à Paris, l'artiste découvre à la galerie Durand-Ruel la série des Cathédrales que Claude Monet a peintes à Rouen en 1892 et 1893. Frappé par « l'unité » de ce travail, du type de celle qu'il recherchait depuis longtemps, conscient que « c'est dans son ensemble qu'il faut que ce soit vu », Pissarro décide de se fixer à nouveau à Rouen pour y réaliser lui-même un ensemble cohérent. Il va notamment illustrer dans des ambiances différentes, notamment pendant le brouillard (ce qui n'a pas du arriver souvent ...) et la pluie (même remarque !), tous temps rares dans la ville aux cent clochers, les ponts Corneille et Boieldieu, le centre de la cité portuaire. 


la prise de vue est différente, on voit les quais avec les vapeurs



là il est en plein brouillard








j'ai agrandi le vapeur, fasciné par ce bateau comme ceux plus petits de Bayonne

Contraint par une maladie des yeux à ne peindre qu'en intérieur, l'artiste installe son atelier dans une chambre d'hôtel, sur la rive droite. Encouragé par l'accueil favorable qu'on réserve à ses peintures, il revient une troisième fois en novembre 1896, puis une quatrième durant l'été 1898, changeant à chaque fois d'hôtel, mais restant sur la même rive de la Seine.

Tournant le dos à la vieille cité médiévale, Pissarro est fasciné par le spectacle de l'activité intense de ce port fluvial en pleine mutation. Désireux de montrer les aspects dynamiques de la ville moderne, le peintre privilégie, dans ses peintures comme dans ses estampes, l'activité laborieuse du port. Les ponts Boieldieu et Corneille, les docks, la toute nouvelle gare d'Orléans sur la rive gauche deviennent ses motifs privilégiés.

Mais l'artiste s'attache surtout à traduire l'atmosphère des lieux et les infinies variations lumineuses, à travers des effets de brume et de brouillard, soleil couchant, pluie... Les changements incessants de temps le conduisent à mener de front l'exécution de plusieurs tableaux à la fois. « J'ai des effets de brouillard, de brume, de pluie, soleil couchant, temps gris » écrit-il, s'inquiétant parfois « il me manque quelques bonnes séances pour deux soleils couchants, deux brouillards, un soleil et un temps gris le matin... aurai-je ces effets d'ici fin mars ? ».

avec Pissaro, on suit et descend la Seine, les quais, et l'activité du port fluvial










mais la série qui fait penser à Monet avec la cathédrale changeante, ce sont les ponts dont Boildieu peint à différents moments du jour :



Au total, ce sont soixante-neuf peintures ainsi qu'une importante série de gravures que Pissarro exécute à Rouen. Pour votre info, je ne vous ai présenté que trente toiles ! 

Elles sont aujourd'hui disséminées dans différents musées du monde

pendant que le maire de Rouen

s'efforce, avec succès, de faire oublier qu'il est masculin, en réinventant

avec Madame Bovary et Gisèle Halimi...

... le genre féminin !

à l'époque de Pissaro, aucune voiture dans les rues de Rouen, effectivement les chevaux respectent le 30Km/h

c'était mieux avant !


PS (1) :

http://babone5go2.blogspot.com/2021/05/napoleon-rouen-gisele-halimi-et.html

PS 2 : plus précisément : La première campagne de C Pissarro à Rouen en 1883 consiste en la découverte de la ville et de ses environs à pied. C'est une peinture impressionniste de plein air. 

Les deuxième et troisième campagnes de C Pissarro à Rouen en 1896 (janv.- mars et sept.-nov.) voient l'élaboration de "séries". A cause de graves problèmes oculaires, l'artiste est en effet obligé de peindre depuis sa chambre d'hôtel (51 quai de Paris lors de son 2ème séjour, 7-8 cours Boieldieu pour le 3ème, entre les ponts Boieldieu et Corneille). Le temps n'étant pas toujours au beau fixe, C Pissarro y compose à certains moments jusqu'à 12 tableaux à la fois.

La quatrième et dernière campagne de C Pissarro à Rouen reprend le travail effectué en 1883 et 1896, à savoir un retour à la peinture en plein air et à des séries vues de sa fenètre, celle de la chambre de l'hôtel d'Angleterre où il a pris pension comme précédemment. Mais c'est la première fois qu'il y séjourne l'été, ce qui lui permet de travailler aussi au grand air, sur le motif. Cette campagne est la plus fructueuse des quatre et dure presque trois mois du 23 juillet au 15 octobre 1898 avec 20 tableaux.

Plutôt connu comme représentant de "l'impressionnisme rural", C Pissarro n'en est pas moins le peintre de Rouen par le nombre et l'importance de ses oeuvres (69 huiles sur toile, 54 pour C Monet dont 32 pour la série des Cathédrales en 1892-93).

Il va même, durant les dix dernières années de sa vie, se concentrer sur les vues urbaines de trois ports normands : Rouen (69), Dieppe (30) et Le Havre (24), soit environ 120 peintures, se hissant en définitive au rang du plus urbain des peintres impressionnistes avec plus de 300 tableaux, si l'on ajoute les 39 composés à Londres et surtout les 146 à Paris.

il faudrait que je poursuive ce recensement fascinant, 

pour vous montrer la mer, 

comme ici aux "petites Dalles" :


pour vous remercier de votre attention,

je vous offre ce vapeur arrivant au bout de la jetée du Havre !




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