mardi 17 octobre 2017

Dîner de cèpes

Les cèpes ici, il y en a à gogo, autre chose qu'à Pont de Suert. 

Antoine a un coup qui lui appartient et à lui seul non seulement pour les trouver (aidé de son Discovery) mais surtout pour les préparer : il faut de fines lamelles. Ne jamais les superposer dans la poêle (patinée par de longues décennies d'usage domestique). Ne pas lésiner sur l'huile d'olive (comme on enduirait un moteur pour qu'il tourne rond). Et laisser cuire très lentement, pour bien imprégner. J'oubliais, ne pas mégoter sur l'ail, qui grille de concert, et laissera sous la dent une texture ferme qui croque, essentiel accompagnement du cèpe.

A Caussade nous retrouverons à côté des cèpes récoltés à la machine en Corrèze ceusses qui viennent du terroir local, beaucoup plus goûteux naturellement. 






ce sont ceux-là qu'il faut acheter, ceux de Veissac


La préparation commence par ces images sublissimes :







évidemment, l'essentiel est dans l'assiette :






je suis désolé de ne pouvoir vous transmettre le goût !

Saint-Vincent nous a souri !

demain

enfin

on va à Tractomania !

lundi 16 octobre 2017

Coteaux Saint-Vincent

Après plusieurs années d'absence, retour à Tractomania, Caussade, et plus précisément retour à un autre Vincent : Saint-Vincent d'Autejac, où nous avons tellement de souvenirs. C'est l'automne, les ultimes travaux de récolte de soja et... de sarrasin... réexpédié en Bretagne ! Comme toujours, le maïs récolté n'est pas assez sec pour être commercialisé, il faut le sécher, et le gros Diesel tourne à donf (c'est du verlan) pour fournir l'énergie électrique plus compétitive que celle d'EdF, plus chère de jour en jour.



l'allée de platanes vers l'église




Le paysage de coteaux traditionnel, issu de la polyculture de vergers et petits élevages dont les canards, fait place peu à peu à de grandes plaines désolées et arides, adaptées à la mécanisation intensive, c'est foutu pour la tradition, mais c'est gagné pour le Progrès !









La ferme autrefois familiale, est devenue une industrie à façon, à destination des voisins qui refusent la participation à la coopérative.







dans la froideur du flash, les grains de maïs apparaissent comme la pluie d'or sur Danaé (1)


Préparation psychologique à Tractomania demain : les nouvelles machines énormes sont toutes là, à côté de celles qui les ont précédées, prêtes à vendre demain, au bénéfice des amateurs qui les rénoveront : rien ne se perd de la ferraille !




On comprend que comme on change de chaussures, on laisse de côté la voiture de ville, pour monter dans le Discovery, plus facile après de se garer, en poussant le-mec-devant-le-mec-derrière, sans risquer d'abîmer un pare-choc qui en a vu d'autres !


pour les labours ; pour la campagne ; pour la ville

manque la mer, 

mais le ciel est le même !


à suivre :

demain, on dîne de cèpes !


PS (1) : pour revoir Danaé, cliquer sur :

dimanche 15 octobre 2017

Loving Vincent


Vincent Van Gogh bien sûr !



bouleversant :

allez voir le film !


La période arlésienne est terminée, et n’est évoquée que par quelques flash-back. Nous sommes à Paris, été 1891, Armand Roulin, veste jaune, est le personnage central. Il est chargé par son père, le facteur Joseph Roulin, barbe brune fournie, entrecoupée de traits de peinture bleue, de remettre en mains propres une lettre à Théo, le frère de Vincent. En effet, la nouvelle du suicide du peintre vient de tomber. Armand, peu enchanté par l’amitié entre son père et l’artiste, n’est pas franchement ravi par sa mission. 


À Paris, le frère de Van Gogh est introuvable. Le jeune homme apprend alors par Père Tanguy, le marchand de couleurs du peintre, que Théo, visiblement anéanti par la disparition de son frère aîné, ne lui a survécu que quelques mois. Double drame ! Comprenant qu’il a sans doute mal jugé Vincent, Armand, peu sympathique au début du film, s’intéresse pour une fois à la vie d’un autre et devient le personnage principal : il se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois, pour essayer de comprendre son geste désespéré. Et se livre à une véritable enquête policière : il interroge ceux qui ont connu l’artiste, en vivant dans les lieux fréquentés par Vincent, l’auberge Ravoux, sa chambre, les champs de blé voisins….et les fameux corbeaux qui s’envolent comme en vrai en coassant, son dernier tableau !

il a du en vendre, des couleurs !




Adeline Ravoux



Un vrai thriller : Van-Gogh allait mieux après la déprime qui l’avait mené deux ans auparavant à se couper l’oreille. Il peignait à un rythme toujours aussi forcené. Beaucoup le connaissaient bien et savent en parler à Armand avec sensibilité, comme le batelier qui a été témoin d’une ballade sur l’eau avec Marie. On découvre des femmes, la serveuse Adeline….et Marie, la fille du docteur Gachet.








Après son roman-monde sur le Che (« La Vie rêvée d'Ernesto G. "), Jean-Michel Guenassia avec son livre « la valse des arbres et du ciel » nous ramène lui aussi à Auvers-sur-Oise, dans la maison du docteur Gachet, pour réécrire  l'histoire de la fin tragique de Van Gogh.

Le titre : « la valse des arbres et du ciel» est bien vu : quand on contemple un tableau de Vincent, on est saisi les premières fois par les tourbillons de couleurs qui marquent le ciel, la nuit étoilée, les champs : nous sommes devant un instantané, mais la peinture bouge déjà, alors qu’elle est immobile. 

Mais quand le film fait vraiment rouler le train au fond du paysage. Ou fait se mouvoir les personnages, briller les étoiles, étinceler les lampes à pétrole sur les tables de la guinguette dont les personnages parlent vraiment…la valse est complète, et le choc énorme : la peinture bouge comme en réalité, et nous rentrons dans une histoire vraie, une histoire peinte. Il faut dire que premier long métrage d'animation entièrement peint à la main, encensé au dernier festival d'Annecy, « Loving Vincent » autrement dit "La Passion Van Gogh" en Français tient du miracle visuel. Chapeau à Dorota Kobiela, de Hugh Welchman et de leur équipe, pour leur film réalisé en Pologne.

époustouflant !

« La Valse des arbres et du ciel " n'est pas une simple uchronie. (Je trouve ce mot peu usité dans un commentaire savant, voilà ce qu’il signifie : selon l'inventeur du terme, Charles Renouvier, l'auteur d'une uchronie écrit l'histoire, non telle qu'elle fut, mais telle qu'elle aurait pu être, à ce qu'il croit). Dans une brève postface, Guénassia précise qu'il s'est inspiré des découvertes plus ou moins récentes sur la vie du peintre pour bâtir son intrigue : les doutes sérieux sur son suicide (évoqués dès le début du XXe siècle par un autre docteur), sa possible love story avec Marie Gachet, la fille du médecin, et le don fait par cette dernière et son frère Paul de faux Cézanne et de faux Van Gogh  peints par son père (conservés au musée d'Orsay). Une belle matière pour une oeuvre romantique ou un polar historique !

Impossible qu'un droitier se tire une balle de bas en haut côté gauche du ventre ?
Jean-Michel Guenassia conjugue un peu les deux dans son roman documenté qui se lit comme un thriller. L'héroïne et narratrice est Marie Gachet, jeune fille en mal de liberté, qui veut devenir peintre et rêve de partir en Amérique pour quitter son père qui la méprise et l'étouffe. L'écrivain fait un sort au fameux docteur qui, sous sa plume, n'est plus le sympathique mentor des impressionnistes, mais un homme intéressé et brutal. Marie tombe vite amoureuse de Van Gogh, mais son coup de foudre est d'abord pour la toile que l'artiste peint dans un champ de blé. La tendresse pour l'homme vient après. Van Gogh est le symbole du génie sans entrave, la promesse d'une vie d'artiste libre. La fusion intellectuelle avec cet homme deux fois plus âgé qu'elle est totale. Mais lui, l'aime-t-il ? Sa vraie maîtresse reste la peinture.

le champ de blé aux corbeaux, le dernier tableau
Quand il découvre leur liaison, le docteur Gachet entre dans une rage folle - le compte à rebours tragique est commencé. A travers son roman noir, Guenassia met en relief le rude combat des femmes pour exister dans une France de la fin du XIXe, paternaliste et petit-bourgeoise. En entrecoupant le récit de Marie de coupures de presse, il nous montre l'état d'esprit étriqué de la Troisième République triomphante. Ecrit dans un style classique, « La Valse des arbres et du ciel » s'anime quand l'écrivain évoque la palette de Van Gogh. L'histoire d'amour de Marie et Vincent est d'abord une histoire d'amour de l'art.

Marie ne se mariera jamais après la mort de Vincent, et conservera accroché dans sa chambre durant le reste de sa vie le tableau la représentant dans le jardin familial.



Dans une longue lettre Vincent dit : "Je n’ai pas d’enfants, et je ne pense pas que j’aie la moindre chance de me marier et d’en avoir un jour, mais d’une certaine manière, mes peintures sont ma progéniture."

J’ai autrement mieux vu la peinture de Van Gogh,

j’ai vu sa vie

un éblouissement !


la bande annonce :



PS : quelques billets précédents :