samedi 8 août 2020

Tibiran : la suite (6)

le centre-ville et le monument circulaire : les thermes centraux
je sais, le Nord est en bas !

En cinq billets, je vous ai relaté comment Lugdunum-romain se comportait comme une petite Pompéi, s’alimentait en eau, la science consommée des hydrauliciens ayant inventé un puits artésien captant une résurgence karstique, en faisant remonter l’eau de 3,3 mètres. La science des maçons ayant construit un aqueduc conduisant l’eau en ville basse, en s’accommodant des reliefs, des ruisseaux traversant le cours en construisant des ponts, et en s’accrochant au bord des aplombs rocheux jusqu’à la muraille de Lestang. On perd la trace des conduites à l’arrivée, on ne retrouve pas trace du château assurant la distribution, le castellum divisionis d’où partent comme à Nimes les tuyaux de plomb amenant l’eau par pression. Mais on sait que ces conduites existaient, qu’elles étaient présentées autrefois dans le musée, on devine qu’aujourd’hui elles sont soigneusement abritées dans quelque réserve secrète ?

A quoi servait cette eau ? à boire certes, mais en quantité, aux thermes



Et on les retrouve, ces thermes, du moins leurs ruines, au centre, et au Nord, dans les prairies, toujours entourées de leurs haies qui nous ont servi de guide jusqu’à maintenant, qui cachent l’essentiel, mais protègent ce qui existe dessous, invisible depuis 2045 ans. Dessous c'est la ville romaine ; les villas, les mosaïques, dont témoignent encore les anciens s'amusant à "pisser dessus" en descendant dans les caves quand ils étaient mômes.

le Nord, c'est à dire la Garonne, (et le port), est à droite

astuce (archéologique) : le  Nord est en bas !
le  Nord est reparti à droite

les latrines, voilà l'endroit stratégique !


imaginez une chaise (percée) placée dessus : liquide=devant ; solide = arrière, pile sur la fosse...!
voici les lieux intacts à Ephèse en Turquie


Et l’équation « rien ne se perd ; rien ne se crée », reste valable en matière d’eau courante : s’agissant des thermes romains coulant ad libitum. S’agissant des latrines, lieu indispensable de toute humanité, devant évacuer ad libitum les déchets à l’égoût, me vient à l’esprit un théorème :

l’eau qui arrive doit bien partir à l’exutoire

l’exutoire c’est la Garonne

Il doit donc bien y avoir quelque part les mêmes égoûts que les ouvrages ayant conduit l’eau d’amenée. Leur dimension est comparable.

Qui dit aqueduc d’amenée, dit aqueduc de sortie





Il n’est pas difficile de regarder les thermes du Nord avec un œil neuf : un seul endroit existe pour garer la voiture, il est à l’ombre, et il n’y a personne aujourd’hui. Je me promène dans la piscine, où reste un vestige du revêtement de marbre gris, et pense que cette piscine doit contenir un mètre de terre sur le sol du fonds, peut-être intact ? on aurait envie de creuser ! Partout, on devine des cheminements dessous, conduisant la chaleur des feux allumés pour réchauffer l’eau. Voici les latrines, certes elles ont disparu, mais on imagine les sièges alignés en rang d’oignon, superposés sur la tranchée bien visible où tombaient les excréments. Un grand coup de chasse d’eau par-dessous, et le lavage à grandes eaux évacuait tout à l’aval …. Comment ? Par un grand ouvrage maçonné.  Vous vous souvenez de mon ami spéléologue, une spécialité indispensable ici ; la reptation dorsale, pieds devant ! Là, le format est plus grand, on peut ramper à genoux, l’intérieur est intact… sur des dizaines de mètres !

tous ceux qui possèdent une natatio savent qu'avant de la remplir, il faut pouvoir la vider

le niveau du skimmer confirme que le fond doit être à un mètre dessous ?



A l’extérieur on  ne voit rien. Un chemin transversal existe encore, il a du faire une coupe dans l'ouvrage quand la route a traversé le canal à l’époque, sans doute en l’écrasant ? La mémoire de ce méfait disparue, on ne peut qu’imaginer la suite : le chemin initial longeant le canal servant à visiter l’ouvrage ; l’ouvrage caché par des haies millénaires. La route romaine ouverte pour y enfouir le tout à l’égoût moderne ; la route devenue chemin de terre moderne. C’est la route d’accès au port romain en rive gauche de Garonne. Se jettent dans le port les eaux usées de la ville basse, les ablettes sont attirées par les égoûts, et les jeunes romains pêchent l’ablette au bord de l’eau.

on n’a rien inventé !


l'explication se passe sous terre
sans spéléo, on ne voit rien : notre ami Gus.... lui

l'as de la reptation dorsale, voit tout :





et puis le tunnel s'affaisse, et montre les tuiles du radier

toutes ces photos uniques sont la propriété de A.G, montées par M.B



merci encore à Bertrand M. et Gustave.A 

pour leur contribution décisive !



demain, on continue avec Aiga bera, 

personne n'a trouvé le castellum aquae :

il est trop grand !

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