jeudi 20 août 2020

Tibiran : je cherche une citerne (8)



l'aqueduc de Pompéi comme tous les aqueducs aboutit à une citerne
à l'intérieur l'entonnoir de vidange protégé par un muret garantit la décantation des boues



En sept épisodes, nous avons retrouvé l'amont du système d'eau potable alimentant Lugdunum convenarum et émis une hypothèse sur le château d'eau terminal, desservant les thermes du Nord. C'est toujours frustrant de s'arrêter en chemin, alors que l'aventure a si bien commencé ! D'autant plus que la vision des thermes du nord, isolés dans les prairies recouvrant la ville romaine et ses villae, nous a fait découvrir des ouvrages toujours présents, même s'ils sont cachés, renvoyant les eaux usées au port, dont la position découverte en 2018 est d'ailleurs bien confirmée (1).

Je me pose à ce stade la question : -"Que cherchai-je" ? Le plus grand nombre dirait : "Qu'est-ce que je cherche" ? (C koi ke jecherche) Car les ingénieurs romains étant des "copieurs intelligents", répétaient partout les mêmes pratiques, ont du (du moins je le pensais) créer ailleurs ce que je cherche et vais ainsi pouvoir copier ?

si je sais ce que je cherche, je pourrai mieux trouver ?

J'ai effectué pour vous un voyage virtuel qui va nous emmener à Bath, en Angleterre, qui conserve les thermes romains les mieux conservés de toute l'antiquité. Je vous ferai découvrir ainsi Minerve, car il est impossible de faire quoi que ce soit à l'époque sans le placer sous les auspices d'une déesse ou d'un dieu quelconque. Ou au minimum d'une nymphe ou d'une fée !



les bains de Bath sont chauds, issus de ce captage



voici des grand-bretons-soumis, comme nous sommes des Gaulois-soumis, colonisés par l'envahisseur Romain nous contraignant à l'hygiène



Il n'y a jamais d'eau sans déesse, ou allusion aux nymphes, d'ailleurs à Bath on dit de nos jours :

"water is best" : l'eau est ce qu'il y a de mieux !
et du temps des Romains, on vénérait Aquae Sulis identifiée à Minerve :





et on lui adressait, en les jetant à l'eau, des tablettes de défixion, visant à exercer des ... malédictions ! pas mal n'est-ce pas ! -"veuillez faire que mon patron ait un petit accident" ! 



Une parenthèse : Ancely, c'est Tolosa ! vous vous souvenez qu'a été découverte à Toulouse, précisément Ancely,  en 1960 une piscine de 19*16 m, le sol en dallage de briques ? Elle est accessible sous les HLM dont la construction a provoqué la découverte :




Vous commencez à comprendre ce que je cherche : une citerne d'eau ; une fontaine ; des inscriptions ; une déesse m'arrangerait bien, une Aquae Sulis locale, une allusion à une fée sortie d'une source ou même d'un gouffre comme Générest (ou la Saoule) ?

J'observe que la vie est bien compliquée, puisqu'il existe une aquae convenarum, pas de chance, c'est Bagnères de Bigorre et pas Lugdunum convenarum ! 

En parlant d'inscription, il y en a une connue des hydrauliciens, c'est celle de Chagnon, qui signale la nécessité de respecter une distance de circulation par rapport aux aqueducs, mais elles sont bien rares, à part les hommages à Auguste genre Aqueduc Augusta que l'on trouve à Naples :


Tiens, en fouinant sur google map, je découvre que bien qu'ils soient américains, ils ont repéré le nom de ma route sortant du lieu où j'imagine ma citerne en insistant sur la toponymie 

Aygo bero

j'y reviendrai dans mon billet n°9, depuis que je suis allé sur place avec le drone
Nous ne sommes ni à Rome ni à Naples, 

et pouvons toujours rêver de retrouver de telles inscriptions :



Réfléchissons maintenant au contenu d'une adduction d'eau : nous sommes habitués à Nimes ou Lyon d'identifier les ouvrages, et soumettre leur protection à Stéphane Bern; Surprise, grâce à Marcel Baillache, Lugdunum est inventorié parmi les (grandes) villes ayant fait l'objet de travaux romains d'adduction d'eau ! D'abord un captage. Nous l'avons trouvé. Un ou des aqueducs, OK. Entre-temps des bassins de décantation, pour séparer les éventuelles boues transportées. Un château d'eau, pour stocker l'eau de la journée, d'où cette eau partira sous pression dans des tuyaux de plomb pour desservir les maisons et les thermes, sans oublier les jets d'eau divers et variés. Il n'est pas toujours nécessaire de disposer d'un castellum divisionis comme à Nimes, d'ailleurs on n'en a trouvé que là. Quand je dis château d'eau, il serait plus simple de dire citerne. Parfois, il s'agit d'un bâtiment monumental, que l'on va remplir d'eau comme à Istanbul-Constantinople. Ailleurs comme à Carthage, on va juxtaposer des silos couverts énormes ! 



oui c'est à Paris, à Montsouris, une citerne moderne, que l'on dirait romaine !

Sbetila

Carthage, mais on dit Malga




encore à Naples, la piscina mirabilis est la plus grande du monde romain : 70*25,5*15 mètres
total 12.600 m3


je sais maintenant ce que je cherche :

 la citerne de Lugdunum convenarum :

elle ne ressemble à rien de connu !



PS : (2) c'est quoi que je cherche ?



grâce à Baillache, Lugdunum figure dans la liste des aqueducs romains français !

PS (3) : J'ai prié Sainte Eulalie de Mérida, la même que celle de Soueich, et me suis rendu sur place


en haut à gauche, l'aqueduc de Mérida aboutit à une torre romana de agua





PS (4) : je cherche une nymphe des eaux

Bath nous fait comprendre que tout ce "bazar" implique des valeurs : l'eau est tellement importante, l'aygo es d'or dit-on en Provence, qu'il faut bien qu'une divinité bénisse ce don. Ici les fées et les nymphes ont de tout temps hanté les sources et les fontaines : il n'y a pas de fontaine sans déesse associée. Tenez par exemple à Septeuil, dans les Yvelines :



on se croirait à Montmaurin ... ou à Pompéi : la nymphe des eaux orne le temple des eaux

pareil à Esperandieu

étonnamment pareil à Tarragone, même pose, même attitude, l'amphore symbolise la source

mon copain Emmanuel Villanis a synthétisé cette image avec "Rebecca au puits"
au musée Salies de Bagnères de Bigorre, autrefois "Aquae convenae" (ce que je trouve injuste), cette nymphe est évidemment parfaite


conclusion

au bout de l'aqueduc de Lugdunum, je cherche un bassin de décantation, suivi d'une citerne, assez grande pour stocker les eaux d'une journée de débit du puits de captation, évaluée à 13.000m3, je n'en reviens pas, comme Naples ! Dans notre cas précis, cette citerne a une cote permettant de desservir sous pression les thermes du Nord par des tuyaux de plomb, (qui ont du être découverts et stockés par Bertrand Sapène). Un réservoir de 80 mètres de diamètre, ce qui est assez énorme pour justifier le terme de Aygo bero, et dont les murs mesureraient 2 m de haut conviendrait. L'intérieur serait rendu étanche par l'application habituelle d'un mortier de tuileau étanche, comme à Ancely. Tant qu'à faire, ce serait moi, j'édifierais dans le bon axe une petite fontaine, ornée d'un monument attirant l'oeil, servant de cadre à une petite Minerve, à moins que ce soit Diane ou Vénus, peu importe puisque ce serait une allusion à l'eau courante, source de bienfaits ! Le tout resterait modeste, car nous ne sommes pas à Naples, mais dans un contexte urbain disposant de deux thermes, pour une quinzaine de milliers d'habitants seulement.

....que les gens du coin déposent dans la citerne des tablettes de défixion ne serait pas incongru : je me souviens de cette anecdote concernant les vierges de bleu de Valentine, la coutume étant de posséder une statue de vierge chez soi, pour la prier en cas de malheur. Dans notre cas il s'agit de la Vierge de la rue du Bac, dont les mains étendues vers le bas envoient dix rayons d'énergie, et à qui on peut formuler un voeu. On trouve couramment des statues les mains brisées : le voeu n'ayant pas été exaucé, la vierge est punie en ayant les mains coupées ! Belle mentalité, non ?

je vous dirai dans le billet suivant, le numéro 9, 

si je crois avoir trouvé !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire