mardi 24 mars 2020

Helle sort en Ariège !

Nous restons confinés, et prenons conscience que cette "retraite forcée" va durer longtemps. Nous serions un milliard huit dans cette situation, sur les sept milliards d'individus sur Terre au total, donc le virus a un champ majoritaire pour s'éclater partout où les humains se baladent encore ! C'est certainement le moment de réfléchir (un peu), et de prendre conscience de la place de l'homme (je n'oublie pas la femme bien entendu) sur cette planète. Nous observions avec effroi la VIème extinction, le fameux anthropocène, c'est à dire la fin de la biodiversité, qui ne frappait jusqu'alors que les autres êtres vivants, à l'exception bien entendu de l'espèce humaine. Nous nous sentons maintenant étonnamment concernés, depuis la disparition dramatique des médecins à la retraite venus reprendre du service pour s'occuper de nous. Je pense à eux et à leurs proches ! 

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Oui, nous sommes un peu avant la saison, en Ariège, "terre courage", et tombant sur les aquarelles d'Anne Maufret, je voulais vous les montrer. Le cuivré de la bistorte est un nom bien compliqué pour traduire le latin Lycaena helle, mais vous allez voir qu'en cherchant la bistorte, on peut ...le  trouver !






















voici le site facebook du Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises :


Comme les femmes (entomologistes) sont devenues supérieures aux hommes (comme dans tous les autres domaines Mesdames), je vous communique la conversation avec la photographe Véronique Déthier, à qui Anne demande l'endroit où elle a pris sa photo, je signale que l'on ne doit jamais ni poser cette question, ni jamais lui répondre !



Le Cuivré de la bistorte est un petit lycène cuivré mythique, car très joli, et très localisé donc super rare. Le fait qu'il vole en Ariège est une belle compensation pour ce département rural, riche de son Parc et de sa Nature encore préservée. Le papillon présente un léger dimorphisme sexuel. Le mâle, plus petit, (et plus beau) est violet (ou plutôt présente un glacis violet qui recouvre presque totalement un fond orange) avec une bande submarginale orange alors que la femelle, plus grande présente des dessins en ligne submarginale de points bleus sur fond orange aux ailes antérieures.



le voilà sur une fleur de bistorte

Le revers de l'aile antérieure est orange orné de points noirs cerclés de blanc et l'aile postérieure est marron clair avec une bande submarginale orange bordée à l'intérieur de points noirs soulignés de blanc.

Comme l'aurait chanté Bécaud, l'important dans cette affaire, est la bistorte, polygonium bistorta, qui vit les pieds dans l'eau, ce qui renseigne sur le biotope de notre cuivré. 



Comme on le voit avec ses feuilles, il ne faut pas confondre la bistorte, dite "fausse oseille", avec l'oseille, la vraie ! Le nom latin, polygonum, provient des mots « poly » (plusieurs) et « gonu » (genoux). La plante fut baptisée ainsi en raison des renflements qui apparaissent sur sa tige et qui s’apparentent à des genoux. La bistorte était déjà mentionnée dans le capitulaire De Villis de Charlemagne, un acte législatif rédigé entre la fin du VIIIe siècle et le début du IXe siècle. 

le fameux reflet violet du mâle

On utilise les rhizomes pour leurs propriétés médicinales. Cette plante est appréciée pour ses propriétés astringentes (elle assèche les tissus) et toniques (elle stimule l’activité de l’organisme). Elle est utilisée pour traiter les diarrhées, les gastroentérites, les stomatites (inflammations de la muqueuse buccale), les pharyngites (inflammations du pharynx), les urétrites (inflammations de l’urètre), les aphtes et la tuberculose. Grâce à son effet vulnéraire, elle facilite la cicatrisation. C’est pourquoi elle est également indiquée en cas de saignements en dehors des règles (métrorragies) ou de pertes blanches, ainsi que pour soigner les plaies et les hémorroïdes. Associée à la gentiane, la bistorte permet de traiter les fièvres intermittentes.

Je vous dis tout cela car il va bien falloir reprendre nos pratiques d'herboristerie oubliées : depuis que nous ne pouvons plus compter sur la Chine pour fabriquer pas cher nos médicaments, nous devons réinventer (encore moins cher) la médecine par les plantes de nos ancêtres ?



tout est résumé sur cette carte : notre helle est très-trés-lo-ca-li-sé ! 
https://occitanie.lpo.fr/wp-content/uploads/2019/12/LR_Rhopalo_Zygenes_Occitanie_2019.pdf
page 100

Je rassure Anne Maufret (pour autant qu'elle en ait besoin) : les dessins de la bibliographie ne sont pas supérieurs aux siens, le violet étant infernal à faire ressortir !



http://diatheo.weebly.com/uploads/2/8/2/3/28235851/lycaena_helle__bib.pdf




La contrepartie du confinement généralisé est que les espèces localisées (les plus rares et les plus intéressantes pour les curieux) vont être laissées tranquilles pendant cette année 2020, et que la nature, privée momentanément de la présence des humains, 

... va pouvoir respirer en paix !

les papillons du monde entier regardent l'humanité,

...sidérés : 

cette fois, c'est nous et pas eux qui sommes en danger !

...restons confinés


PS : Jean-Louis Fourès sait où le trouver :
http://babone5go2.blogspot.com/2017/09/les-papillons-de-jean-louis-aspet.html

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