dimanche 6 septembre 2026

Le canon de Polyclete recréé grâce à Pompéi

 

Ce n'est pas du tout un canon, même s'il se nomme César !

les spécialistes disent à ce propos : "French Cesar"

mais il s'agit bien d'un canon, canone en Italien ! 

Polyclète avait entrepris en son temps de démontrer, par une « statue dont toutes les parties seraient entre elles dans une proportion parfaite », quels sont les rapports de grandeur dans lesquels la nature a placé la perfection des formes humaines. Il atteignit si bien son but que la statue qu'il donna comme exemple et comme modèle fut considérée comme un chef-d'œuvre incontestable. La tête entre au total sept fois dans le corps: trois fois dans le buste et trois fois entre le bassin et les pieds.

https://babone5go2.blogspot.com/2026/02/lhomme-et-la-femme-de-vitruve-devoiles.html

Comme j'ai de la suite dans les idées, je vous ai expliqué ci-dessus que Vitruve avait aussi traité le sujet des proportions, avant notre Maitre Léonard da Vinci, dessinant l'homme de Vitruve, et j'avais aussitôt ajouté la femme de Vitruve pour faire égalité, considérant désormais que quand on évoque l'homme on doit aussi vite parler de la femme, en ajoutant qu'elle est supérieure à l'homme pour s'attirer les grâces des Amazones que forment désormais les rangs de LFI, des écologistes, sans oublier les célèbres drag queens à la Française lors des Jeux Olympiques de Paris.

Selon Cicéron, comme on demandait à Lysippe comment il avait appris son art, il répondit « En étudiant le Doryphore de Polyclète ». Cette statue, qui semble vouloir résumer et formuler l'art de la vieille école d'Argos a fourni le sujet de maintes dissertations esthétiques. Elles ont toutes le point de départ dans le type d'adolescent viril qu'a voulu réaliser Polyclète, et dans la discussion de l'idée du « canon » en sculpture. Pline l'Ancien (Histoire naturelle, XXXIV, 55) explique ainsi :

« Il réalisa aussi un enfant sous forme d'homme, le Doryphore, que les artistes appellent Canon, parce qu'ils y cherchent, comme dans une loi, les principes de leur art, et que seul parmi les hommes, il est considéré comme ayant réalisé l'art lui-même dans une œuvre d'art. »

Pour nos frères et soeurs écologistes, (car ce sont bien pour moi des frères et soeurs notamment Marine Tondelier toute en vert et cela même s'ils n'y connaissent rien en écologie), le Doryphore (Leptinotarsa decemlineata), ou Doryphore de la pomme de terre, est une espèce d'insectes de l'ordre des coléoptères et de la famille des chrysomélidés aux élytres jaunes rayés de noir. Cet herbivore, spécialisé dans les plantes de la famille des Solanaceae, est un ravageur important. L'expression « doryphore » désigne de façon péjorative un touriste ou un citadin qui envahit les campagnes pendant les vacances, ou plus historiquement un soldat allemand durant l'Occupation de la Seconde Guerre mondiale

Ainsi, le Doryphore, l'humain "porteur de lance",  incarne le mieux les théories du traité de Polyclète. La copie la mieux conservée de son œuvre est la copie romaine du musée archéologique national de Naples. Comme vous le voyez, il n'y a aucun rapport avec le doryphore qui mange vos plans de pomme de terre ! ! Le doryphore grec était un soldat chargé de transporter le butin au moyen de bois de lance. Le mot français « doryphore » signifie mot à mot « porte-lance » puisqu'il dérive de deux mots du grec ancien : δόρυ (bois de lance) et φόρος (celui qui porte)

La figure est animée par un contrapposto (l'inclinaison des hanches répondant inversement à l'inclinaison des épaules). Cette position a des répercussions sur toute la composition du corps de l'homme au repos. La jambe libre est dégagée d'un côté, la tête est tournée de l'autre. Une jambe est portante, et de l'autre côté, la main portait la lance. Cependant, la statue reste bidimensionnelle et frontale. De plus, le niveau d'idéalisation est très poussé, et l'équilibre de l'attitude n'a rien de naturel. Si la musculature et le réseau de veines sont entièrement maîtrisés, l'anatomie entre dans un schéma idéal. La ligne des pectoraux répond à celle des hanches, l'arc  thoracique répond à celui du bas-ventre, la hauteur de la tête équivaut à celle du pied. Le visage lui-même est particulièrement serein et régulier dans ses traits. L'ovale du visage est parfait, les mèches de la chevelure rayonnent de manière régulière, les arcades sourcilières sont nettes.

Pour tout vous dire, je trouve bizarres les hanches, et le pli que forme le bas-ventre qu'on dirait comme une cuirasse rapportée, sous forme de grande vasque symétrique, au-dessus du petit pénis replié habituel (et si mignon ainsi en position recroquevillée, surmonté d'une barbe tondue en triangle inversé). 

Le corps humain est observé à partir de la nature, mais cette observation est idéalisée pour proposer une formule plus idéale et équilibrée.

Claude Rolley précise que « tout est calculé pour la vue de face » ; et ailleurs: « le Doryphore ne marche pas ; il exprime la disponibilité pour tout mouvement, sans être en mouvement ».

Si l'original en bronze de Polyclète a disparu, environ 70 copies sont conservées aujourd'hui. La plus belle est celle qui est conservée au musée archéologique de Naples. Notre musée du Louvre conserve un moulage en plâtre du Doryphore, issu d'un atelier italien, réalisé sur l'original conservé à Naples au musée national archéologique (N° inv. 6011). Ses dimensions sont 213 cm de hauteur sur 70 cm de largeur et 75 cm de profondeur. Il n'est pas exposé au public, étant ainsi protégé des vols, mais il ne sert à rien puisqu'on ne le voit pas. Pourtant, son organe reproducteur caché par une feuille de vigne, il n'offenserait ni une femme adulte ni une petite fille, puisqu'au demeurant il est en plâtre comme vous le voyez. Même bizarre repli du bas-ventre.

musée d'Athènes à gauche ; Farnèse à droite, le Louvre ci-dessous


le Louvre en a un autre, on pourrait faire un bronze avec, 
mais on a une urgence avec la sécurité, enfin prioritaire !




Je vous ai parlé du Doryphore, mais toujours pas du canon de Polyclete !

Le Parc archéologique de Pompéi présente une nouvelle reconstitution scientifique en bronze du célèbre « Canon » de Polyclète, l’un des chefs-d’œuvre les plus emblématiques de la sculpture grecque antique, réalisée à partir des matrices historiques de l’ancienne fonderie Chiurazzi. Ce projet allie recherche archéologique, préservation et mise en valeur, en remettant au centre de l’attention l’un des symboles majeurs de l’art classique.


La reconstitution a été présentée au Parc archéologique de Pompéi en présence du ministre de la Culture, Alessandro Giuli, et du directeur du Parc, Gabriel Zuchtriegel. Le procureur de la République près le tribunal de Torre Annunziata, Nunzio Fragliasso, a également pris part à la rencontre et est intervenu sur le thème de la protection et de la mise en valeur du patrimoine culturel. Cette initiative marque le coup d’envoi d’un projet plus vaste consacré à la mise en valeur des matrices historiques de l’ancienne fonderie Chiurazzi, témoignage majeur de la tradition artistique et manufacturière italienne. Acquises par le Parc archéologique afin d’éviter leur dispersion à l’étranger, ces matrices redeviennent ainsi des outils de recherche et de production culturelle, restituant au public un patrimoine qui, depuis plus d’un siècle, a contribué à la connaissance et à la diffusion de l’art antique dans le monde.







Réalisé en Grèce vers 440 av. J.-C., le Canon de Polyclète est considéré comme l’une des œuvres les plus emblématiques de l’art classique. L’original grec ne nous est toutefois pas parvenu, comme ce fut le cas pour de nombreux chefs-d’œuvre de la sculpture des Ve et IVe siècles av. J.-C. Les œuvres des grands maîtres de l’Antiquité, parmi lesquels Polyclète et Phidias, sont en effet principalement connues grâce aux nombreuses copies réalisées à l’époque romaine. Bon nombre de ces copies romaines proviennent justement d’Italie, et plus particulièrement des régions du Latium et de la Campanie. C’est à partir de l’étude comparative de ces copies antiques qu’est née la « critique des copies », discipline fondamentale pour tenter de reconstituer l’aspect des originaux grecs perdus.

Une étape décisive remonte à 1863, lorsque le chercheur Karl Friedrichs identifia l’œuvre la plus célèbre de Polyclète dans une copie romaine découverte dans la Palestra Sannitica de Pompéi. Sur cette base, entre 1910 et 1912, la première reconstitution philologique en bronze de l’original grec a été réalisée en Allemagne, en assemblant des éléments provenant de différentes copies antiques et en utilisant la technique de la cire perdue employée par les sculpteurs grecs il y a plus de deux mille cinq cents ans.





Plus de cent ans après la première reconstitution, Pompéi propose aujourd’hui une nouvelle reconstitution du Canon, fruit d’un long parcours d’études et d’une collaboration internationale à laquelle ont participé des institutions et des spécialistes italiens, grecs et allemands. Cette nouvelle reconstitution apporte plusieurs éléments novateurs importants. La première concerne la polychromie : les sculptures de l’Antiquité n’étaient en effet pas conçues comme des œuvres exclusivement blanches, mais pouvaient présenter des couleurs destinées à rendre plus réalistes les cheveux, les lèvres et le teint. Un deuxième aspect concerne quant à lui l’objet que tient la figure. Les recherches archéologiques et l’étude des reproductions antiques suggèrent que le personnage pouvait tenir un javelot, l’akontion grec, et non une lance, le dory. Cette interprétation remet en question l’identification traditionnelle du Canon au Doriphoros, le célèbre « porteur de lance » de Polyclète.

Les sources antiques et les témoignages iconographiques sembleraient en effet indiquer l’existence de deux œuvres distinctes, plutôt que d’une seule sculpture identifiée tour à tour sous ces deux noms. Il s’agit d’une question qui reste au cœur du débat scientifique et qui contribue à remettre en question certaines des interprétations les plus établies concernant l’œuvre de Polyclète.

Deux moulages différents ont été utilisés pour réaliser cette nouvelle reconstitution. Pour le corps, on s’est référé à la statue de marbre découverte en 1793 dans la Palestre samnite de Pompéi, considérée comme la plus complète parmi les plus de cinquante copies romaines du Canon actuellement connues, tandis que pour la tête, on a utilisé un buste en bronze provenant de la Villa des Papyrus d’Herculanum, jugé d’une qualité particulièrement élevée et plus proche de l’original grec. Le javelot a été réalisé en combinant bois, cuir et métal.




Ce projet est directement lié à l’histoire de l’ancienne Fonderia Chiurazzi, fonderie napolitaine historique spécialisée dans la reproduction d’œuvres de l’Antiquité. L’acquisition de sa collection, réalisée grâce à l’exercice du droit de préemption, a permis au Parc archéologique de soustraire à tout risque de dispersion un patrimoine d’une valeur extraordinaire. La mise en valeur des matrices constitue désormais la première étape vers un projet plus vaste, qui vise également la réactivation éventuelle des activités de fonderie et de commercialisation des objets.


Fonderie Chiurazzi, Naples Début et milieu du XXe siècle
Rares sont les formes sculpturales qui transmettent une énergie concentrée avec une telle immédiateté extraordinaire.
Connue sous le nom de L'Atleta, ou le  Coureur d'Herculanum, cette statuette en bronze d'une grande finesse a été coulée par la célèbre Fonderia Chiurazzi d'après l'athlète antique exhumée de la Villa dei Papiri à Herculanum et aujourd'hui conservée au Musée archéologique national de Naples.
Le jeune coureur se penche résolument en avant, son corps suspendu entre l'immobilité et le mouvement. Ses lèvres légèrement entrouvertes, son regard intensément concentré et sa musculature subtilement dessinée créent une impression d'anticipation palpable, comme si sa silhouette était figée dans l'instant précédant un mouvement explosif.
Fondée à Naples à la fin du XIXe siècle, la fonderie Chiurazzi acquit une renommée internationale pour la production de moulages d'une fidélité exceptionnelle, dignes des plus grands musées, d'après les antiquités du Musée de Naples. Travaillant à partir de moules autorisés, réalisés directement d'après les originaux antiques, la fonderie atteignit un degré de fidélité qui rendit ses bronzes très recherchés par les musées, les familles aristocratiques, les érudits et les voyageurs exigeants du Grand Tour à travers l'Europe et l'Amérique.
Ce magnifique exemplaire de 53 cm conserve son socle à gradins d'origine, portant le sceau de la fonderie Chiurazzi en creux – un indice important de son origine. Sa surface finement ciselée et sa riche patine brun-noir rehaussent la sensualité du modelé, le mouvement rythmé et la remarquable précision des détails anatomiques.


L’objectif est double : élargir les activités culturelles et productives du Parc et, dans le même temps, soutenir une tradition artisanale qui conserve encore aujourd’hui un lien direct avec les techniques anciennes de travail du bronze. À Naples, il existe en effet des fonderies qui utilisent encore la fonte à la cire perdue, la même technique employée par les sculpteurs grecs au Ve siècle av. J.-C.

La nouvelle reconstitution du Canone devient ainsi le point de rencontre entre l’archéologie, la recherche scientifique, l’artisanat et la mise en valeur du patrimoine, démontrant ainsi comment l’étude de l’Antiquité peut se traduire par une pratique concrète et contemporaine.

Le projet scientifique a été coordonné par Maria Rispoli, Alessandro Russo, Maria Chiara Scappaticcio, Giuseppe Scarpati et Gabriel Zuchtriegel. Le projet d’exposition est l’œuvre de Silvia Bertesago et Tiziana Rocco, tandis qu’Anna Onesti, Andrea Foti et Stefania Giudice ont travaillé à l’acquisition, à la protection et à la mise en valeur de l’ancienne fonderie Chiurazzi. La réalisation en bronze a été confiée à la fonderie Ruocco, avec Giuseppe Ruocco, Maurizio Pinto et Maria Rosaria Ruocco. Le javelot a été réalisé par Anna Civale, Ettore Pizzuti et Angelo De Marzo. La reconstitution numérique de l’Éphèbe Westmacott en tant que « Dorifore » a été réalisée par Francesco Colace, Angelo Lorusso et Michele Pellegrino de l’Université de Salerne. Le projet a également bénéficié de la collaboration de chercheurs et d’institutions internationales, parmi lesquels Olimpia Vikatou (directrice générale des Antiquités et du Patrimoine culturel, Grèce), Demetrios Athansoulis (Éphorie des Cyclades), Eleni Kalavria (Musée archéologique national d’Athènes), Carmela Capaldi (Université de Naples « Federico II »), Angelo Meriani (Université de Salerne), Martin Maischberger et Agnes Schwarzmaier (Musées de Berlin).

« J’ai demandé si une reprise de la production, dans une mesure limitée et contrôlée bien sûr, pourrait endommager les moulages en plâtre, étant donné qu’ils constituent un bien culturel protégé », raconte le directeur du Parc, Gabriel Zuchtriegel, « mais c’est tout le contraire : c’est en ne les utilisant pas qu’on les abîme, car le plâtre se pulvérise. Je trouve là une très belle métaphore de notre patrimoine classique, qui se détruit si nous ne l’utilisons pas, dans les écoles, dans les musées et dans notre vie culturelle. Certains considèrent le monde classique comme un héritage obsolète dont on peut sans autre se débarrasser. Nous, en revanche, sommes convaincus que le classique est vivant et qu’il peut être source de croissance, non seulement culturelle, mais aussi économique et sociale ».

« La raison pour laquelle nous avons choisi de commencer la mise en valeur de la Chiurazzi avec cette statue est simple », a expliqué Zuchtriegel. « Nous voulions démontrer que la connaissance de l’art grec de la période classique ne peut faire abstraction de l’archéologie romaine, ni de l’étude de contextes tels que ceux du Vésuve, qui ont livré plusieurs exemplaires du Canon, dont un découvert dans les années 1970 à Castellammare di Stabia et aujourd’hui conservé au musée de Minneapolis. Au-delà de toute considération juridique, qui relève de la compétence du procureur Fragliasso qui a repris le dossier du soi-disant Doryphore de Stabia, il s’agit d’un fait scientifique : sans les contextes, c’est-à-dire les maisons et les espaces publics qui abritaient les statues, nous ne comprenons pas le phénomène des copies ».

« Nous sommes face à la reconstitution scientifique de l’une des œuvres d’art les plus célèbres de tous les temps, dont la signification dépasse la dimension esthétique et recèle une valeur philologique, artistique et culturelle. L’art de Polyclète repose sur le langage universel de l’harmonie. Tel est l’enseignement que nous ont légué nos ancêtres, l’école pythagoricienne et Polyclète, dont le Canon est aujourd’hui rendu au public », a déclaré le ministre de la Culture, Alessandro Giuli, qui a ajouté : « En soutenant des projets comme celui-ci, le ministère de la Culture continuera à remplir sa mission. La culture, c’est la diplomatie, la recherche, la formation, l’identité plurielle, le dialogue et la force créatrice d’harmonies, exactement comme le Canon de Polyclète ».

À Pompéi, le « Canon » de Polyclète renaît : une nouvelle reconstitution scientifique en bronze a été réalisée


au moment où la rumeur laissant penser que le Président Macron voudrait rester Président
en déclarant la guerre à Pourine,
le canon, vu par Polyclete,
devient une ode à la Paix.
Nous disposons au Louvre du plâtre préalable à une fonte française : 
ça coûterait moins cher d'en mouler un canon, que lancer un second porte-avion !

vendredi 4 septembre 2026

L'Héritage de Philippe Bouvard : 73 ans de mariage ; 60 ans de RTL...et ... des millions !

Il y a des voix qu’on croit éternelles. Celles qui accompagnent les trajets en voiture, les fins de journée, les repas de famille pendant cinquante ans. Ce lundi 24 août 2026, l’une des plus reconnaissables du paysage français s’est éteinte pour de bon. Et lundi 31 aout, avait lieu son inhumation et son ultime départ.

Philippe Bouvard est mort à l’âge de 96 ans. Le patron historique des Grosses Têtes, l’homme qui a fait rire trois générations de Français avec des jeux de mots parfois limites et des réparties toujours redoutables, a tiré sa révérence.

Mais dans les heures qui ont suivi l’annonce, une autre question a commencé à circuler. Une question très prosaïque, presque indécente, et pourtant absolument logique quand on connaît le personnage. Quel héritage laisse-t-il à ses descendant(e)s ?

Parce que l’homme n’était pas seulement un monstre de radio. C’était aussi un flambeur assumé, un joueur invétéré, un collectionneur compulsif. Et ce qu’il laisse derrière lui à ses deux filles a de quoi faire tourner la tête. Attendez de voir.

Une retraite annoncée à demi-mot, comme un adieu qu’on n’ose pas dire

Il faut revenir un peu en arrière. Parce que le départ de Philippe Bouvard ne s’est pas fait d’un coup, brutalement. Il s’est fait par étapes, presque en silence, avec cette pudeur qu’on ne soupçonnait pas chez un homme aussi bavard à l’antenne.

Depuis plusieurs années, l’animateur s’était progressivement retiré de la vie publique. Moins de plateaux, moins d’interviews, moins de tout. Comme si le grand fauve médiatique avait décidé de rentrer dans sa tanière avant qu’on ne l’y pousse.

« J’ai pris la décision, mais peu à peu, de me retirer, de dire au revoir ou de dire adieu. Mais enfin, c’était déjà fait », confiait-il au micro de RTL. Cette phrase, relisez-la. Elle dit tout du bonhomme : la lucidité, la distance, et cette manière de commenter sa propre sortie comme s’il s’agissait d’un fait divers.

Il ajoutait, à propos des auditeurs qui l’avaient suivi pendant des décennies : « J’aimerais dire que j’ai eu avec eux des liens privilégiés. Alors, j’ai eu des liens privilégiés et des liens que crée la voix et que ne crée pas toujours la lecture. »

Rien de larmoyant. Juste un constat. La voix crée un lien que l’écrit ne crée pas toujours. Venant d’un homme qui a écrit toute sa vie, l’aveu est vertigineux.

Philippe Bouvard est mort à 96 ans : « Vous resterez l'un de mes maîtres » avait dit Ruquier

C’est en janvier 2025 que Philippe Bouvard quitte définitivement les ondes. Une soixantaine d’années de radio derrière lui. Soixante ans. Le chiffre est presque impossible à concevoir dans un métier où les carrières se comptent en saisons. Soixante dix ans de mariage, déjà que les noces de diamant sont rares, treize ans de plus avec Colette, bravo !

Pour donner l’échelle : quand il commence, la télévision est encore un luxe, la France écoute la radio en famille, et la plupart des animateurs actuels ne sont pas nés. Quand il s’arrête, on écoute ses podcasts sur son téléphone dans le métro.

Il a traversé tout ça. Sans jamais vraiment changer sa formule. Un micro, des invités, des vannes, et cette voix de rogomme (Le rogomme est un vieux mot français qui désigne à l'origine une liqueur forte ou une eau-de-vie, et par extension, une boisson ou un vin traditionnel du Quercy) qui savait exactement quand couper une réplique pour la rendre plus drôle.

Les Grosses Têtes, c’était lui. Pas seulement un présentateur : un chef d’orchestre de la mauvaise foi et du bon mot. Il lançait un sujet, laissait la meute s’agiter, puis reprenait la main d’une phrase sèche. Le timing d’un horloger suisse et l’insolence d’un cancre du fond de la classe.

Mais ce que le public ne voyait pas, c’était l’autre vie. Celle qui se déroulait loin des studios. Une vie de démesure, de dépenses folles, de villas et de casinos. Et c’est là que l’histoire devient vraiment savoureuse.

Philippe Bouvard n’a jamais fait mystère de son rapport à l’argent. Contrairement à la plupart des personnalités françaises, qui se drapent dans une fausse pudeur dès qu’on évoque leurs revenus, lui en parlait ouvertement. Avec gourmandise, même.

L’homme aimait l’argent. Il aimait le gagner, il aimait le dépenser, et surtout il aimait raconter comment il le dépensait. Un épicurien décomplexé, comme on n’en fait plus, à une époque où l’étalage de richesse est devenu un délit médiatique.

Le luxe, le soleil, les belles voitures, les grandes maisons. Il ne s’en cachait pas une seconde. Pire : il en faisait des sujets de plaisanterie, retournant l’accusation de m’as-tu-vu avant même qu’on la formule.

« J’ai quand même été très prétentieux dans ma vie. Je me suis cru le nombril du monde », reconnaissait-il en 2022 dans les colonnes du Parisien. Et il enchaînait avec cette phrase qui résume une existence entière : « Je gagnais beaucoup d’argent mais je réussissais quand même à vivre au-dessus de mes moyens.

»


dans sa DS spéciale aménagée en bureau, il avait d'autres voitures spécialement aménagées

Vivre au-dessus de ses moyens quand on gagne beaucoup d’argent. Il faut un talent particulier pour ça. Et Philippe Bouvard l’avait développé au niveau de l’art.

La villa Katouchka, ou l’art de rater deux fois avant de trouver le paradis

Dans le Sud de la France, l’animateur n’a jamais fait les choses à moitié. Mais son parcours immobilier ressemble davantage à une comédie qu’à un placement réfléchi. Première étape : Tanneron, dans le Var.

Là-bas, il achète un terrain. Sauf qu’on lui a menti sur la superficie réelle. Une déconvenue franche, comme il le racontait lui-même. Imaginez la scène : le grand Bouvard, roi de la répartie, roulé dans la farine sur un bout de terrain provençal.

Deuxième étape : Valbonne, dans les Alpes-Maritimes. Cette fois, il reste. Quinze ans. C’est long, quinze ans. Assez pour croire qu’on a trouvé sa place, pas assez pour arrêter de chercher mieux.

Et puis un jour, il déniche la maison. Celle qui allait devenir son véritable havre de paix, son refuge, l’endroit où il déposait enfin les armes. Elle avait un nom qui sonne comme une chanson russe : la villa Katouchka...  en hommage à une chienne qui, disait-il, "était plus fidèle que bien des humains".

Et cette maison-là, il faut que je vous en parle en détail. Parce que les chiffres sont ceux d’un rêve de gosse devenu réalité.


n'étant pas paparazi, je ne suis pas certain à 100% d'avoir réellement trouvé Katouchka ?

3 190 mètres carrés, une piscine à tapis persan et un homme qui ne sait pas nager

La propriété s’étend sur 3 190 mètres carrés. La maison elle-même offre 442 mètres carrés habitables. Des pièces immenses, baignées de lumière, avec cette générosité d’espace qu’on ne trouve plus dans les constructions modernes.

Programme : 6 chambres, une salle de sport, un espace lounge, une véranda, un petit salon en plus et une piscine. 

Surface intérieur : 442 m² Superficie terrain : 3 190 m² Lieu : Cannes (06) Fin de chantier : 2021

Rénovation lourde avec extension et décoration.

J'ai retrouvé l’agence Marcoux Mathern & Associés, spécialisée dans la réhabilitation et l’aménagement de villas haut de gamme sur la Côte d’Azur, qui a conçu la villa à l’architecture classique au cœur de la Californie à Cannes. Les architectes ont méticuleusement suivi un cahier des charges alliant un mode de vie moderne à l’utilisation de matières nobles, notamment le noyer. Cette essence noble se dévoile dans les boiseries murales, les habillages d’embrasures et les détails de la décoration intérieure, fusionnant le classicisme existant avec une touche contemporaine recherchée.

Une vue saisissante de drone capture la splendeur de la résidence. Oasis de luxe et de raffinement révélée sous un nouvel angle, l’architecture imposante s’intègre harmonieusement dans son environnement. Le souci du détail et le goût impeccable se manifestent dans chaque élément de cette propriété. Les intérieurs, repensés avec une touche contemporaine, marient élégamment le noyer et le marbre, créant une atmosphère de luxe et de tranquillité. Les teintes chaleureuses du bois s’allient au blanc et au marbre pour une ambiance accueillante et raffinée.





Son bureau donnait sur une large terrasse. On imagine sans peine le tableau : l’homme installé devant sa machine, le regard qui dérive vers les pins, la lumière du Sud qui écrase tout, et les mots qui viennent quand même.

Mais le clou du spectacle, c’était la piscine. Pas une piscine banale, non. Le fond était orné d’une mosaïque représentant un tapis persan. Un tapis persan. Au fond d’une piscine. Sous l’eau.

Prenez une seconde pour visualiser le niveau de fantaisie que ça suppose. Ce n’est pas du luxe utilitaire, c’est du luxe poétique, presque absurde. Le genre de détail qu’on ne peut inventer que quand on a beaucoup d’argent et beaucoup d’humour.

Il y vivait avec son épouse Colette et leurs deux filles. Et il affirmait avoir l’impression d’être en vacances permanentes, même lorsqu’il travaillait toute la journée. Une sérénité totale, disait-il.

Sauf qu’il y avait un détail. Un détail qu’il révélerait bien plus tard, et qui rend toute l’histoire encore plus délicieuse.

Dix-huit casinos entre Menton et Cassis : le terrain de jeu du joueur

Une villa de rêve, une famille, le soleil. Pour beaucoup, ça suffirait. Pas pour Philippe Bouvard. Il fallait pimenter le décor idyllique. Et il avait trouvé exactement comment.

Entre Menton et Cassis, la Côte d’Azur compte dix-huit casinos. Dix-huit. Et l’animateur en franchissait très régulièrement les portes. Pas une fois l’an pour faire le touriste : régulièrement.

Le joueur invétéré n’a jamais renié cette passion. Le tapis vert, les jetons, le frisson de la mise. Un homme qui a passé sa vie à parier — sur les mots, sur les audiences, sur les provocations — trouvait une cohérence parfaite dans les salles de jeu.

On imagine le personnage à la table. La silhouette reconnaissable, la voix qui traîne, les croupiers qui savent qui il est. Et cette question qui flotte : combien a-t-il laissé, au total, dans les casinos de la Riviera ?

Personne ne le sait précisément. Mais quand on additionne les villas, les voitures, les mises, le tableau financier commence à ressembler à un gouffre. Un gouffre magnifique, mais un gouffre.


C’est dans ce fameux entretien au Parisien, en 2022, que Philippe Bouvard a lâché la confidence la plus stupéfiante de sa carrière. Une phrase courte. Deux chiffres. Et un aveu final qui transforme tout en gag.

« J’ai eu 200 voitures, trois villas avec trois piscines alors que je ne sais même pas nager. »

Relisez. Deux cents voitures. Sur une vie, ça fait une nouvelle voiture tous les trois ou quatre mois pendant soixante ans. À ce rythme, ce n’est plus de la collection, c’est du renouvellement compulsif.

Et surtout : trois villas avec trois piscines, alors qu’il ne savait pas nager. Voilà toute la philosophie Bouvard résumée en douze mots. Le luxe pour le luxe. La beauté du décor pour le décor.

Ce n’est pas de l’ostentation bête, c’est presque de la performance artistique. Acheter des piscines qu’on ne peut pas utiliser, c’est le degré ultime du non-sens assumé. Et il en riait le premier.

L’autodérision ne l’a jamais quitté. C’était sa marque de fabrique, son bouclier, son arme. Mais derrière la blague, il y avait une réalité comptable. Et cette réalité, ces dernières années, avait commencé à se compliquer sérieusement.

Quand le flambeur commence à vendre ses trésors

Les dernières années de sa vie ont vu Philippe Bouvard se séparer de plusieurs de ses biens. Et pas des moindres. Pas des broutilles dont on se débarrasse pour faire de la place au grenier.

Premier renoncement, et il est de taille : son hôtel particulier situé en plein centre de Paris. Un hôtel particulier, à Paris, intra-muros. Pour ceux qui ne mesurent pas, on parle d’un bien qui se compte en millions d’euros, dans un marché où ces propriétés sont comptées. « Ma femme a découvert cette maison après des jours et des jours de shopping immobilier. Elle appartenait à un marchand d’art. Lorsque je l’ai visitée, il y avait dans le jardin des Nanas de Nicky de Saint-Phalle et des reliefs de repas… qui se sont avérés être également des oeuvres d’artistes que le propriétaire a du débarrasser. J’ai toujours eu une passion pour les belles maisons. », avait-il précisé auprès du Figaro.



heureux à Paris à cause du jardin


heureux dans une maison d'artiste pleine de bouquins


le 4 octobre 2016

Deuxième renoncement, plus symbolique encore : sa Rolls Royce Corniche. La Corniche, c’est l’automobile de rêve des années 70 et 80, le cabriolet de luxe absolu, la voiture des stars et des puissants.

Se séparer d’une Rolls, quand on a possédé deux cents voitures, ce n’est peut-être pas dramatique. Mais se séparer de celle-là, l’emblème, l’objet totem, ça dit quelque chose.

Et ce n’était que le début de la liquidation.

Les enchères d’une vie : grands crus, livres et meubles

Aux ventes aux enchères, l’animateur a mis plusieurs bouteilles de grands crus. Sa cave, patiemment constituée au fil des décennies, est partie sous le marteau du commissaire-priseur.

Pour un épicurien, se séparer de sa cave est un geste lourd. Ce ne sont pas des bouteilles, ce sont des souvenirs liquides. Des dîners, des anniversaires, des soirs où on décide d’ouvrir la bonne parce que la vie est courte.

Il y a aussi eu de très nombreux livres. Un homme qui a écrit toute sa vie possède forcément une bibliothèque conséquente. Et cette bibliothèque, elle aussi, a été dispersée.

Et puis les meubles. Là encore, en nombre. On imagine les salles de vente, les catalogues, les visiteurs qui viennent surtout pour voir ce que possédait Bouvard plus que pour acheter.

même cette jolie lettre de BB a été vendue ! 

À ce stade, on pourrait croire à une descente aux enfers financière. Un vieil homme obligé de brader son patrimoine pour finir ses jours. Sauf que ce serait totalement passer à côté du personnage.

Non, il n’a pas tout dilapidé — et c’est là que ça devient intéressant

Il n’est absolument pas question de dilapidation de patrimoine avant la mort. Ces ventes ne signaient pas une déroute. Elles relevaient plutôt du grand ménage, de l’allègement volontaire de quelqu’un qui sait où il va.

Quand on approche des 95 ans, un hôtel particulier parisien devient un poids. La fiscalité de la villa de Cannes était hors normes. Une Rolls Corniche devient une voiture que l’on ne conduit plus. Une cave de grands crus devient un stock qu’on ne boira jamais.

Philippe Bouvard était tout sauf naïf. C’était un homme d’affaires redoutable, qui avait négocié des contrats pendant soixante ans dans un milieu impitoyable. Il savait compter.

Vendre ce qui coûte cher à entretenir pour transformer le tout en liquidités ? C’est exactement ce qu’un gestionnaire avisé conseillerait. Et ça change complètement la lecture de ces derniers mois.

Parce que ce qui reste, ce qui va être transmis, n’a rien d’un fond de tiroir. Le média Purepeople a évoqué le sujet, et le chiffre avancé va largement au-delà de ce qu’on aurait imaginé après tant de ventes.

Parce que l’héritage, ce sont d’abord des visages. Née 31 mars 1936 au Vésinet, Colette Sauvage, de son nom de jeune fille, est l’épouse du journaliste et animateur Philippe Bouvard. Ils se marient le 31 octobre 1953 au Vésinet. 73 ans de mariage ! Ensemble, ils donnent naissance à deux filles : Dominique, en 1954, alors que Colette n’est âgée que de 17 ans, et Nathalie, née dix ans plus tard en 1964. La vie de couple de Colette avec Philippe Bouvard a été émaillée d'épreuves difficiles. Le journaliste a reconnu à plusieurs reprises dans la presse avoir été un coureur de jupons et avoir fait quelques incartades. L’ancien animateur des Grosses têtes concède par ailleurs avoir été un mari et père absent pendant de nombreuses années.

Le lundi 24 août 2026, c’est elle qui annonce la mort de son époux à l’âge de 96 ans.

Dix ans d’écart entre les deux sœurs. Deux époques, deux enfances différentes, deux rapports probablement distincts à ce père omniprésent à la radio et forcément moins présent à la maison.

Toutes les deux sont devenues journalistes. Comme leur père. Le métier s’est transmis, la plume aussi, et cette curiosité qui pousse à poser des questions plutôt qu’à y répondre.

Dominique est mère d’une petite fratrie de trois garçons : Hugo, Théo et Lancelot. Nathalie, elle, a eu un seul enfant, un garçon prénommé Hadrien. Quatre petits-fils, donc, et aucune petite-fille.

Et au bout de la chaîne, deux arrière-petits-enfants. Quatre générations. « Deux filles, quatre petits-enfants et deux arrière-petits-enfants, ça fait une belle tablée », résumait-il avec ce sens de la formule qui ne l’a jamais lâché.

L’aveu le plus douloureux de sa vie n’avait rien à voir avec l’argent

En 2019, Philippe Bouvard accorde un entretien à Mireille Dumas pour Paris Match. Une consœur, donc, et pas une inconnue. Le climat est propice à la confidence.

Et il livre alors quelque chose de rare chez lui : un aveu de faiblesse. Pas une vanne, pas une pirouette, pas une esquive par l’humour. Un vrai constat, désarmant de simplicité.

« J’ai sûrement raté beaucoup de choses », dit-il en évoquant la paternité. Six mots. Venant d’un homme qui a passé sa vie à ne rater aucune occasion de placer une bonne réplique, le contraste est saisissant. Il enchaîne : « J’essaye d’être un meilleur grand-père que je n’ai été un père. » Voilà. Tout est là. La reconnaissance de l’absence, et la tentative de réparation par la génération suivante.

Un homme qui bossait comme un forcené, qui écrivait, qui animait, qui enregistrait, qui voyageait. Les heures ne sont pas élastiques. Ce qu’il donnait au micro, il ne le donnait pas à la maison.

« Je suis en train de devenir patriarche grâce à mes arrière-petits-enfants. C’est très agréable », ajoutait-il. Le mot patriarche est joli. Il dit la place qu’on prend quand on a survécu à tout le monde.

Le boulimique de travail qui ne s’arrêtait jamais

Pour comprendre pourquoi Philippe Bouvard a « raté beaucoup de choses » avec ses filles, il faut mesurer son rythme de travail. Le mot boulimique n’est pas exagéré, il est en dessous de la réalité.

Journaliste, chroniqueur, animateur radio, animateur télé, écrivain. Il a cumulé ces casquettes pendant des décennies, sans jamais vraiment lâcher l’une pour l’autre. Le tout en produisant à un rythme industriel.

Les Grosses Têtes, c’était quotidien. Tous les jours, il fallait tenir l’antenne, gérer les egos, relancer, couper, doser. Une émission apparemment légère qui exige une préparation redoutable.

À cela s’ajoutaient les chroniques, les livres, les plateaux. Un homme qui dort peu, qui écrit tôt, qui enchaîne. Et qui, forcément, n’était pas à la maison quand Dominique et Nathalie rentraient de l’école.

C’est le grand paradoxe de ces carrières monstres. On construit un patrimoine colossal pour ses enfants, mais le prix payé, c’est le temps qu’on ne passe pas avec eux. Bouvard l’a reconnu sans se chercher d’excuse.

À côté de ce tourbillon, il y avait Colette. Son épouse, la mère de Dominique et Nathalie, la femme qui a tenu la barre pendant que le mari construisait sa légende radiophonique.

C’est avec elle qu’il partageait la villa Katouchka. Elle qui vivait le quotidien de cette maison immense, ce jardin, cette piscine au fond mosaïqué que son mari ne pouvait pas utiliser faute de savoir nager.

On ne l’a jamais beaucoup vue dans les médias. Pas de plateaux, pas de confidences, pas de couvertures de magazines. Une discrétion totale, à l’exact opposé de la vie publique de son mari.

Cette discrétion en dit long. Dans un couple où l’un occupe tout l’espace sonore, l’autre choisit souvent le silence. Ce n’est pas de l’effacement, c’est un équilibre.

Et c’est cette famille-là, resserrée, discrète, qui se retrouve aujourd’hui face à la succession d’un homme qui a gagné et dépensé des fortunes pendant soixante ans.

Alors, reprenons. Faisons l’inventaire mental de ce que cet homme a accumulé au cours de son existence. Parce que l’addition donne le vertige.

Deux cents voitures, de son propre aveu. Même en comptant des modèles modestes dans le lot, même en considérant qu’il les revendait au fur et à mesure, la somme investie sur une vie est astronomique.

Trois villas avec trois piscines. Dont la Katouchka, sur ses 3 190 mètres carrés de terrain azuréen. Ajoutez un hôtel particulier en plein centre de Paris. Le patrimoine immobilier à lui seul pèse lourd.

Une cave de grands crus. Une bibliothèque conséquente. Du mobilier en quantité suffisante pour alimenter plusieurs ventes aux enchères. Et soixante années de revenus dans les médias, au plus haut niveau.

Face à ça, les pertes : les casinos, le train de vie dispendieux, l’aveu de vivre au-dessus de ses moyens. Une vie financière en montagnes russes permanentes.

Alors la question devient obsédante. Après tout ça — les gains monumentaux, les dépenses folles, les ventes de fin de parcours — que reste-t-il concrètement à transmettre ?

Sur le plan strictement juridique, une succession comme celle-ci est un exercice délicat. Pas à cause d’un conflit familial — rien ne l’indique — mais à cause de la nature même du patrimoine.

Quatre générations vivantes. Deux héritières directes. Quatre petits-enfants. Deux arrière-petits-enfants. Autant de branches potentielles, autant de configurations possibles selon les dispositions prises.

En droit français, les enfants sont héritiers réservataires. Dominique et Nathalie ont donc, par la loi, une part garantie qu’aucun testament ne peut leur retirer. C’est le socle intangible.

Mais un homme aussi organisé que Philippe Bouvard avait très probablement anticipé. Les ventes des dernières années ressemblent d’ailleurs furieusement à une préparation de succession bien menée.

Vendre l’immobilier lourd, liquider les collections difficiles à partager, transformer l’illiquide en liquide. C’est le manuel du bon gestionnaire successoral. Et ça simplifie énormément la vie des héritiers.

La dernière blague d’un homme qui voulait mourir de rire

Avant d’en venir au chiffre, il faut raconter cette dernière séquence. Parce qu’elle résume mieux que tout ce que fut Philippe Bouvard jusqu’à son dernier souffle.

Interrogé par Le Parisien sur la fin de sa vie, il n’a pas cherché l’émotion facile. Pas de larmes, pas de bilan solennel. Il a répondu ce qu’il aurait répondu à trente ans.

Il aimerait « mourir de rire », a-t-il déclaré. Voilà le programme. Le rire jusqu’au bout, l’humour comme dernière volonté, la vanne comme épitaphe.

Puis il a ajouté, et là c’est du grand art : « Mais il n’y a plus assez de comiques pour ça. » Une pique grinçante contre son époque, glissée dans une réflexion sur sa propre mort.

Ce type était incorrigible. Même en parlant de son décès, il trouvait le moyen de balancer une critique acide sur le niveau de l’humour contemporain. Chapeau.

Et maintenant, le moment est venu. Le chiffre. Ce que Philippe Bouvard laisse réellement derrière lui.

D’après les informations rapportées par le média Purepeople, le père de famille « laissera tout de même un héritage de plusieurs millions d’euros à ses deux filles, Dominique et Nathalie, ses quatre petits-enfants et ses deux arrière-petits-enfants ».

Plusieurs millions d’euros. Voilà le chiffre. Après les deux cents voitures, les trois villas, les dix-huit casinos de la Riviera et une vie entière passée à dépenser plus qu’il ne gagnait.

C’est ça, le twist final. L’homme qui se vantait de vivre au-dessus de ses moyens, qui achetait des piscines sans savoir nager, qui bradait sa Rolls et sa cave, laisse quand même une fortune considérable.

Et cette fortune ne va pas seulement aux deux filles. Elle est destinée aux quatre petits-enfants — Hugo, Théo, Lancelot et Hadrien — ainsi qu’aux deux arrière-petits-enfants.

Quatre générations bénéficiaires. La « belle tablée » dont il parlait avec tant de tendresse se retrouve aussi être la tablée des héritiers. Le patriarche a pensé à tout le monde.

Le grand-père a réussi là où le père disait avoir échoué

Regardez la cohérence de cette histoire. Un homme qui reconnaît publiquement avoir raté beaucoup de choses comme père. Qui déclare essayer d’être un meilleur grand-père.

Et qui, au moment de partir, s’assure que tout le monde soit couvert. Les filles, les petits-fils, les arrière-petits-enfants. La réparation par l’acte plutôt que par les mots.

Il ne s’agit pas d’acheter un pardon. Il s’agit plutôt de la seule forme de transmission qu’un homme de cette génération sache manier avec certitude : le patrimoine.

Le temps, il ne pouvait plus le rendre. Les dîners manqués, les vacances écourtées, les soirs où il était en studio : rien ne rattrape ça. Mais la sécurité matérielle, oui, il pouvait la garantir.

Et c’est peut-être la lecture la plus émouvante de ces ventes aux enchères des dernières années. Chaque bouteille vendue, chaque meuble parti, chaque mètre carré cédé : autant de liquidités pour la tablée.


Ce lundi 24 août 2026, le paysage médiatique français a perdu bien plus qu’un animateur. Il a perdu une manière d’être à l’antenne qui n’existe plus nulle part ailleurs. Des décennies de bons mots, de réparties cinglantes, de provocations parfaitement calibrées. Et des millions d’auditeurs qui, à l’annonce de sa mort, ont eu le sentiment de perdre un membre de la famille. Sur les réseaux sociaux et les antennes, les hommages ont afflué. Anciens compagnons de studio, animateurs actuels, auditeurs anonymes : tous ont raconté le même souvenir sonore. Parce que la radio fabrique ça. Cette illusion d’intimité, ce lien que la voix crée et que l’écrit ne crée pas toujours. Il l’avait dit lui-même, quelques mois avant de partir.

Il laisse donc plusieurs millions d’euros à quatre générations. Mais surtout, il laisse une bibliothèque sonore que personne ne pourra vendre aux enchères.

Il voulait mourir de rire et déplorait qu’il n’y ait plus assez de comiques pour ça. Ironie finale : c’est lui qui manquait déjà. Et il manquera encore plus maintenant.

Reste cette image, quelque part sur la Côte d’Azur. Une piscine au fond décoré d’un tapis persan, un homme qui ne sait pas nager, et un éclat de rire qui traverse soixante ans de radio française.









"nous y passerons tous... comme les autres" ! 

retrouverons-nous ceux qui nous ont précédé ?

retrouverons-nous ceux qui nous auront succédé ?

par quelle procédure (cerfa ou autre) solliciter déjà un RV avec Philippe Bouvard ...

... le plus tard possible, quand-même ...l'éternité peut bien attendre un peu ? ? 


mes vieux copains sont toujours là !

"give me flowers whuke i’m living with You"