jeudi 17 mars 2022

Richelieu gouverneur d'Odessa

 



Odessa, la perle de la mer Noire, donne sur le célèbre port par une haute falaise de 60m, que l'on escalade en empruntant le célèbre escalier Potemkine, flanqué pour les fatigués comme je le deviens d'un funiculaire, comme à Montmartre.









Traversant le jardin Lunniy, cet escalier composé de 192 marches et de neuf paliers intermédiaires, mesure 12,5 mètres de large à son extrémité supérieure et 21,7 mètres à son pied, pour une longueur de 142 mètres mais qui semble néanmoins plus long en raison d'une illusion d'optique. Il est conçu de telle sorte qu'un observateur placé en haut des marches ne voie que les paliers, les marches étant invisibles, tandis qu'un observateur placé en bas ne voit que les marches.

 Odessa étant située sur un plateau surplombant la côte, le port situé en contrebas n'était accessible au début du 19è siècle que par des chemins tortueux ou des escaliers rudimentaires en bois. 

L'escalier est conçu en 1825 par les architectes Francesco Boffo et Avraam Melnikov. Il est construit entre 1837 et 1841 par l'ingénieur anglais Upton utilisant du grès vert provenant de la ville italienne de Trieste (alors partie de l'Empire austro-hongrois), pour un coût total de 800.000 roubles, et nommé Escalier Primorski (Приморский, terme signifiant en russe vers la mer). 

L'escalier est restauré en 1933, le grès remplacé par du granit rose venant de la rivière Buh et les paliers couverts d'asphalte. Huit marches furent retirées lors de l'extension du port, portant leur nombre à 192.



Le funiculaire est construit en 1906 sur le côté gauche de l'escalier. Il est renommé Escalier Potemkine en 1955 à l'occasion du 30e anniversaire du film Le Cuirassé « Potemkine ». Après l'indépendance de l'Ukraine en 1992, le nom original fut repris, comme pour un grand nombre de noms de rues d'Odessa.

Surprise (pour moi) en haut de l'escalier : 

le duc de Richelieu, Gouverneur d'Odessa !


En haut des marches se trouve bien la statue d'Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu (1766-1822), arrière-arrière petit-neveu du cardinal (1585-1642), premier gouverneur de la ville d'Odessa, représenté vêtu d'une toge romaine. Elle est l'œuvre du sculpteur russe Ivan Martos (1754-1835) et a été coulée en bronze par Yefimov. Elle est inaugurée en 1826 et constitue le premier monument érigé dans la ville.



c'est un vrai roman :

À la demande de Marie Antoinette, Richelieu quitte Paris en 1790 pour Vienne, afin de s'entretenir avec l'empereur Joseph II d'Autriche, frère de la souveraine, sur les développements de la Révolution. Ce dernier étant mort avant son arrivée, il se rend à Francfort pour assister au couronnement du nouvel empereur, Léopold II, qu'il suit à Vienne, et de là rejoint l'armée russe en compagnie du prince de Ligne et du comte de Langeron. Ils atteignent à temps le quartier général de l'armée russe basé à Bender (Tighina) en Bessarabie pour participer à la prise de la ville d'Izmaïl par le général Souvorov. Richelieu est décoré par Catherine II de l'ordre de Saint-Georges, avec épée d'or.



Catherine II, la Grande Catherine, lui propose de s'engager au sein de sa propre armée ; il accepte et devient rapidement général de corps d'armée, mais est contraint de démissionner en raison d'intrigues menées par ses rivaux. 

En 1803, le tsar Alexandre Ier, qui succède à Paul Ier, le nomme gouverneur de la ville d'Odessa et de la Nouvelle Russie, région qui englobait tout le Sud de la Russie et qu'il fallait coloniser et peupler, poste qu'il conserve jusqu'en 1814. 

Il est reconnu comme l'artisan du développement de la ville d'Odessa, petit village qu'il transforme en capitale de cette province conquise aux Turcs. Il contribue grandement au développement démographique et commercial d’Odessa, en faisant construire de nombreux bâtiments, églises, temples, synagogues, écoles, hospices, théâtre, tribunaux, banques, jardin, aqueduc. L’œuvre de Richelieu se prolonge sous le gouvernement de son successeur, également français, le comte Langeron. Une pandémie de peste, il reste sur place,  il résiste...

... et reste une figure particulièrement populaire auprès de la population de la ville, en ce début de 21è siècle.

Entre 1808 et 1811, il fait édifier la première villa européenne avec un jardin exotique à Oursouf, villa qui existe toujours, dans le parc de l'établissement de cure Pouchkino, à cent mètres de la mer.

En 1816 le jésuite français Dominique Charles Nicolle (1758-1835) ouvrira le Lycée Richelieu, qui donnera naissance par la suite au premier établissement d'enseignement supérieur d'Odessa. Les jésuites le quitteront lorsqu'ils seront expulsés de l'empire russe en 1820. Aujourd'hui, l'école n°36, rue Elisavetinskaïa, est dénommée depuis 1989 : Lycée Richelieu, en tant qu’établissement d'enseignement secondaire.

copie de l'ensemble de Lacoon au musée archéologique

au musée d'Histoire

Catherine avait donné à la ville un nom inspiré de la Grèce ancienne, Odessos, en référence à une antique "ville d'eau", qui aurait existé dans les environs au 6è S av JC, et aussi sans doute à l'Odyssée. Odessa devait être l'une des pierres angulaires permettant de concrétiser à plus long terme "le projet grec" élaboré par l'impératrice en 1780 : anéantir l'Empire ottoman, et rétablir l'Empire byzantin d'Orient, avec Constantinople comme capitale, et Constantin, l'un des petits-fils de Catherine II, comme souverain...

la femme du pêcheur attend son mari

Sous l’autorité du Duc de Richelieu, "Odessa est passée d’une petite ville de province à une véritable métropole urbaine, selon les standards de l’époque", raconte Ihor Babii, photographe et artiste ukrainien. Une métropole, surnommée à juste titre la "Marseille d’Ukraine", dans laquelle le Duc de Richelieu "a su faire cohabiter des habitants de différentes origines : Arvanites, Bulgares, Grecs, Juifs, Italiens, Ukrainiens, parmi lesquels des cosaques, Russes, Français…"

nous Français, amis de Marseille et de la Méditerranée

nous sentons très concernés !


Odessa nous est immédiatement familière











Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire