jeudi 16 janvier 2020

Oriane Pilloix : première conférence à la SEC


je suis évidemment confus : je ne suis qu'au second rang, on devine les cheveux de Richard, je n'ai pas de flash, et ma photo est vraiment très sombre, pardon !

Nous sommes mardi 14 janvier, première conférence de la Société d'Etudes du Comminges de la nouvelle année 2020, décalée au second mardi du mois cause fêtes du premier de l'an. En septembre dernier, je vous avais parlé de la Collégiale de St Gaudens le jour de l'inauguration de sa réhabilitation extérieure (puisque l'intérieur n'a pas été touché), et j'avais évoqué le travail de Master  2 d'Oriane Pilloix comparant les plans de la Collégiale, et de St Bertrand de Comminges (1). 

Cette fois nous avons la conférencière devant nous, et l'affaire se révèle un peu plus complexe, sujet forcément passionnant pour nous qui avons désormais décrypté le mystère des deux Jean dans les stalles Renaissance de Jean de Mauléon, mais pas les péripéties de toute la construction !

Nous sommes cette fois bien en amont, trois cents ans avant, quand la Cathédrale romane est agrandie, rehaussée, et devient, du moins pour sa partie Est, gothique telle que nous la voyons aujourd'hui. C'est le travail de Bertrand de Got (1295-1299), le 32ème évêque, au mandat très court puisqu'il est le premier Français-Gascon à devenir Pape sous le nom de Clément V. Pour vous préciser les choses, Jean de Mauléon (1523-1551) est le 49ème évêque. Quant à Saint Bertrand, il est décidément encore plus ancien, 1073-1123, et c'est le 16ème ! Pour finir ce tour impressionnant, on trouve le tout premier évêque mentionné dans le concile d'Agde (je suis toujours fasciné par la facilité des déplacements de l'époque) sous le nom romain de Suavis en 506, quelques dizaines d'années après la chute de l'empire romain et la démolition de Lugdunum Convenarum. 


Oriane Pilloix a passé du temps à scruter les pierres de l'intérieur et l'extérieur avec des jumelles, à compiler les plans exécutés par les architectes ayant travaillé sur la cathédrale, comme Robert Vassas pour le concours d'Architecte en Chef des monuments historiques en 1948), à retrouver des archives, et prendre ses propres photos. Elle a réussi à s'infiltrer dans l'escalier d'entrée inclus dans la muraille (épaisse pour tenir le clocher), et à photographier l'intérieur : impressionnant, et poutrelles branlantes garanties !

Marie Verdun 1843, avec le Huawei de René B.
Nouveauté, elle a retrouvé ce dessin de Marie Verdun, où l'on est impressionné comme aujourd'hui par l'énorme clocher de 33 mètres plus les 10 mètres de hour (on nomme comme cela la partie sommitale recouverte de bois donnant l'impression d'un donjon fortifié). Contrairement à St Gaudens plus ancien (1060) dont le beffroi fait partie intégrante de la construction Ouest, ici on a raffiné : le clocher s'appuie à l'extérieur sur un mur très épais qui inclut l'escalier d'accès aux parties supérieures. Et à l'intérieur il s'appuie sur deux énormes piliers sur lesquels reposent les arcs romans : après un relevé précis par GPS, la conférencière a pu constater que l'équerre n'était pas respectée, et qu'il avait fallu biaiser le carré théoriquement prévu pour se raccorder aux corbeaux de la façade par ce que l'on nomme des "arcs de cloitre". La coupole du plafond a ainsi une forme carrée qui représente l'empreinte du clocher.





Du coup, la recherche de Mme Pilloix est inventive : partant de l'entrée Ouest qui n'a pas changé, reconstituer la nef avant sa transformation, en reprenant la trame de l'entrée, et en la menant à terme en incluant l'autel. On sait (voir l'ombre du poteau de Jean-Paul Lemonde dont je vous ai déjà parlé) que cet autel est fixé à l'origine de l'implantation par le gnomon, et qu'il ne saurait changer puisqu'il est au centre du cercle qui symbolise la ciel sur terre, la correspondance directe avec le divin. On sait aussi, notamment à Valcabrère tout proche, que le tombeau du saint (Bertrand à St Bertrand ; St Just à Valcabrère) est en position d'autel-rétro, derrière l'autel principal).

Cela aboutit au plan suivant où la Cathédrale romane est freconstituée en vert


pourquoi trois chapelles à l'Est ?

parce qu'elles sont partout présentes dans les constructions analogues dont St Gaudens au premier chef :


La démonstration est précise, et Oriane Pilloix déroule ses arguments de façon très convaincante, quand elle projette sa superposition, la fameuse carte qui suit :



Oui, à quelques centimètres près, la cathédrale romane de Saint-Bertrand et la collégiale romane de St Gaudens ont des mesures identiques. Par contre les différences : la conception du clocher ou beffroi à l'Ouest. L'accès à st Gaudens par les tourelles-escaliers latérales à la partie supérieure du choeur.


On peut rêver : Sylvain Stym-Popper est monté sur le toit en janvier 1959. Il était huit heures du matin, et la plaine était envahie de brume. Il a laissé cette photo en noir et blanc, où l'on devine Valcabrère au loin dépassant de la mer des nuages :

nous sommes vraiment au Mont St Michel des Terres

(il n'y a plus qu'à faire venir Laurent Voulzy pour nous en convaincre définitivement)

une bien belle conférence !






Cette conférence, les photos et les plans, très mal reproduits puisque photographiés dans le noir sur l'écran de projection, appartiennent à la conférencière, j'espère ne pas avoir trahi ses propos, toute erreur me serait imputable. On trouve son mémoire ici :


nous avons appris qu'elle réside désormais à Rodez, où elle est chargée du patrimoine :
nos meilleurs voeux de réussite dans ses nouvelles fonctions


PS : le CR de la Dépêche :


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