mardi 15 février 2022

Lavandières en mer ? oui à Port en Bessin ... en Arles ... partout !


Je vous ai montré des tas de lavandières, lavant leur linge dans l'eau douce de lavoirs, obligation du siècle passé avant l'invention des machines à laver à tambour en 1960. A priori, vous êtes comme moi suffisamment initiés pour savoir qu'il est impossible de pratiquer ce lavage en mer, à cause du sel ?

Pourtant, Félix Vallotton nous montre cette scène en 1865, on dirait bien un rivage, on dirait bien du gravier gris, deux endroits pourtant inappropriés ? Précision, nous sommes à Etretat !

Il suffit de cette simple carte postale pour nous confirmer le lieu :


On voit la célèbre falaise, et vous voyez bien que les femmes coiffées lavent leur linge sur les galets de la plage. Même chose dans ces deux toiles, de Claude Emile Schuffenecker en 1887 (1851-1934) (33 x 41 cm) et Lucien Simonnet (1849-1926) "les lavandières près de la falaise d'Etretat"



nous nous rendons à Port-en-Bessin, toujours en Normandie

l'astuce ? l'Aure le ruisseau du coin se perd dans le karst, comme le calcaire de Montpellier le Vieux, file en profondeur, et ressort en mer :

le linge est lavé à l'eau douce, en mer !


l'eau douce sort sous pression dans le port




La rivière ne se jette pas en mer, mais plonge sous terre, avant de ressortir de la falaise, près de Port-en-Bessin. En hiver, la Fosse-Soucy ne parvient plus à absorber l’eau des deux rivières, inondant les terrains situés aux alentours. A Maisons, plus de 9 000 litres d’eau par seconde disparaissent en arrivant devant les infranchissables collines de Port-en-Bessin, bien avant la mer. 

Entourée de légendes, l’énigme n’a été résolue qu’en 1906, en colorant l’eau. Au lieu-dit la Fosse-Soucy, l’Aure disparaît de la surface de la terre et pénètre le sous-sol. Un phénomène assez rare pour susciter la curiosité et une particularité géologique unique dans tout l’ouest de la France.

Depuis les années 1980, spéléologues et scientifiques parcourent ce réseau souterrain qui traverse la roche, pour aboutir à la falaise de Sainte-Honorine-des-Pertes, la bien nommée. 

L’Aure, qui prend sa source près de Caumont-l’Éventé, est longue de 46 km. La Drôme parcourt 61 km et naît à Saint-Martin-des-Besaces. Lors des grandes pluies, ces deux cours d’eau débitent plus de 10 000 litres par seconde. En hiver, les terrains situés autour de la Fosse-Soucy sont inondés et les routes coupées. 

Cette fosse, c’est un ensemble de gouffres, les dolines, profondes de sept mètres, qui plongent dans la terre. L’acidité de l’eau a permis d’attaquer la roche calcaire. La pression a également percé les poches argileuses. 

L’eau retrouve finalement la mer, à travers plusieurs résurgences situées à flanc de falaise, après avoir parcouru plus de 3 km, sous terre. Un phénomène que les géologues appellent « les pertes karstiques de l’Aure » et qui a intrigué pas mal de scientifiques. Le célèbre vulcanologue Haroun Tazieff avait même produit un rapport sur cette particularité géologique, au début des années 1980.

Comme d'habitude, je fouille sur internet, et le hasard me fait trouver cette scène de ma propre histoire, là nous sommes en Arles, les canaux s'appellent des roubines, l'une d'entre elles est la roubine du Roi, une vieille histoire, et c'est Gauguin ; puis Van Gogh, qui se retrouvent sur place, pour peindre les lavandières : des Arlésiennes, en costume, avec la coiffe blanche.


je vais étaler ma science devant vous :

"la roubine du Roi est un canal de décharge, permettant, quand le Rhône est bas de vider les eaux du canal du Vigueirat, construit par Van Ens à la demande de Louis XIII, (et mort en Arles en 1652), eaux provenant de Tarascon au Nord. Le Vigueirat se vidange tout au Sud à Fos dans les anciennes fosses mariennes, évitant à Arles de se retrouver inondé... sauf ... si l'on néglige les vannes, bloquées par des caddies et autres détritus, alors l'eau supplémentaire se déverse dans les points bas". Source : Suivi de l'épisode 2003, rapport d'expertise Min écologie&développement durable_2004.

le pont de style hollandais sur le Vigueirat

on montre moins ce second pont de Gleize traditionnel, avec ses lavandières




il reste plein de "rues des Lavandières"

naturellement Van Gogh a lui aussi représenté les lavandières, elles lavent H24, de jour comme de nuit


Félix Vallotton, encore lui, qui photographiait Etretat, nous fascine aussi avec ses tableaux. Il lui arrive de déshabiller ses modèles, et de les montrer à la plage, sans costume ... après avoir lavé leur linge ! (ce n'étaient pas les mêmes classes sociales !)

sur la plage de Dieppe

retour à Etretat, la mer froide, plus sûr de se baigner habillé



quand parait le soleil




j'aime bien ses natures mortes :

quoi de mieux pour se réchauffer qu'une bonne viande crue et saignante ?


les peintures anciennes nous racontent notre Histoire !



nous poursuivons notre périple en Provence

avec Paul Emile Guigou (1834-1871)

nous sommes au bord de l'Arc... une petite lessive ?

les bords de la Durance à sec l'été

oui, elles sont bien là !




nous sommes en 1860, encore bien plus loin dans le temps, 

la lavandière, de dos, se protège du soleil


au musée d'Orsay

oui, les peintres illustrent notre Histoire !

retour en Bretagne avec Paul Madeline 1900


Quimperlé pont Lovignon



quand n'importe quand, chez soi, au chaud, on lave le linge dans la Whirpool connectée

quel progrès énorme sur le siècle passé !

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