samedi 18 juillet 2020

Labyrinthes (2/4)

Je parie qu'une première image s'impose à votre esprit : celle du Minotaure : c'est pour cette raison que nombre de touristes se rendent en Crète... pour ne pas voir grand chose ! Car les illustrations les plus parlantes sont ailleurs, au Portugal ; en Allemagne ; et dans nos églises comme Chartres... et Toulouse ! 

Vous connaissez la légende ? Je vous emmène pour l'illustrer au Portugal, dans la Maison des Fontaines, à Conimbriga. Attention, distance 1131 Km, je vais recourir à Googlemap, tellement plus facile... et économique.



les parties extérieures s'abîmant, les belles pièces sont à l'abri dans le grand musée





Le Labyrinthe (nom propre) est devenu un nom commun — preuve de sa popularité ! De plus, en grec, Λαβυρινθος (Laburinthos) possède à la fois un sens propre (le Labyrinthe primitif qu’on situait à Cnossos en Crète) et un sens figuré (un labyrinthe est un espace dont on ne peut sortir, un piège inextricable).

À l’origine, c’est-à-dire au deuxième millénaire avant notre ère, c’était, selon toute apparence, un ensemble naturel de cavernes formant plusieurs salles. Les Crétois y voyaient la demeure d’un dieu, et en usaient comme d’un temple. Plus tard, ils construisirent, sous la même appellation, des temples souterrains selon le même plan irrégulier et complexe (Les expressions bibliques et mythologiques, éd. Belin, 1998).

Mais c’est surtout un lieu mythique  : Le poète latin Ovide l’imagine tel un long fleuve non tranquille : Dédale, célèbre entre tous par son habileté dans l’art de construire, exécute cet ouvrage ; il y brouille les points de repère des différentes voies et il induit le regard en erreur par leurs sinuosités perfides. C’est ainsi qu’en Phrygie se jouent les ondes limpides du Méandre ; dans son cours ambigu tantôt il revient en arrière, tantôt il coule en avant, et puis encore, allant à la rencontre de ses eaux, il les regarde accourir à lui ; il fatigue ses flots incertains à les conduire parfois vers sa source, parfois vers la plaine des mers ; de même Dédale remplit de causes d’erreur des passages sans nombre ; ce fut à peine s’il put lui-même revenir sur le seuil, tant l’édifice était trompeur (Métamorphoses, VIII, traduction de G. Lafaye, 1925-1930).

Deux noms propres cités par Ovide sont employés de nos jours comme des noms communs. Il s’agit de Dédale (Δαιδαλος, Daidalos), l’architecte fort habile qui conçut l’édifice. Un “dédale” est maintenant synonyme de “labyrinthe”. D’autre part, Méandre (grec Μαιανδρος, Maiandros ; latin Mæander), fleuve de Phrygie au cours sinueux, désignait métaphoriquement des “tours et détours”, autrement dit des “méandres”, déjà dans l’Antiquité. Le sens est resté.

Mais pour quelle raison Dédale avait-il construit le Labyrinthe ?

Dédale (dont le nom signifie étymologiquement “l’artisan habile”) était un génial inventeur athénien. Mais il avait été condamné pour avoir tué son disciple Talos, dont il jalousait l’inventivité. Pour fuir cette condamnation, il se réfugia, avec son fils Icare, en Crète, auprès du roi Minos, dont il devint l’architecte attitré.

Or Minos était marié avec Pasiphaé, fille d’Hélios (le Soleil), sœur de la magicienne Circé, et mère d’Ariane et de Phèdre. La légende raconte que Pasiphaé fut malgré elle l’instrument de la vengeance du dieu de la Mer, Poséidon. Celui-ci, furieux que Minos ait oublié de lui sacrifier le taureau blanc qu’il lui avait donné, inspira à Pasiphaé une passion irraisonnée pour cet animal. Ovide raconte que cachée dans une génisse en bois (créée par Dédale !), et prête à une horreur moderne qu'il faut bien nommer : zoophilie, se posant à genoux dans le taureau en bois dans une position que je ne saurais nommer, elle s'accoupla avec le farouche taureau. Puis, ainsi inséminée, elle porta dans ses entrailles un foetus monstrueux.
Ce fruit monstrueux, c’est le Minotaure (porteur des noms du mari et de l’amant de la reine : Minos + taureau), un monstre, par l’étrangeté de sa double forme (qui) dévoilait à tous les yeux l’adultère hideux de sa mère. Minos décide d’éloigner de sa demeure cet objet de honte et de l’enfermer dans les multiples détours d’un logis ténébreux (Métamorphoses, ibid.).
le Minotaure de Salvador Dali est justement le lot 86 de la vente d'art moderne à Monte Carlo fin de ce mois

Le Labyrinthe était donc le repaire du monstre. Lequel dévorait chaque année sept jeunes gens et sept jeunes filles — tribut qu’Athènes devait fournir, pour prix de sa libération, à Minos qui en avait fait le siège. Un jour, Thésée, le fils du roi Égée, fit partie du convoi des jeunes Athéniens. Grâce à l’aide d’Ariane, il put tuer le Minotaure et ressortir du Labyrinthe, en suivant le fil de la pelote que lui avait fournie la fille de Minos, tombée amoureuse de lui.

Nouveau voyage, encore hors de Crète : cette fois, il nous faut aller en Autriche, chic cela se passe près de Salzbourg, à Loigersfelder, les champs de Loiger mot à mot. 


Nous sommes en 1815 à Loigersfelder près de Salzbourg en Autriche, et cette mosaïque romaine est mise à jour. Elle figure le célèbre labyrinthe du Minotaure. Elle est composée de marbre et calcaire, et de grandes dimensions 410 x 420 cm. Elle est datée du IVe s. après J.-C.


Elle est concrètement conservée à Vienne au Kunsthistorisches Museum. 

Outre le labyrinthe, le sujet rassemble également quatre tableaux : Ariane donne le fil à Thésée ; la mort du Minotaure ; le départ de Crète sur le navire de Thésée (voile noire) ; Ariane abandonnée.

Ariane remet le fil (d'Ariane) à Thésée
contrairement aux idées reçues, le centre est un lieu dangereux, la preuve le Minotaure se fait trucider

Cette somptueuse mosaïque représente le labyrinthe du roi Minos, qui a ici une forme carrée. Au centre, le héros athénien, Thésée, terrassant le Minotaure. A droite, la princesse Ariane se désolant après avoir été abandonnée par Thésée. Au sommet, le navire qui permit à Thésée de rentrer en Grèce après s’être débarrassé du Minotaure. La figure du labyrinthe carré apparaît déjà sur les monnaies grecques du Ve siècle avant J.-C.

c'est toujours pareil : vous êtes gentil avec les gens, et Ariane se fait larguer !

Le navire est de forme convexe avec un mat maintenu par des haubans. La vergue sur laquelle la voile est repliée est maintenue à l’horizontale par des balancines. Un fanion au sommet du mat indique la direction du vent. Un timonier manœuvre deux gouvernails tandis que l’activité du second marin n’est pas identifiée.



Le héros Thésée monte à bord du navire en tenant Ariane par la main. Il s’agit donc là de l’épisode du départ de Crête (Thésée n’abandonne Ariane que par la suite, quand elle a fini le boulot).

nous revenons en Italie

Sur un pilier du portique de la cathédrale Saint-Martin de Lucques (Toscane, Italie). figure une inscription en latin : "Hic quem Creticus edit Daedalus est laberinthus de quo nullus vadere quivit qui fuit intus ni Theseus gratis Ariane stamine jutus", trad.

 "Ceci est le labyrinthe que construisit Dédale le Crétois, duquel personne, y ayant pénétré, ne put sortir sauf Thésée, grâce au fil d'Ariane."


Gaudi aussi a installé un labyrinthe à la Sagrada Familia



demain je vous emmène en France, notamment à Chartres, 

la tradition du labyrinthe reste encore présente !



pour moi, quand on tue le taureau dans l'arène, on répète le geste de Thésée
mais nos contestataires  contemporains n'ayant aucune culture
ne comprennent pas la signification symbolique de cette mise à mort :


l'homme, créature de Dieu, (dans le soleil de l'arène : sol)
terrasse le démon (dans l'ombre de la même arène : sol i ombre)
donc triomphe de la mort

je dis-ça, je dis-rien naturellement
puisque l'on ne peut plus rien dire !
je sais, c'est long et compliqué, 

et ... je vous impose encore deux épisodes !


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