lundi 10 décembre 2018

"Quo non hac duce" chez Bofinger Paris

même enseigne que chez Hansi à Colmar











Je vous emmène à Paris, il y reste des lieux étonnants, préservés des gilets jaunes. Il y a aussi des gens étonnants, partis de rien, ayant quitté leur Alsace natale pour monter dans la capitale, y créer une brasserie : c’était en 1864, sept ans avant l’annexion de l’Alsace à la Prusse, par l’Alsacien de Colmar Frédéric Bofinger, au 5, Petite rue Saint-Antoine, rebaptisée rue de la Bastille en 1877. Cela constituait à l’époque, un acte de résistance contre l’envahisseur prussien, manger une choucroute, boire une bière, était une manière d’accomplir un acte patriote.

Je vous ai déjà parlé de bière en visitant le Grand café de Moulins : ici c’est encore mieux, puisque nous sommes à Paris ! https://babone5go2.blogspot.com/2018/09/grand-cafe-moulins.html

Le coup de génie de Frédéric est d’installer la première pompe à bière de la capitale. Les artisans alsaciens qui travaillent comme menuisiers et ébénistes dans le quartier du Faubourg Saint-Antoine viennent consommer la bière « à la pression » (elle titre entre 18 et 25 degrés !) en apportant leur chope en grès. La bière d’Alsace est réputée alors pour être la meilleure, elle rafle toutes les médailles d’or à l’Exposition universelle de 1867.

Bofinger mériterait que les zythologues (connaisseurs de la bière et de sa dégustation) et, plus généralement, les amoureux du demi-pression, reconnaissants, lui élèvent une statue.

Si l’enseigne représente un couple de petits Alsaciens, elle avec un kouglof, lui avec une chope de bière et un bretzel, courant à la brasserie, c’est pourtant Gambrinus, roi mythique de Flandre et Brabant, symbole des amateurs de bière, qui trône sur un magnifique vitrail à l’intérieur de l’établissement.


les suspensions au plafond sont (forcément) des frères Müller



Dans le dépliant qui décrit la brasserie, on apprend que le célèbre chansonnier Aristide Bruant fut un fidèle de ce qui n’était encore qu’une cantine populaire. Il venait avec ses propres œufs pour qu’on lui prépare une savoureuse omelette. En guise de remerciement, peut-être entonnait-il un couplet de sa fameuse chanson sur le quartier :

« Il était né près du canal
Par là… dans l’quartier d’l'Arsenal
Sa maman, qu’avait pas d’mari,
L’appelait son petit Henri…
Mais on l’appelait la Filoche,
À la Bastoche.

I’n'faisait pas sa société
Du génie de la liberté,
I’ n’était pas républicain,
Il était l’ami du rouquin
Et le p’tit homme à la Méloche,
À la Bastoche … »

On connaît sa dégaine popularisée par Toulouse-Lautrec avec sa chemise et son écharpe écarlates, (le modèle de Christophe Barbier ?) sa vareuse de velours côtelé, son feutre noir à larges bords. La Méloche, la Filoche, toute ressemblance avec des personnalités politiques (insoumises) d’aujourd’hui est évidemment fortuite, bien qu’elles fréquentent souvent la place voisine !

Pour l’anecdote, sachez qu’en 1898, Bruant se présenta aux élections législatives dans le quartier de Belleville. Il rédigea sa profession de foi en vers :

« Si j’étais votre député
– Ohé ! Ohé ! Qu’on se le dise !
J’ajouterais « humanité »
Aux trois mots de notre devise … »

Il n’obtint que 525 voix !

À la Belle Époque, l’établissement repris par Alfred Bruneau, le gendre de Bofinger, s’agrandit et s’embellit. Les murs chantent l’Art Nouveau et l’Alsace libérée.

Le décor n’a guère changé depuis, avec ses boiseries, ses cuivres, ses banquettes de cuir noir, ses hauts miroirs biseautés et surtout, la délicate coupole ovale, œuvre des peintres-verriers Gaston Néret et Royé.






Tout autour de la salle du rez-de-chaussée, les murs sont ornés de frises, de médaillons sur toile et de peintures représentant les villes de vin.

Un héron en céramique, œuvre de Jérôme Massier, observe dédaigneusement l'assemblée. Comme sa consœur la cigogne de la fable, il ne peut attraper miette du foie gras mi-cuit avec sa gelée de pinot noir dans les assiettes !


Quand je fréquente un établissement, vous avez noté que par curiosité (et par nécessité) je me rends toujours aux toilettes. Pour vérifier la propreté, la déco : des toilettes décorées sont le signe du degré artistique du propriétaire : on mange mieux si le décor est raffiné !























Bingo, nous sommes accueillis par une jolie alsacienne, aussi dénudée qu'érudite puisqu’elle lit un livre, avec la devise :


Quo non hac duce

nous y voilà !



Je cherche, et trouve : c’est la devise de la CCI de Bordeaux, et on la retrouve sur nombre de médailles figurant un Chef, que ce soit Napoléon III, ou Louis Philippe : « Jusqu’où ne va-t-on pas avec un tel chef ? » . Surtout si l'on embarque en mer, pour comme Ulysse découvrir le monde.

Jusqu’où ne va-t-on pas avec Frédéric Bofinger ? 

Jusqu'où ne va-t-on pas avec un tel Chef ?

je vous ai fait traîner un moment avec ma petite histoire
tout ça pour en arriver là !

-"que va-t-"il" donc nous annoncer ce soir" ?



urinoirs aux dauphins, la classe ... maritime !

Cent cinquante quatre ans plus tard, la brasserie s’est agrandie, et est toujours flamboyante. On y mange les plats classiques des brasseries, en buvant de la bière à moins que l’on préfère le vin d’Alsace. Nombreux sont les artistes qui ont collaboré à la décoration, dont naturellement le peintre Hansi, décorateur du salon qui porte son nom.





ce soir, la France a rendez-vous à 20 heures à la télé,

 avec le Président

on attend de lui un choc (2)

on lui souhaite de réussir, pour qu'enfin on puisse dire de lui  :

Quo non hac duce !



PS 2 : j'ai été chercher ce matin le compteur de la dette :

d'après les on-dit, il semblerait que demain on passe à 10 milliards de plus. Moscovici serait OK, l'affaire aurait été négociée de longue date, c'est le cadeau de Noël du Pays à nos petits enfants.


PS 3 : auparavant en Grèce : https://babone5go2.blogspot.com/2015/06/ce-nest-pas-leur-dette.html

PS 4 : ce blog est ma mémoire : http://babone5go2.blogspot.com/2013/03/notre-chere-dette.html
en 5 ans, partant de 1834 milliards, nous aurons dérivé de 516 milliards. Le pire est que les intérêts nous lient les bras, pour investir quoi que ce soit !

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