jeudi 22 novembre 2018

Il n'y a pas de mauvaises herbes



Nous sommes allés voir le film de Kheiron. Nous étions trois dans la salle, c'était hier mercredi, l'attention générale est portée sur les gilets jaunes ("il n'y a pas de mauvaises herbes"), et chacun se préoccupe de son plein de carburant...qui sait si la France ne va pas se retrouver, ses véhicules réservoirs vides ? 

et cette vision des files de camions bloqués sur les routes !



Naturellement je suis attiré par la citation d'Hugo : « Mes amis, retenez ceci, il n'y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs ». C’est bon de citer Hugo en pleine crise des gilets jaunes. La citation se poursuit, avec cette autre considération que n’aurait pas réfutée Rousseau : « L'homme étant bon et mauvais, gaillard et peureux, généreux et égoïste, personne n'est blanc ou noir...L'esprit le croit et pourtant... seules les graines que l'on sème comptent véritablement... ». Le paragraphe s'achève par cette phrase :

...que d'hommes ressemblent à l'ortie !



J’aime bien car la citation est typiquement agricole, et me rappelle l’époque où l’on considérait que les zones dénommées aujourd’hui "périphériques » hébergeaient la forêt. La forêt productive de bois d'oeuvre et de parquets. Et surtout les terres arables conçues pour nourrir l’humanité. Une utilité basique non ? Bizarre, paradoxal que l'on considère la ruralité comme improductive, alors qu’il faut nourrir beaucoup plus de personnes, on dirait que la nourriture de l'humanité ne pose plus aucun problème... ? ? J'entends Arletty :

-"bizarre…comme c’est bizarre"

J’ai bien entendu voulu savoir le contexte de la citation d’Hugo : c’est dans « les Misérables », où il parle de l’ortie : soit on s’en débarrasse car elle pique. Soit au contraire on la valorise, on en fait du purin, ou une soupe. Le tout est de savoir la valoriser : l'éducation, la connaissance, sont la base de la citation de Victor.

Dans le film de Kheiron, c'est l'amour d'une bonne soeur (c'est Deneuve) qui sauve Waël

On découvre en Waël l'intelligence du coeur, une finesse, une créativité, une débrouillardise,
une modestie

qui séduisent

dans le film, c'est un éducateur né

on espère bien que l'Education nationale va lui donner le diplôme ?

Sur un plan strictement agronomique, les "mauvaises herbes" sont en fait des indicatrices de l’évolution du sol et permettent de prévoir des dysfonctionnements avant qu’ils ne se manifestent et qu’il soit trop tard pour les réparer. Une plante ne pousse pas par hasard ; lorsque vous la rencontrez dans votre jardin, elle a un rôle à jouer dans cet endroit là, à ce moment là.

Tout jardin est un terrain de découverte de ces plantes sauvages dont parle si bien Gérard Ducerf dans son encyclopédie des plantes bio-indicatrices.

C’est un apprentissage long et difficile quand on n’y connait rien ! Mais petit à petit on en apprend l’alphabet : pissenlit, pâquerette, plantain sont les plus faciles à reconnaitre à la lettre ’P’ ; Carotte sauvage, camomille, chénopode à la lettre ’C’...

Quand on souhaite connaître le nom d’une plante, le plus simple est d’attendre qu’elle fleurisse (ne pas l’arracher, donc, ni la tondre...).

En effet, la forme et la couleur de la fleur sont des indices essentiels pour la reconnaissance des plantes en général. Cela permettra de la trouver dans une flore. On peut aussi s’aider du merveilleux site Tela botanica.

Lorsqu’une plante est présente en grande quantité dans le jardin, elle nous donne des indications précieuses sur le sol sur lequel elle se développe. Elle sont généralement dépolluantes des sols abimés.

Voici par exemple l'Armoise commune, belle et grande vivace au revers gris. C'est une médicinale qui pousse volontiers dans la cour de l’ancienne ferme démolie, et nous indique que le sol y est asphyxié par le compactage (piétinement par les vaches) et l’excès de matières organiques (bouses).

Les bons gestes consisteront à remettre de l’air dans ce sol avec l’aide d’une grelinette (1), et de n’apporter aucun amendement pour aider le sol à se désengorger.

Ballote (Ballota nigra) : Cette vivace, très présente au jardin, aromatique au parfum vraiment particulier (puante pour certains), nous indique que là où elle pousse le sol est plutôt calcaire et bourré de matières organiques animales. A petite dose elle est appréciée en infusion pour ses vertus ’anti-stress’.





















Bardane : Cette robuste plante bisannuelle peut atteindre 1,50 m. Elle a des fleurs roses très mellifères et des gros fruits qui s’accrochent partout ! Elle prolifère dans certains coins du jardin engorgé de matières organiques provenant de la décomposition du bois et d’écorces.

Bryone : Grimpante dioïque vivace, cette liane s’accroche partout grâce à ses vrilles. Elle a une forte racine, d’où son nom : ’navet du diable’. Toute la plante est toxique. Elle indique un sol engorgé en matière organique, qui évolue vers un milieu forestier


Vous avez compris que toutes ces mauvaises herbes ont des vertus médicinales !




Allez voir le film de Kheiron : vous en sortirez apaisé, et regarderez vos contemporains avec davantage d'humanité.

Regardez les mauvaises herbes autrement : savez-vous que les plus belles vanesses vivent sur les orties ?


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