lundi 8 juin 2020

Poitiers, le vitrail de la crucifixion



La nouvelle du jour, est le lancement - décalé par le confinement - du démontage de cet énorme tas de ferraille tordues surmontant Notre Dame de Paris. Avec Jean-Louis Georgelin aux manettes, on a le sentiment qu'un Général engagé est à l'oeuvre, et que le chantier est en bonnes mains. Rassurant qu'en cette période bizarre, de sortie du confinement, de menaces gravissimes sur l'emploi des vieux et des jeunes; de risques d'explosion sociale fondées sur la mort bouleversante du noir George Floyd ; de relance anticipée des vacances d'été alors que les écoles restent quasi fermées ; de la candidature pathétique de la revenante à Paris Agnès Buzin (brandissant son diplôme de médecin alors qu'elle a fui le navire mais qui c'est-cette-meuf ?)  -  ... rassurant donc que notre société poursuive ...

la reconstruction d'une Cathédrale....!

intéressons nous aux Cathédrales intactes, comme Poitiers, 

et à son immense vitrail de la crucifixion !

C'est l'un des chefs-d'œuvre de l'art du vitrail, avec tout en bas le plan en trois parties, présenté par les promoteurs : Aliénor d’Aquitaine, et son mari, Henri II Plantagenet. Un vitrail énorme : 8 m de haut ! Il date des années 1160-1170. Cela fait donc 850 ans que le vitrail de la Crucifixion éclaire de ses couleurs vives le choeur de la cathédrale de ¨Poitiers, elle-même construite à partir du milieu du XIIè siècle. Les deux autres vitraux du choeur datent de la même époque. A gauche, l'un est consacré à saint Laurent ; à droite, à saint Pierre et saint Paul.



« Ces trois vitraux romans du XII siècle sont exceptionnels, ils constituent l'un des trésors de la cathédrale, souligne Paul Mantrant, délégué aux affaires culturelles et au patrimoine de la paroisse et par ailleurs conservateur délégué aux antiquités et objets d'art des églises de Poitiers pour le ministère de la Culture. Quant aux vitraux du XIII siècle, ils sont aussi beaux que ceux de Chartres mais on n'en parle pas autant : il faut que ça change! »

 Il se décompose donc en trois parties. La principale est la partie centrale où se tient la croix du Supplicié sur presque la moitié de la hauteur totale. La croix est en rouge surligné de bleu, ce qui la fait bien ressortir de l'ensemble de la composition. A gauche se tiennent la Vierge et Longin, le centurion romain qui plongea sa lance dans le flanc du Crucifié, et dont on n’a pas l’habitude d’entendre prononcer le nom ! A droite, on trouve saint Jean l'Evangéliste et Stéphaton, le légionnaire qui, selon la tradition, présenta à Jésus une éponge imbibée de vinaigre, pareil pour ce nom oublié.


Au-dessus des bras de la croix se tiennent les dix apôtres accompagnés de la Vierge. J’ai bien dit dix, il en manque deux... je vous laisse le soin de repérer lesquels ? Ensemble, ils sont tournés vers l'Ascension - la partie supérieure du vitrail. Dans cette partie se trouve le Christ en gloire dans une mandorle. Il bénit d'une main tandis que l'autre tient un livre, LE livre. La mandorle est entourée - de manière surprenante - par deux anges complétement étirés et courbés qui tiennent lieu de fleurs décoratives ou de branches de rameau.


La partie inférieure du vitrail contient un carré central orné de quatre lobes. Dans le lobe supérieur, trois  Saintes Femmes visitent le tombeau. Le lobe de gauche relate la condamnation de saint Pierre et de saint Paul. Le carré central illustre le martyre de saint Pierre (crucifié la tête en bas) tandis que le lobe droit montre le supplice de saint Paul (décapité).

ce que ne dit pas la légende est le plus intéressant comme d'habitude : car au-dessus du tombeau brûlent trois cierges. On pense immédiatement au Saint-feu, que reçoit chaque année le Patriarche de l'Eglise Orthodoxe Grecque le samedi saint précédant la Pâque orthodoxe. Ce feu qui ne brûle pas est ensuite distribué aux fidèles venus assister au miracle, et envoyé par avion dans les capitales d'Europe en commençant par Athènes
https://fr.wikipedia.org/wiki/Feu_sacr%C3%A9_(Saint-S%C3%A9pulcre)




Enfin le lobe inférieur représente les donateurs : une reine et un roi agenouillés et suivis, chacun, de deux enfants. Les têtes couronnées sont Aliénor d'Aquitaine et Henri II Plantagenêt, mariés en 1152 à Poitiers dans la cathédrale romane qui précédait l’actuelle). Le couple, avec quatre de ses fils, est d'ailleurs représenté au pied du vitrail.

L'intérêt de ce vitrail repose également dans le fait qu'il rappelle les modèles syriens et hellénistiques des Ve et VIe siècles : le visage du Christ est barbu, le perizonium - morceau d'étoffe qui cache la nudité de Jésus - a la forme que l'on voit dans ces modèles, les pieds qui reposent sur un suppedaneum et enfin quatre clous et non pas trois.

La beauté de ce vitrail - situé au-dessus de l'autel - et son illustration des trois moments clés du Canon (Résurrection, Esprit qui naît du sacrifice de la Crucifixion et Ascension) résonnent aux oreilles de certains spécialistes comme une volonté délibérée de l'évêque de l'époque d'attirer dans sa cathédrale des pèlerins trop prompts à s'en aller prier au monastère Sainte-Croix, fondé par sainte Radegonde au VIe siècle, et situé cent mètres plus bas ! Ce monastère avait reçu, du vivant de la sainte, un fragment de la Vraie Croix de la part de l'empereur de Constantinople, Justin, et de l'impératrice Sophie. Et ce fragment suffisait à drainer les foules... L'évêque a pu donc décider de frapper un grand coup pour contrer la concurrence en créant de toutes pièces une dévotion à la Croix dans sa cathédrale...


Il y a plein  d'autres trésors à découvrir à Poitiers
























le vitrail de Pierre et Paul


et la forêt 


je continue de rassurer les Parisiens : il y a d'autres "forêts" préservées que celle de Notre dame de Paris détruite !



 et bien entendu, figure dans les stalles, après le démon qui croque la pomme ...

...ravi d'avoir fait expulser Adam et Eve du Paradis terrestre ...


l'architecte entouré de ses outils du compagnonnage :


que tient-il à la main gauche ?

un savoir oublié est devant nous dans les cathédrales

soyez rassuré : je pense au 24 juin, dans 16 jours

c'est la Saint-Jean Baptiste

je vous emmène à nouveau à Saint-Bertrand de Comminges !

Jean baptise le Christ dans le Jourdain : l'un des vitraux sauvegardés du choeur


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