samedi 27 juin 2020

Hélène Dufaut à Chavat, Arnaga et la Sorbonne


Le top quand on a de l'argent, (pour peu que l'on ait un tempérament artiste, et l'envie de se faire construire un château), est de déléguer tout pouvoir à un architecte (talentueux), sachant s'entourer d'artistes-copains, pour vous concocter une résidence à décoration totale, correspondant à votre personnalité, où tout est pensé pour s'accorder ensemble : je vous ai montré récemment comment l'industriel Thevenot, spécialisé dans la réalisation d'usines hydroélectriques dans les Pyrénées, s'était ainsi fait construire le Château Chavat à Podensac, au milieu du terroir bordelais.(1)

Dès que le château permet de recevoir des invités, vous invitez une peintre, Hélène Dufaut par exemple, et en échange de votre invitation (vous avez intérêt à soigner vos invités, mais un château est fait justement pour cela), elle va vous peindre le plafond du salon de musique ! Un gros boulot, mais vous lui avez offert l'échafaudage, et vous lui prêtez une petite main, indispensable car elle va s'investir plusieurs semaines, normal qu'elle soit dédommagée ....sauf s'il y a une histoire d'amour à la clef !


Vous êtes ravi, vous vous dites que des vitraux éclaireraient bien la cage d'escalier, et sans broncher, elle vous dessine les cartons, à livrer au Maitre-Verrier ... bordelais forcément : Léon Delmas, un nom célèbre !


Il faut dire que la (belle) Hélène a un super-palmarès

Elle se nomme précisément Clémentine-Hélène, née à Quinsac en Gironde le 18 août 1869, et morte à Paris le 18 mars 1937. C'est une artiste peintre, affichiste et illustratrice. Sa mère est née Dumézil, et son père est basque. Ce dernier, après un séjour à Cuba, en est revenu avec une fortune suffisante pour épouser la fille de Guillaume Dumézil, propriétaire (aisé) d'un domaine viticole à Quinsac.

Clémentine-Hélène est leur quatrième enfant. De santé fragile, elle doit rester souvent allongée et, très jeune, manifeste un don pour le dessin. Après que ses sœurs se sont mariées, elle souhaite aller à Paris faire des études artistiques. Ses parents décident alors de vendre le domaine de Quinsac et s'installent en 1888 au 12 rue Pergolèse dans le 16e arrondissement pour l'accompagner.

Clémentine-Hélène s'inscrit au cours de l'Académie Julian dans l'atelier de William Bouguereau. Pas mal comme coach ! En 1895, elle expose au Salon des artistes français et obtient le prix Marie Bashkirtseff pour son tableau L'Amour de l'Art, ce qui lui permet d'avoir ses premières commandes pour des affiches publicitaires. Son affiche pour le Bal des increvables (1896) du Casino de Paris est remarquée, ainsi que celle qu'elle réalise pour le lancement du journal La Fronde, fondé en 1897 par Marguerite Durand. En 1898, elle adhère à la Société des artistes français et obtient une bourse pour un voyage d'étude d'un an en Espagne. De retour à Paris, elle expose les œuvres réalisées et obtient un très bon accueil critique. Elle signe ses travaux « C.H. Dufau »

l'automne
le printemps


somnolence d'été

La voilà assise derrière Maurice Rostand vers 1920. Ses premières œuvres sont admises au Salon des Artistes Français dès 1889, elle a vingt ans. En 1909, reconnue par ses pairs et célébrée par la critique, sa notoriété lui vaut d’être décorée du titre de chevalier de la Légion d’Honneur. 


Si Edmond Rostand la choisit pour participer à la création des décors de sa demeure, c’est parce qu’il a vu exposé au Salon des Artistes Français de 1902, L’Automne, achetée par l’État. Cette toile, le poète l’admire vraiment ; à tel point qu’il souhaite en posséder l’exacte réplique pour sa bibliothèque. 



les cygnes noirs



je ne puis m'empêcher de montrer Jean par Pascau, un vulcain à la main !




musée des Beaux Arts, Bordeaux



Hélène passera huit ans sur place pour décorer Arnaga à Cambo-les-Bains. C'est alors que, déstabilisée par la mort de sa mère, touchée pour la première fois par une certaine solitude, elle se prend d'une passion amoureuse, qu'elle qualifie elle-même de "folle", pour Maurice Rostand, le fils encore adolescent de l'écrivain, qui ne cache pourtant pas ses penchants homosexuels. Cette relation tourmentée et à sens unique dure plusieurs années.

voici Maurice Rostand

Rosemonde Rostand

et Edmond
nous voici à la Sorbonne


Astronomie et mathématiques

magnétisme et radioactivité

la zoologie
et la géologie



femina 1908

Sa carrière artistique s'étoffe encore avec une commande de l'État pour la décoration de la nouvelle Sorbonne (panneaux Astronomie et Mathématiques et Radioactivité et Magnétisme) et des portraits de nombreuses personnalités. Elle voyage à l'étranger et expose ses œuvres. En 1911, elle fait construire une villa à Guétharry qu'elle devra revendre en 1926 car peu à peu sa situation financière se dégrade. La villa se nomme Péllenia, et vous devinez que maintenant qu'il est autorisé de rouler sur l'autoroute à 130 Km/H, (avant la limitation à 110), je retourne sur place la trouver ! Pellenia est le nom donné à un sphinx (je veux dire un papillon), je cherche à en connaitre l'origine, dès que je trouve, je vous le dis !

Elle s'installe ensuite à Antibes où elle aménage, son atelier face à la mer.

Marseille, musée Cantini : nu au bord de la Méditerranée

 



















Voici les portraits de Paul Roux et de sa femme, Titine, propriétaire du Robinson, la guinguette que fréquentait Hélène Dufau, avec de nombreux autres artistes, à Saint Paul de Vence. Matisse, Signac, Renoir, Dufy, Valloton, Derain, Bauchant, Manguin, Soutine ... et Hélène débarquaient, armés de chevalet, toile et couleurs, par le tramway tortillard qui relie Cagnes à Vence. Et ils repartent par l'une des dernières rames en fin d'après-midi. Paul Roux se lie d'amitié avec ces bohèmes, les  écoute, regarde leurs esquisses. Grâce à eux il s'ouvre à un univers autre que le sien et se met à aimer l'art. Sur le mur extérieur du Robinson, Paul avait accroché une enseigne : "Ici on loge à cheval, à pied et en peinture''. En 1932 il transformera le Robinson en auberge, qu'il appelle, du coup, La Colombe d'Or. Les peintres continuent à passer, toujours plus nombreux. Paul Roux, doué d'un incroyable flair divinatoire va s'employer à les retenir, et leur achète dessins et peintures.


Plus tard, la fortune venant, la Colombe d'Or sera fréquentée par tout ce qu'il y a de plus célèbre au monde, comme Montant et Signoret, mais pas que...



Voici encore disponible, "Les trois couleurs de la lumière"  avec la présentation qu'en fait Amazon, dont vous comprendrez que je ne l'achète pas, malgré mon envie ! In-8. Broché, IX + 31 double page, 4 planches en couleurs hors-texte. Dédicace de l’auteur à Léon Bailby (1867-1954) journaliste nationaliste, patron de presse, créateur de “Match”. Voici l'annonce : "En l’état. Hélène Dufau (1869-1937) est une artiste peintre française. À partir de 1905, elle devient une artiste très en vue et est reçue dans les milieux intellectuels parisiens. D'une personnalité complexe, féministe, androgyne et mystique, Hélène Dufau comporte une part de mystère qu'il reste difficile de décrypter malgré les indices qui peuvent se trouver dans ses tableaux. En 1932, inspirée par René Guénon, elle écrit son livre-testament “Les Trois couleurs de la lumière” où elle expose sa vision ésotérique de l'art".

Adepte de René Guénon, passionnée par Krishnamurti, elle est proche des collaborateurs des Cahiers de l'Étoile. C'est ainsi qu'en 1932, elle écrit son livre-testament, Les Trois Couleurs de la lumière, où elle expose sa vision ésotérique de l'art : avec une mise en page originale, elle s'inspire du mathématicien Charles Henry, de son cercle chromatique et de sa théorie du « psychone », tout en citant René Guénon et l'abbé Paul Lacuria. René Guénon n'est connu que par des initiés, et il est inhabituel qu'une femme, surtout à l'époque, le connaisse. Je voudrais bien voir ces quatre fameuses planches en couleur hors-texte ! Je vais peut-être l'acheter, exceptionnellement, pour autant qu'il soit disponible ?

Elle doit finalement quitter Antibes et louer son atelier pour s'assurer un petit revenu. Elle expose encore au Salon de la Société des femmes artistes modernes.


Atteinte d'un cancer de l'estomac, elle meurt à Paris le 18 mars 1937. Elle est inhumée dans le carré des indigents du cimetière parisien de Thiais.

autoportrait, musé' d'Orsay
printemps nocturne, Rouen









































avec de telles origines Basques, ne pas s'étonner de cette scène


vous aimeriez une oeuvre, une litho, une peinture ?

on trouve de tout sur ebay, pour avoir un dessin d'Hélène chez soi :

il faut y mettre le prix !




Authentic antique folio photogravure print dating to 1903 as published by the Salon de Paris. Print was published in the year 1903 by this publisher in a limited edition of 200 prints. Condition is very good and clean for the age showing a normal slight age patina and a slight "ghost" impression in utmost blank margins edges from a previous tissue protector which is no longer attached. Print is full plate and blank on back. Blank margins are wider than shown in auction image.   Overall size is approximately 8.5 by 12.5 inches with image size being approximately 5 1/8 by 7.25 inches.

Print is not titled but is known as "The Roaring Waves." Artist is Mlle. Clementine Helen Dufau



PS (1) http://babone5go2.blogspot.com/2020/06/une-coupole-podensac.html


cette étonnante histoire a commencé à Pondensac :



on imagine qu'elle va se poursuivre à Arnaga ?



1 commentaire:

  1. Merci pour toutes ces belles découvertes j'ai hâte de redescendre sur ces lieux !

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