mardi 16 octobre 2018

Imprévisible, insurmontable !



C’est le Maire de Trèbes, ville déjà touchée par les attentats et maintenant douloureusement inondée, qui a eu ces mots terribles : -"les inondations qui ont dévasté la ville ? imprévisibles et insurmontables" !

Ce matin, après le Premier Ministre, en même temps que le nouveau Ministre de l’Environnement, c’est notre (cher) ami Grec Nikos qui est sur place, dans une édition spéciale d'Europe 1, enchaînant les interviews avec les victimes, les élus, les secours, les spécialistes. Ces victimes on tremble de froid avec elles, celles qui ont tout perdu, leur maison de plain-pied humide couverte de boue, sans électricité, téléphone, sans eau, où aller hors les gymnases quand on a vécu ça, la voiture pas encore payée balayée quelque part à l’envers dans un tas de boue ?

je frémis avec eux, la France frémit de compassion, comment les aider ?

Etait-ce si imprévisible ? Après les évènements de 1999 ? Dans un secteur soumis depuis des milliers d'années aux pluies dites méditerranéennes ?

On le savait, les touristes venant de Catalogne comme moi s’extasiaient d’une mer à 25°, parfois plus chaude que l’air ! On sait depuis toujours que l’eau de mer s’évapore en une distillation étonnante, puisque de l’eau salée se dégage une eau douce stockée dans les nuages. Dans des nuages qui, bloqués par le Massif Central, vont ensuite refroidis se déverser sur l’Aude, ou plus à l’Est sur la Provence. Météo France le sait tellement que cette institution de plus en plus prévoyante avait annoncé des risques dits « orange ». Quand on habite cette région et que l’on vous annonce un risque « orange », on devrait se méfier, et tenter, ce qui n’est certes pas toujours possible, de garer son véhicule en hauteur. Certes la couleur rouge n’a été indiquée qu’à 6 heures du matin, certes les habitants dormaient à cette heure là, les plus exposés ont été inondés dans leur lit, c’est dramatique. Mais on était prévenus !

Tricessinum qui signifie 30è millaire, connait le climat méditerranéen depuis le 4è siècle av JC

Mais où sont les hydrologues ?

Insurmontable ? 
Quand nous sommes arrivés en Arles en mars 1976, la Camargue était sous l’eau. Je possède à la cave toutes les diapositives prises d’hélicoptère permettant de visionner les inondations, les brèches dans les digues, la digue à la mer échancrée. Les spécialistes du CEMAGREF d’Aix en Provence m’ont appris une équation restée incrustée dans mon crâne : « la pluie décennale d’une heure était à l’époque de 60mm ». Il est tombé sur l’Aude une pluie de 6 heures, total non pas heureusement 360mm, mais ...240mm. Trois mois de pluie dite "normale" !  Quelle est son « occurrence », ce qui veut dire sa fréquence ? Je n’entends personne en parler. Centenale ? Aucun spécialiste ne s’exprime, Vous avez remarqué ? Ce sont les journalistes qui nous expliquent la Météo, pas les Ingénieurs, et on en reste à des considérations très subjectives !

Il existe une Science, l’hydrologie, dont le but est de savoir transformer la pluie en débit. Depuis le temps, tout cela se calcule. Le temps de concentration d’un bassin versant, il existe un bassin versant de l’Aude évidemment, est le temps qu’il faut à la goutte d’eau partant du sommet du bassin, pour atteindre l’exutoire aval. Le débit sera maximum à l’aval quand la durée de la pluie (six heures ici) sera égale au temps de concentration. Tout cela se calcule, et mieux se modéliste avec un ordinateur. Qui possède cet ordinateur ? Quel service de l’Etat ? Départemental par exemple à la DDT, Direction départementale des Territoires quel joli nom ? Régional ? Autrefois on parlait de Service régional d'Aménagement des Eaux. Il existe des Agences de Bassin. Où est tout ce monde ? Avec des sigles aussi prometteurs comme « annonce des crues » ? Je ne les entends pas trop, sauf si bien entendu je ne suis pas branché sur les bons canaux ce que je reconnais bien volontiers.


A l’heure de la société connectée, branchée, raccordée, un habitant moyen devrait quand même pouvoir savoir s’il habite une zone inondable ! Il paraitrait que l’hôpital de Carcassonne est situé en zone inondable ! Ce n’est pas une affaire insoluble : dans ce cas on prévoit un étage pour se replier en cas d’inondation, c’est tout. Ou alors une digue de protection, bref, les Hollandais nous montrent la voie, il existe des parades.

Le tout, dans une culture du risque (qui n’est pas la nôtre nous dit-on) se planifie, se dessine par ordinateur, s’illustre par des photos aériennes des inondations précédentes, se communique aux habitants, les met en mesure de trouver des parades. Se communique aux élus, les met en mesure de trouver des parades, comme on le fait pour les risques incendie, ou les risques d’avalanche, bref pour les risques, quoi ! Le sigle PER plan d'exposition aux risques est là pour rappeler que depuis le temps, des tas de procédures ont été créées pour éviter la répétition de ces drames !

Nous prétendons recueillir bientôt les habitants du monde soumis au risque prévisible d’élévation des océans, et ne saurons pas les loger dans nos zones inondables ?

Il faut réveiller les hydrologues

Sauf si, comme pour les médecins,
on a laissé se créer des déserts hydrologiques ?

Génie rural, reviens !


PS : j'ai trouvé cette thèse sur internet

Il doit y avoir des tas d'études sur le sujet !


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