mardi 5 juin 2018

Glyphosate mon amour


Les céréaliers pris à la gorge : pour désherber les céréales françaises, on n’a rien trouvé de meilleur que le glyphosate : efficace, et pas cher. Certes on pourrait désherber mécaniquement avec des outils tirés par des tracteurs ? Même alimentés au fuel détaxé : inefficace et cher ! Que voulez-vous répondre à de tels arguments ? Le porte-parole de ce sujet brûlant est le terriblement efficace Ministre de l’Agriculture. Il a l’agriculture productive de la FNSEA avec lui. Il a ainsi participé à inonder les tous frais Parlementaires-en-marche d’arguments et de propositions d’amendements rédigés tous de la même manière visant à conserver ce produit indispensable …et il a gagné !

Sandrine Le Feur est agricultrice bio dans le Finistère. Depuis un peu plus d’un an, elle est aussi députée. Inconnue du monde politique il y a peu, la jeune femme a été élue avec l’étiquette de La République en marche. Mais elle n’a pas perdu son franc-parler. Dans un extrait de l’émission C Politique, diffusée sur France 5, la députée s’est émue de la réaction du ministre Stéphane Travert au sujet du glyphosate. « Le salaud », a-t-elle lâché en marge d’un rassemblement militant.

Le propos est vif et même violent. Mais devant la disparition des oiseaux des champs, qui se souvient du chant des alouettes dans un paysage de céréales bleui par les fleurs des bleuets et rougi par les coquelicots ? Les scientifiques observent d’ailleurs que si la communication générale est forte et homogène concernant le réchauffement climatique, celle sur le risque de disparition de la biodiversité est bien timide. Même Nicolas Hulot, torpillé sournoisement par des rumeurs de harcèlement sans doute lancées fort à propos, a du réfréner son élan habituel pour faire profil bas.


un champ avant glyphosate: marguerites, bleuets et coquelicots : ringard !




Les écolo disparus ou sans voix, ce sont maintenant aux chasseurs de figurer comme cible du Président pour représenter la diversité des espèces sauvages, après tout, ils constituent une force, pourquoi pas leur faire confiance ?

A l’occasion, je découvre le cri nous donnant l’ile de Pâques comme exemple de la désertification par l’homme d’un territoire auparavant plein de vie sauvage : est-ce ce à quoi nous sommes condamnés, à force de bétonnage des sols, d’urbanisation galopante, et de destruction des espèces animales dont les pollinisateurs ?


…et le groupe international chargé de l’étude de ce vaste sujet : l’IPBES. En Français : Fondation pour la recherche sur la biodiversité. L’acronyme ne fonctionne pas, il faut dire : « Intergovernmental platform on biodiversity and ecosystems". C'est le pendant du GIEC du climat pour la biodiversité.



On apprend par exemple que la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité est une plateforme entre les différents acteurs scientifiques et les acteurs de la société sur la biodiversité.

Elle a été créée chez nous en 2008, à la suite du Grenelle de l’environnement, avec le soutien des Ministères de la recherche et de l’écologie et de huit établissements publics de recherche, rejoints en 2014 par LVMH.


"Susciter l’innovation, promouvoir des projets scientifiques en lien avec la société et développer études, synthèses et expertises sont autant d’actions au coeur de son dispositif. À ce jour, plus de 170 structures, associations, entreprises, gestionnaires ou collectivités, ont rejoint la FRB autour d’un but : relever ensemble les défis scientifiques de la biodiversité.

"Transmettre une terre en bonne santé aux générations futures est la mission à laquelle œuvrent, chaque jour, des milliers de chercheurs. Ils travaillent ainsi à donner les clés d’une préservation du vivant, d’une reconquête de la qualité de notre environnement et d’une utilisation durable des ressources naturelles. La mission originale de la FRB est de développer la synergie entre la recherche française sur la biodiversité et  les enjeux des acteurs de la société.



"La biodiversité c’est le « tissu vivant de la planète », dans toute sa diversité et sous toutes ses formes, de la bactérie à la baleine, de l’individu à l’écosystème et au paysage. C’est elle qui nous nourrit, qui nous habille, qui nous permet de respirer et de vivre. Nous  sommes partie intégrale et partie prenante de  cette vie, nous y contribuons, nous en profitons, nous l’influençons.

"C’est une certitude, les activités humaines et la biodiversité sont liées. Comment, jusqu’à quel point, quelles en sont les conséquences pour notre devenir ? Autant de questions cruciales pour notre futur et celui de nos enfants. Pour y répondre, nous avons besoin de développer les connaissances et de les partager.

"C’est la mission de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) qui met en relation les travaux et les résultats de la recherche française sur la biodiversité avec les besoins de la société. La FRB permet en particulier un dialogue entre les scientifiques et les acteurs autour des grands enjeux de  la biodiversité".

Je vous ai cité textuellement la langue de bois qui préside à cette Fondation, et qui justifie les concours financiers qu’elle reçoit.

Ouf, l’avenir de nos enfants est entre de bonnes mains : bientôt (mais vous verrez plus bas que c'est déjà aujourd'hui), youtube va enregistrer les chants des dernières alouettes en se rendant dans je ne sais quel pays d’Europe où elles se reproduisent encore, pour nous les faire entendre dans nos smartphones.

Après tout, on se passe bien 

des derniers mammouths !





PS 1 : Hiroshima mon amour (二十四時間の情事, Nijūyoji-kan no jōji. (Une liaison de 24 heures) est un film franco-japonais d'Alain Resnais sorti en 1959.
Retraçant la rencontre d'une Française et d'un Japonais à Hiroshima, le film déjoue les codes traditionnels de la narration cinématographique, a un retentissement mondial et lance la carrière de Resnais qui s'inscrit dans le contexte de la Nouvelle Vague.

Marguerite Duras a écrit le scénario et les dialogues du film.

Je cherche un scénariste connu, qui écrirait le scénario de "Glyphosate mon amour". Un peu le genre de Stéphane Brizé avec son second film "En guerre" joué par Lindon, après le succès de "la loi du marché"

ça me fait penser, 

pourquoi pas lui envoyer ce billet ?


PS 2 :                  pour entendre, une fois dans votre vie, une alouette chanter :

https://www.youtube.com/watch?v=KuHyD_PK1w8


PS 3 : C'est Bertold Brecht qui dit : "Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu." 

                     et il ajoute :

Quand ceux qui luttent contre l’injustice
Montrent leurs visages meurtris
Grande est l’impatience de ceux
Qui vivent en sécurité.
De quoi vous plaignez-vous ? demandent-ils
Vous avez lutté contre l’injustice !
C’est elle qui a eu le dessus,
Alors taisez-vous
Qui lutte doit savoir perdre !
Qui cherche querelle s’expose au danger !
Qui professe la violence
N’a pas le droit d’accuser la violence !

 Ah ! mes amis
Vous qui êtes à l’abri
Pourquoi cette hostilité ?
Sommes-nous
Vos ennemis, nous qui sommes les ennemis de l’injustice ?
Quand ceux qui luttent contre l’injustice sont vaincus
L’injustice passera-t-elle pour justice ?
Nos défaites, voyez-vous
Ne prouvent rien, sinon
Que nous sommes trop peu nombreux
À lutter contre l’infamie,
Et nous attendons de ceux qui regardent
Qu’ils éprouvent au moins quelque honte

Bertolt Brecht

PS 4 : dans le même domaine :

http://babone5go2.blogspot.com/search?q=extinction

http://babone5go2.blogspot.com/2018/03/tellement-improbable-quil-disparu-23.html
http://babone5go2.blogspot.com/2018/03/vous-avez-dit-ethique.html




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire