mardi 4 janvier 2022

Hommage à Jaques Loire, au centre d'une dynastie de maitres verriers (1)

après le créateur, Gabriel, Hervé à gauche, puis Bruno à droite, Jacques au centre



Jacques Loire, Maitre Verrier, au centre d’une dynastie de Maitres Verriers; Je vous reparlerai de Jacques demain, qui vient de disparaitre à 88 ans. L’Histoire commence par Gabriel : c’est en 1926, à la suite d’une rencontre avec Georges Merklen, maître-verrier de la cathédrale de Chartres, que Gabriel Loire est initié aux techniques traditionnelles de création de vitraux chez les Ateliers Lorin. D’abord assistant, il devient dix ans plus tard associé et crée ses premiers vitraux, dont deux dédiés à Saint Fulbert pour la crypte de la cathédrale de Chartres. Quelques années après, lorsqu’il quitte les Ateliers, une clause de non-concurrence le contraint à se tourner vers d’autres formes de création tels que l’art de la mosaïque, le dessin, la sculpture, les meubles, l’orfèvrerie, les décors d’églises ou encore les illustrations d’ouvrages pour enfants. S’il manifeste un certain talent dans ces domaines – il participera à plusieurs expositions et salons d’art religieux organisés au musée Galliera, à l’Hôtel des Ducs de Rohan ou au musée des beaux-arts de Rouen et deviendra membre de la Société nationale des beaux-arts de Paris – c’est dans l’art du vitrail que l’artiste excelle et innove.



la différence : la dalle de verre épais, 25mm, enchâssé dans une résine puis du béton qui permet de créér des murs de lumière

Au travers d’une commande destinée à l’église des Aix-d’Anguillon, en 1930, il s’appuie pour la fabrication de ses vitraux sur une nouvelle technique consistant à utiliser une dalle de verre et à introduire de petits morceaux de verre séparés par des baguettes de plomb. Cette technique apporte dès lors un souffle de renouveau dans l’art du vitrail car contrairement aux verres fins sertis au plomb utilisés dans les techniques traditionnelles, la dalle de verre a une épaisseur variant entre deux et trois centimètres et est taillée et sertie dans un réseau de ciment ou de mortier de résine époxy, ce qui permet de réaliser de véritables murs de lumière, plus solides que les vitraux anciens mais tout aussi éclatants de couleurs et de lumière.

 




En 1946, désireux de monter son propre atelier et de se spécialiser dans cette technique, il rachète un local situé dans la ville de Chartres, cité du vitrail. Deux ans plus tard, il déménage à Lèves dans une ancienne propriété datant du XIXe siècle qu’il réaménage à cette occasion en plusieurs petits bâtiments dédiés à une étape du processus de fabrication des vitraux dont le travail de la dalle de verre, de la coloration ou encore celui de la coupe. Il conçoit également des petits espaces de bureaux et appartements pour accueillir les artistes avec qui il souhaite collaborer pour la création de ses œuvres.


et lui succède d'abord son fils Jacques



Maître-verrier désormais réputé, Gabriel Loire répond, avec son fils Jacques devenu maître-verrier lui aussi, à de multiples commandes provenant d’églises endommagées par la Seconde Guerre mondiale. Leur savoir-faire et leur créativité les conduisent à dessiner et réaliser des vitraux alliant modernité, graphisme et luminosité tels que ceux en dalle de verre composés de figures géométriques blanches et orangées à l’église de Fossé, dans le Loir-et-Cher, ou l'immense vitrail en dalle de verre situé dans l’église de Saint Denys à Vaucresson dans les Hauts-de-Seine et reprenant comme thématique des décors végétaux, ou encore cet exceptionnel vitrail en dalle de verre de couleur translucide que l’on peut admirer à l’Église Notre-Dame de la Pentecôte, sur le site de la Défense, en région parisienne. 

La renommée des Ateliers Loire dépasse rapidement les frontières du territoire national et de nombreuses commandes émanent d’autres églises situées cette fois-ci en Allemagne, aux États-Unis, au Chili mais aussi au Maroc. En 1959, Gabriel Loire crée pour l’église du Souvenir à Berlin une paroi de 2200m2 de dalle de verre composée de carrés identiques au coloris bleu, jaune et rouge. 

En 1975, à Dallas, il réalise pour la chapelle Thanksgiving Square, un toit ponctué de petites baies de vitraux alignées en forme de spirale. 

En 1970, il laisse la direction de l’atelier à son fils Jacques. Pour autant, il ne peut se résoudre à abandonner son art et continue de s’illustrer au côté des plus grands artistes peintres dont Joan Miró, avec qui il réalise, d’après une de ses toiles, une fresque en mosaïque pour l’Université de Wichita, au Kansas, en 1977.

Jacques sous sa Coupole

Aujourd’hui tenus par Hervé et Bruno Loire, petits-fils de Gabriel Loire, les Ateliers, qui emploient une dizaine de salariés, continuent d’allier fabrication traditionnelle du vitrail et recherche de nouvelles techniques afin d’adapter les vitraux aux exigences des bâtiments contemporains. Des techniques s’inspirant de l’industrie verrière, comme celles du thermoformage, du feuilletage résine et de l’assemblage en double vitrage, y sont travaillées quotidiennement et les œuvres réalisées par les Ateliers sont aussi bien destinées aux églises qu’aux bâtiments civils et aux particuliers. 



Jacques a 88 ans. Il décède le 29 juin dernier, il méritait un hommage

demain !

 

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