mercredi 20 janvier 2021

tonton Jean "impossible jamais"

J'ouvre la boite aux lettres car j'attends un paquet venant d'Angleterre, il arrivera sans difficulté (et sans droits de douane) le lendemain, pas de problème. Mais là, surprise, une enveloppe bistre ouverte, quelqu'un m'a livré un cadeau à domicile, dedans un livre : "tonton Jean", avec cette devise : "Impossible jamais". A l'intérieur, une longue dédicace manuscrite, souvenir de six ans passés avec la Commission du Souvenir. Elle réunit les seize Associations patriotiques du Comminges, Jean Baqué en est le doyen, toujours présent, avec cette caractéristique qui n'appartient qu'aux anciens militaires : pour être à l'heure aux réunions, ils sont en avance d'un bon quart d'heure !

Jean est notre héros, Résistant de la première heure, droit dans ses bottes, il va fêter ses 100 ans le 21 mars prochain, pile l'année des cent ans de la Société des Membres de la Légion d'Honneur !

Déjà héros du Comminges, sûr qu'il sera héros national !

Si le titre est "tonton Jean", c'est que l'auteur est le neveu, forcément ! On a tous eu un tonton Jean, et à un certain  âge, on est le tonton d'un neveu ! 

Du coup, c'est avec émotion que je lis le livre aux photos noir et blanc. Jean est né en 1921, et me fait penser à mon père Roger. Je me vois bien de la génération suivante, née pendant la guerre. La famille de Jean est paysanne, vivant en autarcie pas loin d'ici dans le Comminges, avec les valeurs culinaires du Sud-Ouest : céréales, potager ; volailles, pilier de l'alimentation, le cochon, que l'on tue en hiver, et qui fournira ses charcuteries toute l'année, dont le jambon avec gras grillé que mangeait Joseph mon grand-père qui avait fait la guerre de 14 et n'avait plus de dents. J'oubliais, il y a une belle vigne, et la famille Baqué produit son vin et arrose les repas traditionnels de famille, comportant force confits et autres omelettes au piment tel que les cuisinait notre grand-mère.

La famille est l'une des premières à posséder une voiture : dommage, ce n'est pas un torpédo Citroën, mais un Berliet... presque mieux ! Jean qui la conduit sans permis passe l'important examen du premier coup, il possèdera ainsi le précieux sésame qui le distinguera plus tard de ses camarades pour candidater en 1944, après la libération de Saint-Gaudens le 20 août, dans le 5ème train de Toulouse en partance en Alsace..


Et puis c'est la seconde guerre. La ligne de démarcation. Les Allemands qui refluent au Sud, avec la Division das Reich. Le STO, le service du travail obligatoire, auquel les jeunes tentent d'échapper, seul refuge, la Résistance, après l'appel du Général. Les résistants sont minoritaires, la majorité entrainée par Pétain prêts à collaborer pour avoir "la paix". Jean est interrogé, fait prisonnier, et il s'évade à vélo, prenant un coup de fusil allemand dans l'omoplate, caché et soigné dans une ferme amie, tout cela se passant pas loin dans la région tarbaise.

Et c'est le débarquement. Avec lui, les parachutages alliés arment la résistance, pendant que la division das Reich se déchaine à Marsoulas puis Oradour avant de rejoindre les troupes attaqués en Normandie. Drôle d'époque : les "terroristes" sont les Français refusant l'occupation allemande ! 

On apprendra plus tard comment Jean rencontre son amour de toujours, elle s'appelle Yvonne, comme la maman de ma maman Micheline, dont je porte le prénom.

Il prend le train pour Paris, déjeune au restaurant, où je découvre le secret de sa longévité, quand le serveur lui demande quel vin il boit, il répond : -"un litre... je tenais le coup en ce temps là...!"

à la table d'honneur de la SMLH le 20 janvier 2020, un an pile !

Puis c'est l'Indochine dans la Légion étrangère, le retour en Junker en tôle ondulée ; le séjour à Toulouse rue du Férétra, avec Yvonne qu'il épouse en 1954. L'affectation à Paris près du Colonel qui l'ayant croisé en Indochine, le veut près de lui, déclenchant la jalousie des gradés locaux qui briguaient cette place convoitée.  L'achat de l'appartement rue Docteur Roux. La revente en 1996. Le retour à la vie civile : La vache qui rit, puis, aucun rapport, responsable de garage à Lorraine-Escaut, aujourd'hui dissoute, devenue Vallourec. Durant toute cette période, il voyage à travers l'Europe, photographie ses souvenirs de vacances, jusqu'à la retraite à 60 ans le 31 aout 1984. Il est et reste photographe.

C'est le retour au Saudet rue du Carillon, au même moment où s'installe l'usine de pâte à papier devenue Fibre Excellence. Les séjours alternent entre le Comminges et Paris, car Yvonne aime l'ambiance de la capitale et, férue d'art, passe beaucoup de temps au Louvre.

La retraite est remplie d'activités, comme les Chanteurs du Comminges, un choeur d'hommes, dont Jean devient Président, en même temps qu'ami de Jules Ribet. Il aime l'automobile et adhère à l'écurie automobile du Comminges. La photo le passionne, et en toutes circonstances, c'est lui qui appareil en bandoulière et zoom (ostentatoire) déployé, photographie l'assistance. 


Il est décoré de l'insigne de Chevalier de la Légion d'Honneur le 11 novembre 2001 par le Général Ragot bientôt 20 ans pile. Il est Président des Résistants du Comminges. Nous ne l'appelons par Jean, encore moins "tonton", pour nous, il est Président !

Il a une devise, elle frappe l'imagination en cette période troublée, où pour certains, la pandémie représenterait le summum des difficultés qu'aurait à résoudre une Nation comme la France :

associée à Mermoz :

Impossible jamais !


https://www.facebook.com/lesCJF1940.1944/posts/275800219277351:0


bien entendu, est associé à tonton Jean le nom de tatie Yvonne

nos hommages amicaux

le livre n'est pas signé, mais je félicite l'auteur Florian S. au patronyme prestigieux :

il était précieux que cette biographie soit écrite

peut-être n'est-ce pas tout ce qui sera dit ; écrit ; et exposé sur Jean Baqué :

l'année 2021 commence à peine :

impossible... jamais ?



en guise de référence





à tous les amis de la Légion d'Honneur ; des Médaillés militaires ; des membres du Mérite national
et autres membres de la Commission du Souvenir

à bientôt pour saluer : Président  J.B !


20 janvier 2020, devant le musée, après avoir visité l'Esplanade de la Légion d'Honneur
et le panorama du Cagire


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