dimanche 13 septembre 2020

Encore Phryné

Phryne at the Poseidonia in Eleusis. (1889) By Henryk Siemiradzki

Je vous parle de Phryné de temps à autre, (voirPS1) quand je trouve de nouvelles oeuvres qui montrent la figure mythique de cette femme... tellement belle que l'on oublie qu'elle était certainement une courtisane, mot plus aimable que ... prostituée... mais en telle quête de liberté, qu'elle est restée célèbre deux mille trois cents ans après sa disparition !


Je parle bien entendu de Phryne la Thespian, une célèbre courtisane d'Athènes, dont on se souvient principalement pour le procès qu'elle a remporté en découvrant sa nudité. Son vrai nom était Mnesarete mais les gens l'appelaient Phryne («crapaud») à cause du teint ocre de sa peau : elle était tout simplement bronzée, comme des tas de femmes modernes ont tenté de le faire sur les plages de l'été.

Elle était la fille d'Epicles de Thespiae (Béotie), mais a passé la majeure partie de sa vie à Athènes. Même si nous ne connaissons pas les dates exactes de sa naissance et de sa mort, divers historiens estiment qu'elle est née vers 371 avant JC, l'année où Thèbes a rasé Thespiae peu de temps après la bataille de Leuctra et a expulsé ses habitants.

Grâce à sa beauté extraordinaire, elle est devenue modèle, posant pour divers peintres et sculpteurs, dont le grand Praxitèle (qui était également son amant). En fait, la statue de Phryné de Praxitèle a été achetée par la ville de Cnide - après que la ville de Cos qui l'avait initialement commandée, se soit opposée à ce qu'elle soit nue - et est devenue une attraction touristique si populaire que la ville a réussi à rembourser la totalité de sa dette.


La beauté de Phryné est également devenue le sujet de nombreux érudits grecs anciens, qui ont loué sa beauté, Athénée de Naucratis étant celui fournissant le plus de détails sur la vie de Phryné. Il la mentionne dans son ouvrage intitulé Les déipnosophes, le banquet des sophistes (ou des savants) (livre XIII de l'Amour voir PS2)

Phryné était une femme vraiment belle, même dans les parties de sa personne qui n'étaient généralement pas vues (affirment les spécialistes de l'époque) : il n'était pourtant pas facile de la voir nue; car elle portait une tunique qui couvrait toute sa personne, et elle ne se rendait jamais aux bains publics.

Mais à l'assemblée solennelle de la fête éleusinienne et à la fête de la Poséidonie, elle déposait ses vêtements à la vue de tous les Grecs rassemblés, et ayant défait ses cheveux, allait se baigner dans la mer ; et c'est elle qu'Apelle a pris comme modèle d'Aphrodite Anadyomène ; et Praxitèle le sculpteur, modela l'Aphrodite de Cnide à partir de son corps; et sur le piédestal de sa statue d'Eros, qui est placée sous la scène du théâtre, il a écrit l'inscription suivante :

«Praxitèle a consacré un soin sérieux
à représenter tout l'amour qu'il ressentait,
tirant son modèle de son cœur le plus profond:
je me suis donné à Phryné pour son salaire,
et maintenant je n'emploie plus de charmes, ni de flèches,
sauf ceux des regards sincères sur mon amour . »

je ne suis pas très sûr d'une traduction qui a du commencer ^par le Grec pour finir en Anglais, mais vous comprenez le sens général ? Je bute sur her wages ! ! 


Phryné séduit Xenocrates par Angelica Kauffman 1794

Athénée a également enregistré que Phryne était peut-être la femme autodidacte la plus riche de son temps. Elle est devenue tellement riche à un moment de sa vie qu'elle a offert de financer la reconstruction des murs de Thèbes, qui avaient été détruits par Alexandre le Grand en 336 av.JC

Elle a exigé que les mots «Détruit par Alexandre, restauré par Phryné la courtisane» soient inscrits sur les murs. Intimidée par l'idée qu'une femme - et d'ailleurs pas n'importe quelle femme, mais une prostituée - pourrait reconstruire ce qu'Alexandre le Grand avait détruit, l'offre de Phryné fut rejetée par les patriarches de la ville et les murs restèrent en ruine.

Gustave Boulanger

je préfère Antonio Parreiras (1860-1937) qui est Brésilien
d'ailleurs Antonio a peint cette Flor do Mal

Malgré ses regards «divins», sa richesse incroyable et ses amants célèbres, ce qui a immortalisé Phryné dans les livres d'histoire est sans aucun doute son fameux procès. Athénée écrit qu'elle a été poursuivie pour une accusation capitale et défendue par l'orateur Hypereides, (qui était lui aussi son amant). Il ne précise pas la nature de l'accusation, bien que certaines sources historiques non vérifiées ( Pseudo-Plutarque ) mentionnent qu'elle a été accusée d'impiété.

Même s'il y a une grande controverse entre les historiens sur ce qui s'est réellement passé ce jour-là à la cour, l'une des sources les plus crédibles (celle d'Athénée) déclare qu'Hypereides a déchiré la robe de Phryné au milieu de la salle d'audience pour montrer aux juges ses beaux seins.... ou bien tout le reste ? Son raisonnement était que seuls les dieux pouvaient sculpter un corps si parfait et en tant que tel, elle qui était une prophétesse et prêtresse d'Aphrodite, la tuer ou l'emprisonner serait considéré comme un blasphème et un manque de respect envers les dieux. Que pouvaient faire les juges terrorisés de condamner à mort une aussi importante personne d'autre  que la gracier ?

pour Léon Gerome, Hypereides devant l'Aeropagus enlève tout !

Ce qui semblait être un cas perdu pour Phryné, s'est rapidement transformé en triomphe pour elle après l'acte inspiré d'Hypereides. Phryné sortit victorieuse de la cour et son histoire continua d'inspirer plusieurs œuvres d'art, dont le tableau Phryné devant l'aréopage de Jean-Léon Gérôme, de 1861, le tableau de 1904 Phryné , de José Frappa; la sculpture Phryné du sculpteur français Alexandre Falguière; et la sculpture Phryne Before the Judges , du sculpteur américain Albert Weine, de 1948.

 
Praxitele offre l'Amour à Phryné (Angelica Kauffman 1794)

Plus important encore, certains érudits considèrent aujourd'hui la célèbre hétaïre (hetaerae) comme un symbole de liberté contre la répression déguisée en piété, même si la plupart d'entre nous conviendront probablement que certains de ses choix dans la vie n'étaient pas les plus idéaux ou moraux pour une femme.... mais il fallait bien vivre

autrefois comme aujourd'hui !




Albert Wein 1915-1991 Brookgreen Sculpture Garden South Carolina






 PS 1 : de temps en temps, on revoit Phryné :
https://babone5go2.blogspot.com/2019/02/bourrasques-clignancourt.html

avec quatre liens en fin de billet !

PS 2 : extrait du livre XIII de l'Amour


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