vendredi 24 avril 2015

ENZA

quatre lettres au bas d’une tapisserie !

Bien plus que cela : 

toute une histoire en réalité : 

je l'ai racontée hier soir, devant les invités de l'artiste, et en voici le résumé car il s'agit d'un véritable roman :

-une première histoire, celle d'une oeuvre

-en même temps c'est une belle histoire comme les aime Lelouche :celle d'une intégration réussie, dans la France accueillante telle qu'on aime qu'elle soit, et qu'elle continue à être pour accueillir les plus démunis :

Enza est le diminutif de Vincenza, Vincenza Giuliani, et Rivière est son nom, son nom de mariage. Vous avez compris qu’elle est d’origine italienne, d'origine calabraise née (pour une dame, on ne dit pas quand, mais vous je vous le dis quand-même : dans les années trente) à Mormanno, province de Cosenza (Italie). Une ville de 70.000 habitants, tout en bas sur  le dessus de la botte italienne. Le paysage méditerranéen fabuleux et légendaire de cette province, où, dit-on le soleil s'est arrêté, fait d'immensité, de silence, et surtout de lumière, marque son enfance. 


La famille Giuliani s’installe à Rome dans les années trente. Mais bien vite l’Europe bascule dans l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, et la capitale italienne vivra, comme tant d’autres villes, des années quarante fort éloignées de la Dolce Vita.

Les parents Giuliani remontent vers le nord : Turin, le Val d’Aoste... Leurs cinq enfants, quatre filles et un garçon : Giuseppina (aujourd’hui Joséphine, qui vit à Marseille), notre amie Enza, Anna (aujourd’hui la Saint-Gaudinoise Annie Maubé), Anatole (qui deviendra un grand architecte et réalisera de nombreuses constructions en Bigorre, dans la vallée de la Barousse et tout le Comminges), et Gabriella, la petite dernière (aujourd’hui Gaby Aznar bien connue des Saint-Gaudinois), naîtront et grandiront dans différentes villes italiennes, du Sud au Nord. Comme bien des enfants de cette génération, ils connaîtront  d’incessants bombardements, l’occupation allemande, les derniers soubresauts du régime fasciste, les exécutions publiques d’otages, hommes, femmes et enfants.

En 1946, Carmine Giuliani, le père, émigre en France, et fait venir en 1948 sa famille… à Valentine !
Les enfants sont inscrits à l’école…pas toujours bien accueillis : ce sont des émigrés, ils ne parlent pas la langue ! Enza devient française en se mariant, à St Lambert des bois (Yvelines) dans l’arrondissement de Rambouillet, non loin des vestiges de l'abbaye de Port Royal des Champs, avec Jean-Louis Rivière. Sorti de Navale, il est tombé amoureux de la belle italienne, puis deviendra Directeur technique d’entreprises d’électronique.


"c'était un temps de solitude"



















Il l’emmène donc dans la région parisienne : Enza rencontre Christian Pagano (le fondateur de l’Agence Gamma), qui l’introduit dans le milieu des artistes. L’art devenant pour elle une manière d’exprimer sa personnalité, plus commode de dessiner et peindre que de maîtriser totalement le Français écrit. Commence une vie de créatrice, d’artiste, de peintre, de modiste : de 1973 à 1988, à St- Lambert, elle crée et réalise des modèles de couture. Sa Boutique y présente deux fois par an ses collections : modèles uniques en tissages et tissus ou soies, peints à la main, Ils traduisent l'originalité et la personnalité d'Enza qui s'exprime de manière colorée mais aussi nuancée, avec beaucoup de fraîcheur et de naïveté mélangées. Elle rencontre un très vif succès dans sa région et sa clientèle s'étend jusqu'à la Capitale. Elle participe aux salons des ateliers d'Art de Paris, crée des costumes pour des spectacles son et lumière , des uniformes d'hôtesses, travaille pour Louis Ferraud…  etc… Elle expose au Carroussel du Louvre, au Grand Palais, au Canada ; à Rome naturellement ... et ici, en Comminges…

pas de problème pour s'habiller en ... ENZA

En 1988, elle cesse ses activités de créatrice de mode et « se retire en Midi-Pyrénées », dit sa bibliographie dans la revue Univers des Arts. Midi-Pyrénées, vous avez compris, c’est Saint-Gaudens ! Son époux à la retraite, pas question de rester à Paris, mieux vaut se rapprocher de la famille de Madame : ils construisent une jolie maison …d’architecte (…commode d’avoir un frère sur place !) dominant la plaine de Villeneuve…de Rivière. La charmante maison est entourée d’un jardin un peu comme celui de Monet à Giverny « qui peignait, disait-il, en regardant son jardin ». Vous comprenez qu’avec Enza, il y ait des fleurs partout !

vous n'imaginez pas une villa italienne sans mosaïques !

Hier soir donc, nous avons fêté le don d’Enza à la Ville : le don ne date pas d’hier : il a été fait il y a quatorze ans. Les municipalités de l’époque n’étaient pas très ouvertes à l’art naïf, et n’avaient pas jugé utile de signaler ce don par une plaque. Ouf, la nouvelle municipalité se remue, et une par une répare les oublis du passé !




Nous avons deux œuvres d’Enza à Saint-Gaudens : à la Collégiale un Saint Sacrement

Dans l’escalier de la Mairie : la Collégiale.

Attendez : la Collégiale au Moyen Age. Ne soyez pas étonnés que la Collégiale se situe dans les champs de fleurs, la rue Victor Hugo n’avait pas été créée !


Aujourd’hui cette œuvre donnée à la ville est (enfin) signée des quatre lettres qui résument toute une vie d’artiste :

ENZA

Non è bello ciò che è bello,
ma è bello ciò che piace.

la Collegiale, che piace a tutti,

grazie mille Enza


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