vendredi 24 août 2018

Albaola (2/4)


On ne peut entrer dans l'âme basque que si l'on s'imprègne de bateaux. Des bateaux particuliers, à rames, typiques des baleinières des anciens chasseurs de baleines, et qui sont utilisés aujourd'hui pour des courses mémorables : pour les uns ce sont des yoles de mer, ici on dit "trainières".



la trainière "Doniene San Juan Gaztelutaxe" au fond


en réalité, l'essentiel se passe en mer

Je suis intrigué dans mon billet précédent par la yole de mer exposée devant l'Océan, face au monastère de San Juan de Gaztelugatxe, et tombe sur cet article publié dans le Chasse-Marée n° 232 (mai 2011) par Xavier Mevel :

"Fondée à Pasaia par un charpentier de San Sebastián formé aux États-Unis, Albaola a entrepris de ressusciter le patrimoine maritime du Pays basque. Depuis lors, l’association n’a cessé de lancer des bateaux et de les faire naviguer – jusque sur le Saint-Laurent – dans les lieux où ils se sont illustrés. Un dynamisme décoiffant qui a séduit les organisateurs de la Semaine du golfe.



Le héros de cette aventure est Xabi Agote : il crée l’association Albaola, avec un objectif raisonnable : construire la réplique d’une traînière de pêche à neuf bancs dont il a reconstitué le plan de formes avec Jean-Louis Boss à partir d’une épure retrouvée dans un chantier d’Orio. Ce type d’embarcation était apparu au milieu du XVIIIe siècle avec l’adoption du filet tournant (txerkoa). Pour encercler rapidement les bancs de sardines levés par les dauphins, il fallait un bateau plus véloce que les lourdes chaloupes. Ainsi est née la traînière, même si cette dénomination ne lui sera donnée qu’au cours du siècle suivant, quand les pêcheurs utiliseront la bolinche, autre type de filet tournant appelé trena. La traînière de pêche traditionnelle disparaîtra avec l’introduction de la vapeur, ne survivant que sous la forme plus affûtée des embarcations de courses d’aviron.

Faute de trouver des partenaires au Pays basque, c’est aux États-Unis que Xabi va concrétiser son projet. Profitant d’une escale dans le Maine, il fait part de ses difficultés à son ami Lance Lee. Et ce dernier lui propose de construire la traînière dans le cadre de l’Apprenticeshop. Le financement est assuré par les cousins basques du Nouveau Monde, sollicités par le biais de leurs nombreuses amicales. Lancée le 10 mai 1998, Ameriketatik (« Venue des Amériques ») rallie Bilbao par cargo.


La croisière inaugurale de la traînière américaine le long de la côte basque prend vite des allures de caravane promotionnelle. Ameriketatik est armée par une douzaine de rameurs, mais l’équipage est renouvelé à chaque escale : trois cents personnes originaires des vingt-neuf ports visités peuvent ainsi embarquer. Gros succès ! Les anciens s’émeuvent de revoir un bateau qu’ils avaient oublié. La presse souligne la générosité des cousins d’Amérique, rappelant que les donateurs de cette traînière sont les descendants des pêcheurs basques qui s’aventuraient jusqu’au Labrador à la poursuite des baleines ou des bancs de morues.



« De tous les ports où nous avons fait escale, raconte Xabi, c’est Pasaia qui nous a réservé le meilleur accueil. C’est pourquoi nous nous y sommes installés». (1) Fernando Nebreda, le directeur d’Oarsoaldea – agence de développement économique de la communauté urbaine d’Errenteria, Lezo, Oiartzun et Pasaia –, y a largement contribué. « Dans cette région industrielle, explique-t-il, les touristes ne s’arrêtent jamais. On s’est donc demandé comment les retenir. Et on s’est vite rendu compte que ce qu’il fallait mettre en avant ici, c’était notre culture, et singulièrement notre patrimoine maritime. » De son côté, Albaola cherchait un lieu où jeter l’ancre. «Fernando a été le seul à nous faire une proposition concrète, précise Xabi, il nous a invités à nous implanter à Pasaia et nous a offert l’appui de son agence.»

"L’association s’établit dans un ancien chantier naval de San Juan. C’est un vieil atelier exigu, un peu sombre, mais bien placé au cœur du village et tout au bord de l’eau. Pour lancer les bateaux, on attend le flot, on ouvre la grande porte du pignon et hop ! on les bascule directement dans la mer. C’est là qu’Albaola crée Ontziola, centre de recherche et construction d’embarcations traditionnelles. Xabi peut enfin exercer son métier chez lui. Et le travail ne manque pas, entre les recherches d’archives, les enquêtes de terrain, les restaurations et les constructions de répliques, c’est toute la typologie des embarcations basques qu’il faut reconstituer. Le financement est assuré par Oarsoaldea, qui y investira 2 millions d’euros en douze ans. En outre, l’office du tourisme, qui relève des compétences de l’agence, canalise un flot de visiteurs vers l’atelier. En dix ans, quelque cent vingt mille personnes, dont la moitié de Français, y sont passées.


"La première embarcation construite au chantier, en 2000, est Zabarré, une yole de service de 9,30 mètres du XIXe siècle. Viennent ensuite deux battelak haundi de 6,87 mètres, baptisées Basanoaga, nom du lieu où étaient implantés des arsenaux d’Errenteria, et Gastibelza, titre d’un poème de Victor Hugo. En 2004, c’est une pirogue monoxyle de 5,50 mètres creusée à la hache et à l’herminette dans un chêne de 3 tonnes, comme son modèle conservé au Musée ethnographique de Bayonne. La même année est lancée une kalerua, embarcation de pêche à neuf rameurs. Longue de 7,37 mètres, elle est appelée Arditurri, un toponyme d’Oiartzun où étaient exploitées des mines de fer et d’argent".

pour entendre Brassens chanter Gastibelza de Victor Hugo


Vous savez, mes histoires me viennent d'une manière bien simple : je tire un fil comme celui d'Ariane, et je le tire avec constance jusqu'à ce que le fil m'amène au bout du bout : si l'on s'obstine, on part de la comédie musicale de Mamma Mia dans une île grecque, et on atterrit (ou mieux on amerrit) sur la côte basque à Pasaia.... en passant par le Labrador...!

Je vous emmène demain à Pasaia (1)

Lafayette,
Victor Hugo
sans oublier Napoléon

un lieu unique !

reconstruction du San Juan


PS : Quand on s'intéresse aux Basques, et à la pêche à la baleine, il faut chercher loin... au Canada, au Labrador, à Red Bay par exemple : on continue rive gauche du Saint-Laurent, tout au bout de l'estuaire, en face de Terre Neuve et de St-Pierre et Miquelon :


de Québec on se rend à Tadoussac, à l'embouchure du fleuve de Saguenay. Puis on remonte rive gauche

Voilà l'ancêtre des baleinières, la chalupa, au même endroit où a été retrouvé le San Juan baleinier coulé en 1565

en prenant un pot au Whaler's restaurant !


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