jeudi 28 août 2014

Montmaurin (1)


Montmaurin première !

l'entrée d'origine en bas à quatre heures. Le Nymphée entouré de colonnes de marbre à dix heures. Surtout, en haut
à deux heures la Save, il suffit d'un barrage pour amener l'eau aux thermes


Vous vous attendiez qu’en visitant Montmaurin, il s’agisse d’une nième villa romaine, une Villa urbana ! La partie habitation du Maitre, noyée dans l’exploitation agricole, avec ses bâtiments, la pars rustica !

C’est bien de cela qu’il s’agit, mais pas que…Voilà pourquoi j’ai mis un chiffre 1 après Montmaurin, car si je veux être complet, il faudra bien que j’aborde le sujet en plusieurs épisodes, tellement il est vaste :
Figurez-vous que dans un diamètre de trois kilomètres, coexistent 400.000 ans d’histoire ! Non seulement il y a les romains et les gallo-romains. Peu de présence au Moyen-Age ce qui explique la richesse des vestiges romains.  Mais il y a tout ce qui se passe auparavant, en préhistoire, avec les aurignaciens et même avant encore ! Ca remonte au déluge !


















Il y a une explication qui tient au caractère insulaire. Vous savez que dans les iles, tout est particulier. Or il s’agit bien d’une ile, mais une ile géologique. Voici la carte. De vos souvenirs scolaires, il reste celui du plateau de Lannemezan. Du cône de déjection des alluvions caillouteuses de la Garonne. Et du flot de galets qui a emporté tout vestige des anciens temps…sauf dans une ile dans la mesure où cette ile émergeait à la cote 400 mètres dans la plaine. Nous y sommes. Tout ce qui la recouvrait est resté intact. Tout ce qui se passe à Montmaurin et alentours est donc spécifique. Tout trou creusé par une pelle mécanique peut dégager des vestiges intéressants, à partir de -400.000ans : c’est dire si la visite de Montmaurin ne peut se faire en une seule fois, et s’il était temps que je vous en parle, alors que les sites ne sont qu’à une demi-heure de chez moi !


Je vais commencer aujourd’hui par la villa romaine, parce que c’est plus simple, et plus connu puisqu’il s’agit de la plus grande villa romaine de France pour sa partie urbaine. Et de la plus riche concernant les vestiges retrouvés, depuis une paire de sandales intacte ; des objets servant à tisser ; une trousse entière de couture et de maquillage. Des clés ; des gonds ; une vitre de verre ; et bien sûr des statues. Je passe les tuiles, je passe les conduites de plomb et de terre cuite. Je passe les vidanges de marbre, les caniveaux et autres commodités vulgaires, qui me font toujours rêver dans la mesure où, à part la télévision et désormais la tablette, ces ancêtres bénéficiaient de tout le confort moderne !

























l'idole ibérique : des soleils dans
les yeux !













Je reviens aux statues : l’une est célébrissime puisqu’il s’agit d’un bronze inhabituellement grand (il fait presque 70cm). J’ignore son nom, mais c’est un éphèbe, que malicieusement les propriétaires du Musée ont placé devant une glace, pour que (de devant), on lui voie les fesses (qui sont vous le savez tous dans la partie arrière de tout individu). D’aussi jolies fesses que celles de l’hermaphrodite du Louvre, et de sa copie au Prado de Madrid. Il est couvert d’une peau de chèvre, dont l’artisan d’origine a laissé les pattes et les sabots pendants, d’une finesse admirable ! Je regarde ses chaussures (des sandales de cuir), une merveille de miniatures ! 






















Un petit bronze adorable lui aussi (mais sans fesses) est l’Hélios serapis.  Une Vénus drapée. Une autre (statue) est en marbre : un buste d’adolescent, grandeur nature. Une autre plus intéressante représente le mythe d’Adonis. Un minimum d’explications s’impose :

















Fils de Cinyras, roi de Chypre, et de la fille de ce dernier, Myrrha, Adonis jaillit de sa mère transformée en arbre à myrrhe en punition de son inceste. Voilà pour l’arbre.












Doté d'une grande beauté, Adonis fut aimé d'Aphrodite. Selon le pseudo-Apollodore, il fut envoyé par Aphrodite dans un coffre en bois à Perséphone, afin que celle-ci le garde en sécurité. Perséphone s'en éprit et le disputa à Aphrodite. Zeus demanda à Calliope de résoudre leur querelle. Alors, elle ordonna au jeune homme de passer un tiers de l'année avec Aphrodite, un tiers avec Perséphone et le dernier avec la personne de son choix.

Voilà pour le moins le personnage principal : Aphrodite, forcément représentée, ici manque sa tête, dommage ! Car Adonis choisit pour son dernier tiers de le consacrer à la dite Aphrodite, qui disposant de deux tiers, avait la majorité, tout politique vous confirmera cette version : le partage n’était plus équitable … et l'amour qui liait Aphrodite à Adonis attisa la convoitise des autres dieux. Car si la déesse de l'Amour, épouse légitime d'Héphaïstos, avait coutume de multiplier les infidélités, elle semblait cette fois-ci véritablement éprise de son jeune amant. Mais un jour Adonis, aimant chasser, parcourut la forêt et affronta un sanglier. L'animal blessé le chargea et le jeune Adonis s'effondra, blessé mortellement à la jambe. Une goutte de son sang tomba par terre et Aphrodite versa une larme sur la goutte de sang qui donna naissance à une adorable fleur à pétales forcément rouges (de sang) : l'anémone.


On voit bien le sanglier, à proximité d’une scène un peu brisée par les ans, mais tout y est !

Un petit groupe survient dans l’enceinte, et je devine de suite des personnalités : il y a deux personnages importants, ça se devine à leur stature (altière) et l’un tient un grand livre (son livre). Pas n’importe qui ! Entourés de dames (altières) d’un certain âge. Je me précipite (avec mon frère, nous ne passons pas inaperçus nous aussi, mon frère est Professeur d’Université également). J’expose poliment ma recherche incessante de l’origine de l’eau (coulant à flots dans les thermes) de la villa. Le Professeur (car c’en est un je les repère à un kilomètre) m’expose qu’il devait y avoir soit une noria, soit un aqueduc, à vrai dire les seules solutions qui s’imposent en pareil cas, à partir d’un puisage dans la rivière Save toute proche. La noria dans ce cas a été détruite par l’humidité, sauf les piles maçonnées dont personne n’a trouvé trace. L’aqueduc personne ne l’a jamais vu, et le mystère reste pour moi entier, je vous en reparlerai plus tard (puisque je prévois plusieurs chapitres).


J’interroge le jardinier : -« vous ne saviez pas à qui vous adressiez la parole ? » me dit-il ! « au Professeur Pierre Sillières en personne-personnellement », précise-t-il, (tel le gendarme Catarella au standart téléphonique du Commissariat de Police de Vigata en Sicile, dans le feuilleton du Commissaire Montalbano). Le professeur s’éloigne expliquant la villa aux dames (émerveillées, elles se fichent pas mal de savoir d’où venait l’eau des thermes), et nous prenons congé poliment, les laissant à leur admiration des lieux.


Après avoir médité sur la Save toute proche, et sur la  pompe électrique contemporaine qui permet à l’agriculteur voisin d’irriguer son maïs, nous rejoindrons le Musée, ferons la connaissance de Thérèse Miro la guide, et découvrirons les merveilles trouvées dans les fouilles et exposées, qui ont permis d’illustrer ce premier compte-rendu.

Tout cela est passionnant,

j’aimerais vous passionner vous aussi !


(la suite au prochain numéro)

émotion extrême : le musée, inchangé depuis les années 60 !

Thérèse M. devant le plan-relief

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