lundi 21 janvier 2019

Les oliviers romains de Traiguera


Pour les méditerranéens, l’olivier, arbre de paix, est sacré.  Voici ce qu’en dit Sophocle, quasi 500 ans avant Jésus Christ : "Ici pousse un arbre béni, un arbre immortel, invincible, terreur des armées ennemies, nourriture pour notre ville, l'olivier aux feuilles d'argent, l'enfant d'Athena aux yeux verts." 

La Crète offre un climat et une altitude que ces arbres apprécient particulièrement. Plus de 25 millions d'oliviers, soit plus de 50 par habitant, font la richesse de ce département grec. Quant aux yeux d'Athéna, ils étaient "glauques", donc bel et bien verts si l'on s'en réfère au sens premier du mot !

Vous devinez que j’ai déjà réservé notre séjour de mai en Catalogne, pays des oliviers, jusqu’à ce que je tombe sur cet article du Figaro :



Je cherche où se trouve Traiguera, en latin Thiar Julia, descendante de la cité ibère Ilercavonia  entre les VIè et Ier siècle av. J.-C. C’est là que résidait le chef mythique Mandonio (ou le Viriathe du Maestrazgo), appelé ainsi pour avoir uni, tel Vercingétorix, les tribus ilercavones contre le général romain Scipion. La résistance brisée, la romanisation de ces terres rencontre peu d'obstacles. Mais l'importance de la ville se maintient, comme le confirme le choix de la traversée de la ville par la Vía Augusta, ce qui accélére le processus de développement avec toutes ses implications économiques, culturelles, politiques … et agricoles : les Romains plantent des oliviers, l’arbre d’Athena !

Du coup, à 150 Km de Tarragone, plus au Sud en empruntant la via Augusta, on retrouve vieillis les olivos milenarios qui font la renommée de Traiguera !

bel objectif pour dans quatre mois !

colonne milliaire intacte près de la Via Augusta





Figurez-vous que l'Espagne est la région au monde ayant la plus forte concentration d'oliviers millénaires ! Il nous suffit d’une heure trente en voiture pour s’y promener !

Amador Peset, 37 ans, descend de son vieux 4x4 et parcourt un champ à vive allure. Il s'arrête face à un immense olivier qui brave le vent froid. « C'est probablement l'olivier le plus grand du monde [...] 10,2 mètres de circonférence », dit-il fièrement (en catalan). Dix mètres : selon la dendrométrie – qui mesure l'ancienneté des arbres –, il a plus de mille ans. Amador Peset, fils d'agriculteurs, veille sur 106 monuments comme celui-ci dans l'est de l'Espagne : il nettoie avec minutie leurs branches tortueuses et les débarrasse des mauvaises herbes qui pompent leur sève comme des vampires.

Après les avoir laissés arracher par des marchands sans scrupules, voilà que les agriculteurs se battent pour protéger ces trésors du patrimoine espagnol, contre les amateurs de rareté qui les arrachent à leur pays.


Sans intervention humaine, l'olivier meurt, car les mauvaises herbes mangent et sèchent l'arbre jusqu'à le tuer, assure-t-il. L'agriculteur Joan Porta, 75 ans, explique qu'il y a quelques années encore ces ancêtres n'étaient qu'un repère dans les champs parsemés d'amandiers et d'arbres fruitiers. Ils terminaient en bois de chauffe pour les fermes. Mais « maintenant, on se rend compte que ce sont des arbres de mille ans ! » dit-il en montrant le roi du champ familial, l'olivier « La Farga del Arion ». Cet arbre a 1.702 ans, selon une datation de l'université polytechnique de Madrid.




Diffusés par les Grecs et les Romains, les oliviers recouvrent en Espagne 2,5 millions d'hectares, un quart de la superficie mondiale d'oliviers. Concepcion Munoz, agronome à l'université de Cordoue, a arpenté le pays pour les cataloguer. « L'olivier, dit-elle, est l'un des arbres au monde ayant la plus importante longévité. [...] Il a une capacité de résistance incroyable grâce à des bourgeons latents capables de régénérer entièrement l'arbre.» Pourtant, les oliviers millénaires d'Espagne sont menacés. Un pic a été atteint au milieu des années 2000 : à l'époque, les gens racontaient que certains arbres étaient arrachés et qu'ils voyaient passer des camions-remorque chargés de leurs immenses troncs renversés, raconte Maria Teresa Adell. Elle administre une communauté de 27 communes de Valence, Catalogne et Aragon (Est), « Taula de Senia » (la table du Senia, du nom d'une rivière de la région), mobilisée pour sauver ce patrimoine.




Les arbres étaient emportés pour être vendus comme objets de décoration. Depuis, une prise de conscience a eu lieu en Espagne et le commerce des oliviers a chuté, car les gens réalisent qu'il s'agit de trésors du patrimoine, relève Cesar-Javier Palacios, porte-parole de la fondation pour la défense de l'environnement Felix Rodriguez de la Fuente. Sur Internet, des pépinières étrangères offrent toutefois toujours des oliviers « millénaires ou majestueux ». C'est le cas de Todd's Botanics au Royaume-Uni, qui propose des arbres d'Espagne, dont un exemplaire de Valence pour 3 500 livres sterling (4 130 euros). « J'en achète un ou deux par an », confirme le propriétaire Mark Macdonald qui, au nom de l'éthique, ne se procure que des arbres déjà en mottes – c'est-à-dire déjà arrachés et en pot.

On trouve des acheteurs dans divers endroits d'Europe, indique le pépiniériste français Nicolas de Boigne : « des particuliers au très fort pouvoir d'achat ». C'est le cas du magnat du vin français Bernard Magrez. Il en a replanté dans les jardins de plusieurs de ses châteaux du Bordelais : une dizaine d'exemplaires ayant entre 1.015 et 1.860 ans, acquis en 2011 lors de la plus importante vente aux enchères d'oliviers millénaires jamais réalisée. Sur les 44 exemplaires de cette vente aux enchères, certains ont été adjugés à plus de 60.000 euros. Ceux qui ne sont pas chez Bernard Magrez ont rejoint une collection somptueuse au Moyen-Orient.

Cesar-Javier Palacios a lancé en décembre 2015 une pétition «contre la spoliation des vieux oliviers», qui a recueilli 154.000 signatures sur Change.org. « Nous demandons [...] des normes interdisant le trafic, un peu comme pour l'ivoire », explique-t-il. Si la législation européenne protège les forêts natives, il n'y a en revanche pas d'interdiction du commerce des oliviers, déplore-t-il. « Si les oliviers sont arrachés, on perd toute l'information qui y est associée », argumente l'agronome Concepcion Munoz, qui a dénombré 260 variétés en Espagne, dont il ne reste parfois qu'un seul exemplaire.

Pour protéger les arbres les plus anciens, les communes de « Taula de Senia » les ont numérotés : quelque 4.900 au total, ce qui en fait la région au monde avec la plus forte concentration d'oliviers millénaires, plus qu'en Italie ou en Grèce, selon Maria Teresa Adell. Depuis 2006, la région de Valence interdit aussi d'arracher les arbres de plus de 6 mètres de périmètre. Pour convaincre les agriculteurs, « Taula de Senia » a trouvé un argument économique : la production d'« huile d'oliviers millénaires », provenant uniquement des arbres répertoriés, dans le respect de règles de qualité lui assurant arôme et douceur. Le litre est vendu autour de 18 euros localement, 40 euros à Barcelone et jusqu'à 90 en Chine. Amador Peset négocie aujourd'hui avec des acheteurs chinois prêts à commander un millier de bouteilles de 100 ml... à des fins cosmétiques.



j'ai hâte de voir arriver mai !



PS : le film el olivo :  https://www.youtube.com/watch?v=HtyVkAHassQ


pour acheter de l'huile farga :
https://www.productesantcliment.com/

pour emprunter la Via Augusta

la biodiversité s'exerce dans tous les domaines de la vie :

elle mérite d'être protégée partout sur la planète

consommez de l'huile d'olive millénaire 

et entretenez votre estomac en paix

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