jeudi 23 février 2017

Papillons improbables (7) eugenia

...morpho eugenia

Le spécialiste des morphos est Patrick Blandin.

 Je le cite :

"Les papillons du genre Morpho sont emblématiques de l'Amazonie. Les belles espèces d'un bleu brillant sont connues du grand public, car elles sont souvent présentées dans des cadres décoratifs vendus comme souvenirs, par exemple en Guyane, et certaines sont représentées dans des documents de promotion touristiques. Le genre Morpho appartient à une sous-famille des Nymphalidae, les Morphinae, qui n'existe qu'en Amérique tropicale, du nord de l'Argentine au nord du Mexique. Cette sous-famille comprend aussi la tribu des Brassolini, un groupe très varié dont les représentants les plus connus, souvent mis dans des cadres décoratifs, sont les Caligo. Présentés à l'envers et tête en bas, ces gros papillons dont la face inférieure sont décorées de grands « yeux » évoquent une tête de rapace nocturne, ce pourquoi on leur donne souvent le nom de « papillon-chouette ». Volant à l'aube et au crépuscule, ils sont difficiles à voir. Mais dans la journée, ils sont posés sur des troncs ou des feuilles : lorsque l'on se déplace, on en dérange de temps à autre. Les Morphinae incluent aussi de curieux cousins des morphos, aussi discrets que les morphos sont visibles: les Antirrhea et les Caerois volent dans la pénombre des sous-bois, se posant sur la litière où ils se confondent totalement avec leurs ailes couleur de feuille morte".

"Beaucoup de morphos, à la fois parce qu'ils sont spectaculaires et rares, sont très recherchés par les collectionneurs, depuis le XIXe siècle. Déjà, certains spécimens existaient dans des cabinets d'histoire naturelle au XVIIIe siècle. En 1758, le grand naturaliste suédois Linné décrit trois espèces, auxquelles il donne des noms de grands personnages de la mythologie : achilles, menelaus et telemachus. Avant 1800, huit espèces étaient décrites, provenant du Surinam ou du sud-est du Brésil. De 1800 à 1824, cinq autres espèces furent décrites, une du Surinam, les autres à nouveau du sud-est brésilien".

"Pendant 25 ans, aucune nouvelle espèce de morpho ne fut découverte, sauf un premier morpho andin, Morpho godartii, de Bolivie, décrit en 1844. La période 1850-1874 fut beaucoup plus riche en découvertes : onze espèces au total, de Guyane, du bassin amazonien, du Pérou, de Colombie, du Mexique et encore du sud-est du Brésil. Le français Emile Deyrolle décrit en 1860 deux espèces de Colombie et le fameux Morpho eugenia de Guyane, qui resta longtemps mystérieux, jusqu'à ce que l'on découvre que les mâles ne volent qu'une vingtaine de minutes par jour, vers 6 h du matin" !

Voici le néotype, annoté de la main de Deyrolles, oui,  celui qui reprend en 1866 la célèbre Maison du 46, rue du Bac à Paris fondée par son grand-père Jean-Baptiste. Vous avez noté le nom : eugenia ? On pense de suite à Eugénie : est-ce à son épouse que ce nom est dédié ? à une femme ? ... à l'Impératrice ? Cette dernière a en 1860 trente-quatre ans, et a épousé Napoléon sept ans auparavant. Elle a la réputation d'une beauté éclatante, séductrice et provocante ; un épigramme court sur elle :

Violettes impériales 1952
Carmen Sevilla joue Eugénie, avec Luis Mariano


« Montijo, plus belle que sage,

De l'empereur comble les vœux :
Ce soir s'il trouve un pucelage,
C'est que la belle en avait deux !



dessous, toujours des yeux destinés à leurrer les prédateurs

Patrick Blandin poursuit : "A l'orée du XXe siècle, 27 taxons que je considère aujourd'hui comme des espèces étaient décrits, sans compter d'assez nombreuses formes aujourd'hui classées comme sous-espèces ou simples formes individuelles. En 1912-1913, une première synthèse sur l'ensemble du genre Morpho fut publiée par Henri Fruhstorfer dans le monumental ouvrage « Die Schmetterlinge der Erde », publié sous le direction d'Adalbert Seitz".


Voici quelques exemplaires d'eugenia, impossible de trouver des photos en vol, on ne le voit qu'étalé dans les collections :


Tous ces morphos ont la même particularité : le dimorphisme sexuel entre les mâles, aux écailles d'un bleu métallique, qui se battent entre eux ; et les femelles, dépourvues de cet éclat, ternes donc et de couleurs marron entrecoupé de plaques blanches, pour mieux rester invisible dans les forêts primaires éclairées de taches du soleil.




Nos scientifiques du Museum d'Histoire Naturelle de Paris identifient ainsi la faune de la forêt Guyanaise, et en rendent compte périodiquement dans le bulletin de la Société entomologique de France.


Là où cela commence à devenir amusant, c'est que Morpho Eugenia est aussi un roman, d'Antonia Byatt ; 

Elle est née à Sheffield en 1936 et a étudié à Newnham College, Cambridge. Elle est devenue membre de l' University College de Londres, en 1984, et a été élue membre de la Royal Society of Literature avant qu'elle ne quitte le milieu universitaire pour devenir écrivain à temps plein. Elle a remporté le Booker Prize pour son roman Possession: A Romance (1990), et a été nommée Dame de l'Empire britannique en 1999.

Nous sommes dans les années 50...

...attention ! 1850 !

Les explorateurs découvrent le Monde, notamment l'Amazonie !

Après une expédition de dix ans (1849-59) et un naufrage lors de son voyage de retour (où il voulait vendre ses spécimens d'insectes pour financer une autre expédition), le héros, William Adamson est invité à rester avec les Albâtres à Bredely Hall. Lui est révérend, un  pasteur !  Et vous voyez qu'à l'époque on s'enrichissait du commerce des insectes ! William tombe amoureux de la fille du révérend, aussi belle qu'Aphrodite. Coïncidence, elle se nomme Eugénie ! Il lui donne son plus beau spécimen, un Morpho Eugenia : un papillon dont le nom signifie littéralement «belle» et «galbe». Eugenios en grec : bien née, de race noble.

Je vous fais grâce de la suite, mais William découvre peu à peu que sa dulcinée n'est pas aussi pure qu'il l'avait cru, qu'elle a une relation incestueuse avec son demi-frère... bref, autant dans le monde des insectes les mâles paraissent les plus beaux, et les femelles condamnées à choisir le plus éclatant, puis à se consacrer à l'élevage de leur progéniture ; autant dans le monde des Humains, tout est bien opposé : ce sont des dames les plus belles, et elles usent de leurs charmes pour séduire, puis dominer les hommes...!

Je vous ai fait le coup avec Eve, et nous avons vu de la même façon que si Léda s'était faite avoir par Zeus, elle s'était bien vengée ensuite, en dominant ses prétendants jusqu'à les faire tourner en bourrique ! Eugénie est du même genre !

Ce n'est pas terminé !

après le roman, un film !






















Il n'y a pas d'anges dans "Angels & Insects," seuls les insectes, et une famille victorienne étrange : nos Albâtres tirés du livre qui précède, semblent reproduire le comportement des insectes. La mère est, une créature pâle et dodue, emmaillotée dans des vêtements de tissu blanc, qui s'effondre sur la chaise la plus proche, avec un comportement de reine des abeilles.


Arrive William Adamson (Mark Rylance). qul présente à Sir Harald Albâtre (Jeremy Kemp ), obsédé par les insectes le fameux Morpho eugenia. symbole du processus darwinien de sélection naturelle, qui l'a fait bleu flamboyant...et si rare, caché du commun des mortels.


Au milieu des personnages, il y a forcément une jeune femme pauvre : Matty Crompton (c'est Kristin Scott Thomas), Elle est attirée par Adamson, mais il la remarque à peine, forcément, il est obsédé par Eugénie, qui le fera tourner en bourrique...!

Le monde Anglais du milieu du 19ème siècle est heureux pour les riches, cruel pour les gens ordinaires : les serviteurs se tournent vers le mur quand un maître ou la maîtresse passe ; l'arrogance d'Edgar, qui insulte les inférieurs ;  la colère refoulée du vieux Sir Harald, littéralement fou de sa collection d'insectes, tellement qu'il aimerait épingler dedans tous les êtres à sa portée.

Il m'arrive de tomber dans l'antropomorphisme 

quand j'idéalise mes amis papillons !


alors là, je jubile ...

...avec Morpho eugenia

c'est le mec le plus beau

mais chez les humains, 

Eugénie est une séductrice impitoyable !




chez Deyrolle
(à suivre)

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