mercredi 8 février 2017

Léda se fait pécho (2)

Je vous raconte mes petites histoires de Dieux, et vous trouvez que je suis bien décalé du monde terrestre des humains ordinaires. Pourtant, reconnaissez que notre République-monarchique emprunte de nombreux comportements réservés à l'Olympe, et que Pénélope a vraiment fait l'objet d'un traitement de déesse. Mais, comme elle est l'épouse d'un Prince, on ne peut que s'incliner, et avaler (non sans une vraie gêne) la couleuvre de ses célestes privilèges.

Je vous en ai montré, des vertes et des pas mûres, concernant les Dieux, et vous avez maintenant la démonstration que mes anecdotes sont bien contemporaines, et se passent réellement sur Terre :

Paul Prosper Tillier (1834-1915)

Je rends à César ce qui lui revient : il s'agit d'Artifex in opere qui parle donc latin : l’oiseau devient le support lubrique d’une imagerie licencieuse…je m'intéresse au cygne, mais vous allez voir que Jacques Bousquet (à qui je rends hommage) a traité le sujet de manière exhaustive, puisqu'il a trouvé, lui, un tableau de mon copain (si je puis dire) Léon Gerome, que je vous montre après.

l'éducation d'Orphée
Georges Callot au musée de Châlons en Champagne 1884
Une naïade jouant de la lyre attire un cygne jouant des ailes et du cou.

Le petit Orphée, encore trop jeune pour... s'essaie à imiter Zeus les bras ouverts, le cou dressé et l’oreille tendue. Une tige d'ombellifère figure ce qui lui manque encore...pour être vraiment grand !


Lord Lighton nous propose son odalisque

voyez Zeus, réagissant à l'excitation que lui procure cette Léda
ébourriffe ses plumes tel un paon
miracle, emblêmes de la beauté fugace de cette vierge attendant son sultan pour ne l'être plus
deux papillons : un Camberwelle beauty, et un argus bleu !



Nicolas Kalmakoff 1917

Léda vivait sur Terre, Jupiter dans le Ciel : en prenant forme d'un cygne, il la rencontre dans l’Eau, élément intermédiaire, dangereux pour elle, propice pour lui.

Rousse et couverte de bijoux comme une princesse sarmate, elle le repousse mollement sans perdre de l’oeil son bec avantageux.

"Tandis qu'en haut le bras et le cou s'opposent dans un affrontement simulé, en bas les rotondités de la cuisse et du jabot s'accolent dans un rapprochement consenti". (le commentaire n'est pas de moi, jamais je n'aurais pu trouver des termes aussi sensuels !)


"L’animal de l’Air et de l’Eau s’est aventuré sur la Terre, dans un lit vert comme la fertilité et rouge comme la passion. Attiré par le bec turgescent et les feuilles de lierre vulvaires,  l’oeil ne prête pas  attention à la patte griffue : le coït symbolique éclipse le coït physique". (sic)

vous aurez appris comme moi que le lierre a des feuilles...vulvaires !

Pour ses deux Léda, pour ces deux moments de l’Amour que sont la séduction et la satisfaction, Kalmakoff  recourt au même procédé de composition  : le haut du tableau montre le simulacre, le bas la réalité.

Le bras tendu vers son compagnon noir, la femme brune accueille simultanément le Sexe et la Nuit.


je termine par Jean-Léon Gérome :

Zeus n'est plus cygne blanc ou noir

mais un libidineux marabout !


Cagneux et chauve, inconscient de sa laideur, le marabout  déambule dans le bassin, déplaçant des poissons rouges qui ne le craignent pas,  sous le regard moqueur des odalisques.

Il y a bien sûr de l’humour dans cette exhibition,  par un vieil oiseau libidineux, d’un organe nasal démesuré au milieu de femmes sarcastiques : les amateurs fortunés de la peinture de Gérôme étaient capables d’apprécier les nus voluptueux tout autant que leur propre caricature.

je vous rajoute un épisode ?

le sujet est inépuisable !

Yes !

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