jeudi 19 novembre 2015

L’hermine

en hommage à mon frère scorpion Jacques

Quand j’entends Luchini, j’entends mon frère Jacques, mon frère corse disparu trop tôt. Fabrice qui porte le même nom me rappelle ces doux souvenirs, avant le drame final. Aucun autre rapport avec l’Hermine que nous venons de voir.

Miracle du cinéma, une heure trente-huit à s’évader dans une Cour d’Assise, avec une histoire d'amour qui ne dit pas son nom, et un Fabrice Luchini justement récompensé à la Mostra de Venise.

Souvent, un détail change tout. Dans L'Hermine, il a pour nom Birgit Lorensen-Coteret. Nous la suivions sur Arte quand elle était la Première Ministre du Danemark : Borgen, les coulisses de la politique à travers une femme Premier Ministre, une journaliste et un conseiller en communication, un spin-doctor.

Marrant ce rôle d'éminence grise ! Une femme centriste, obligée à construire des alliances avec les partis politiques  voisins, pas toujours "catholiques" !

Avec Luchini, on pouvait s’attendre à du second degré : il se fait appeler Michel Racine, Président de cour d'assises. Dans son rôle consistant à pourchasser la Vérité, et à rester objectif conformément à la Loi, il est solitaire. Au-dessus des autres, c'est le Président. Pourtant il peut contracter la grippe…avoir des lettres ; réciter des poèmes…et aimer un visage de femme lumineux, la révélation (pour le malade qu'il a été autrefois) non seulement de la beauté, mais de la Vie : avec un naturel parfait, lui qu'on croit timide, exprime ses sentiments à Birgit ! Dans le film Ditte ! Comment va-t-elle réagir ?

Ces femmes du Nord !


Dès lors, le scénario de L'Hermine s'articule autour de deux débats contradictoires: l'un, dirigé par le Magistrat, lié au procès d'un homme accusé d'avoir tué sa fillette, et l'autre, qui agite le même magistrat, peu habitué au trouble provoqué par les affaires de coeur....encore qu'il s'en sort pas mal !  

Il peut suffire d'un échange de regards, à la fin, pour que tout bascule et s'éclaire. Le fameux détail qui change la donne. Et qui donnerait presque envie de revoir le film….si en cet automne où sortent des tas de films prometteurs, on ne nous en annonçait pas un par semaine à voir absolument (je pense au dernier Lelouch le 9 décembre)

Borgen : Premier Ministre

A un joli moment, Lucchini récite à Birgit "les passantes" d'Antoine Pol (1888-1971)
artiste méconnu, il a fait la guerre de 14, il aimait les papillons ...lui aussi !

ses vers sont devenus célèbres grâce à Brassens, 


j'ai retrouvé son poème pour vous :

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré la main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne

Des épisodes du chemin 

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