jeudi 23 octobre 2014

Fibre Excellence


C’est merveilleux le bois : la chlorophylle des forêts fixe le carbone de l’air pour en faire du bois … essentiellement composé de carbone ! Le bois (des forêts) sert soit de bois d’œuvre (les essences nobles, le chêne, le hêtre). On peut en faire des meubles ; des charpentes ; des maisons (à ossature bois). Ou alors on le triture, pour en faire du kraft, de la pâte à papier. C’est ce que l’on fait dans deux usines en France : Tarascon (sur Rhône, la ville des contes de Daudet) et Saint-Gaudens. In fine le carbone va être brûlé : comme du charbon, mais le charbon est fossile, tandis que le bois est renouvelable, donc durable.
On me demandait l’autre jour : « Saint-Gaudens, c’est quoi comme caractéristique ? ». Et mon interlocuteur ajoutait : « …le Jazz ? »

Pas d’accord : le jazz, c’est Marciac (dans le Gers). Notre festival à nous, est très sympa, mais ce n’est pas le phénomène (mondial) qu’est devenu Marciac.

Saint-Gaudens, centre géographique des Pyrénées, sa vraie spécificité, c’est Fibre Excellence, au centre de la forêt pyrénéenne !


Comme cette idée me trotte dans la tête depuis longtemps, et que rechercher l’excellence est un exercice motivant, je demande rendez-vous à la Direction. Barrières franchies (nous sommes dans une usine Seveso II, hyper-certifiée ISO 9001 et plus), j’entre avec curiosité dans ce lieu industriel si représentatif des enjeux énergétiques d’aujourd’hui


Comme me le dit François Lewin, le Directeur Général chargé de l’approvisionnement des deux usines françaises : -« nous sommes en Midi-Pyrénées assis sur un (gigantesque) tas de bois (celui de la forêt pyrénéenne, dont Fibre Excellence est le centre) ». Le vrai défi est celui-ci : « comment le mobiliser, dans l’intérêt conjugué des propriétaires et des consommateurs » ? Il évoque les consommateurs au sens industriel : les scieurs (qui vont valoriser le bois d’œuvre). Les triturateurs comme lui. Les collectivités pour en faire de l’énergie. Les particuliers pour leur chauffage.

Nous sommes en plein paradoxe : il reste à exploiter ce qui est le plus difficile, les petites parcelles privées, mal desservies, car le bois il faut d’abord aller le chercher quelle que soit la pente et l’altitude, et il faut le transporter quelles que soient les difficultés d’accès, en montagne, en forêt où il faut  créer des pistes, sur la route où l’usine ici reçoit 200 camions gros porteurs par jour, sans compter les trains complets : 200 par an !

En plus, l’offre a été réduite par deux tempêtes en 1999 et 2009, sans compter la tempête Xinthia en 2010. Enfin, le "gâteau se rétrécit", depuis que les consommateurs ont augmenté autour de la table : car les chaudières à bois se multiplient : Airbus chauffe au bois. Castres aussi. Turboméca. L’Ariège vient de lancer un projet qui consomme 70.000 t par an. Au total, c’est déjà 10% de l’approvisionnement qui est maintenant dirigé vers le bois-énergie !

Le facteur limitant ? ce n’est pas la production, c’est la mobilisation : Fibre Excellence fait appel à 500 acteurs pour s’approvisionner ! 2,5 millions de tonnes par an ! La moitié de la production naturelle de la forêt pyrénéenne est ainsi mobilisée. La moitié, c’est beaucoup. Mais c’est peu, si l’on songe qu’on pourrait doubler l’exploitation !

Si les marchés s’écroulent comme ils sont en train de le faire avec l’effondrement du sciage. Si on ne peut plus rémunérer les bois nobles, les autres vont perdre leur valeur, et on va observer une rétention à la propriété refusant (légitimement) de brader ses bois : le massif risque de mourir faute d’aménagement !

On est assis sur un tas de bois

encore faut-il aller le chercher !

un camion repart à vide...se faire remplir de rondins !

On parle beaucoup de reconversion énergétique. On parle en  ce moment beaucoup de Total, et de l’exploration (interdite) du gaz de schiste. On parle toujours d’énergies renouvelables, résignés à ne pouvoir faire une confiance totale aux éoliennes en cas de panne de vent. On a dans nos montagnes épuisé l’énergie hydraulique, et on ne couvre plus nos toits de panneaux solaires depuis qu’on les a découverts … chinois.

On dispose d’une forêt remarquable, observant paradoxalement qu’elle s’étend, notamment quand les travaux de Restauration des terrains en montagne nous montrent les massifs dénudés largement repeuplés cent années plus tard.

Je sens, je crois, que l’on peut (que l’on doit) relancer une vraie mobilisation forestière.

dans un an, le salon (trisannuel) au parc des Expositions  du Comminges va se nommer : « les pyrénéennes »

Alors, notre spécificité, à Saint-Gaudens …?

…la forêt…

… on y va ?

le bois écorcé est transformé en copeaux entreposés sur 2 aires séparant feuillus et résineux
ils sont cuits dans un "lessiveur" qui libère les fibres de cellulose par dissolution de la lignine
les fibres égouttées et pressées constituent des feuilles de 4m de large, qui seront découpées en feuilles papier de 80cm
la lignine brûlée sert à fabriquer 200t/H de vapeur turbinée dans les générateurs électriques desservant l'usine.
La station d'épuration biologique représentée par les bassins circulaires traite les eaux de la Ville en sus...!




l'usine travaille 355 jours par an, des jours de 24 heures...

l'écologie en action...c'est beau, la nuit !
une usine à la campagne, un livre signalé par la Dépêche

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire