mercredi 21 mai 2014

Marsoulas



La grotte oubliée

L’avantage de rencontrer beaucoup de monde est d’avoir de temps à autre de bonnes surprises : voilà que je fais la connaissance de l’ancien Maire de Marsoulas, lors d’une réunion de préparation de l’installation d’une plaque à la mémoire des résistants du Comminges. Marsoulas a été un petit Oradour sur Glane, quand le 10 juin 1944, 28 civils ( 11 enfants dont un bébé de trois mois ; 6 femmes et 11 hommes) furent massacrés par des SS de la division das Reich basée à Venerque, et revenant d’attaquer le maquis de Betchat voisin. Ainsi, en une journée, la population de Marsoulas, qui dépasse à peine aujourd'hui les cent habitants,  fut réduite d'un tiers. La commune a reçu la médaille de la Résistance, et je suis invité au 70è anniversaire samedi 14 juin prochain.


De fil en aiguille, (nous sommes en réunion mais comme on traîne un peu on bavarde), le Maire évoque l’autre célébrité de sa commune : la grotte oubliée ! Presque aussi belle que Lascaux, et qu’Altamira, dont nous visitions la réplique la semaine passée ! Sa célébrité : un bison magdalénien, peint de pointillés rouges ! Il n’en existe aucun autre en Europe !



La grotte est formée d’une simple galerie rectiligne de 90 m, mais la partie ornée ne dépasse pas 50 m. Elle se présente comme un couloir dont la section est un triangle rectangle (3 m de large x 4 m de haut environ) ; son côté gauche est toujours vertical tandis que le côté droit, fortement incliné, forme la voûte.

À 29 m de la porte, une étroiture marque le passage vers une zone de circulation où il faut s'accroupir puis ramper. À partir de 40 m de l'entrée, le sol s'incline en pente abrupte jusqu'au lit actuel du ruisseau. La première partie de la grotte jusqu'à l'étroiture était occupée par un important remplissage contenant des couches archéologiques, dont certaines recouvraient des dessins à la base des parois. Les premières gravures conservées se trouvent à 3 m de la porte actuelle.



Première grotte à peintures préhistoriques signalée dans les Pyrénées en 1897, Marsoulas a joué un rôle important dans le débat animé qui, au tournant du siècle, opposait partisans et adversaires de l'existence d'un art “antédiluvien”. Malgré sa persévérance, l'inventeur Félix Regnault ne parvient pas à convaincre ses contemporains que les peintures « à la sanguine » comme on disait alors, datent bien du Paléolithique. Elles ne furent authentifiées qu'à l'occasion d'une visite d’Émile Cartailhac et Henri Breuil le 4 août 1902, au retour du congrès de l'Association Française pour l'Avancement des Sciences à Montauban, qui marqua la reconnaissance officielle de l'art pariétal paléolithique par la communauté scientifique mondiale. Marsoulas fut classée Monument historique en janvier 1910. Cette brève notoriété fut, pour la grotte, le début d'une longue histoire de recherches et de fouilles. Pourtant, une bonne part de l'art pariétal restait inédite, en raison de l'état de conservation variable des peintures, de la finesse et de la densité des gravures et, enfin, des graffitis qui défigurent certains panneaux, certains visiteurs n’ayant pas hésité à écrire leur nom pour la postérité, ne se rendant pas compte qu’ils surchargeaient les dessins d’origine.

cette conque marine est une énigme : d'où pouvait-elle bien provenir ?

En 1998, après une évaluation très positive du potentiel scientifique, une équipe dirigée par Carole Fritz avec la collaboration de Gilles Tosello a repris l'étude du site. En s'appuyant sur les travaux antérieurs, notamment ceux de Cartailhac, Breuil et Plénier, l'objectif s'est orienté non seulement vers une révision complète de l'art pariétal mais aussi vers une recherche de l'évolution globale de la grotte au cours du temps. La cavité, dont le sol a conservé d'abondants vestiges de la vie quotidienne des artistes préhistoriques, a connu une intense fréquentation humaine sur une période relativement courte que le contexte archéologique permet de dater autour de 15.000 ans, au début du Magdalénien, le réseau culturel le plus largement diffusé en Europe à l'époque.

L'art de Marsoulas est en général de lecture difficile. Pour le visualiser, les photographies s'avèrent insuffisantes. Il faut alors procéder au relevé graphique de la paroi ornée. Les opérations de relevé sont systématiques et rigoureuses, tout contact avec les parois étant interdit. Aussi, les techniques de scan 3D sont-elles appliquées, avec une précision variable (2 mm pour les zones ornées et 1 cm pour les autres). Une partie de la galerie a été photographiée pour permettre le « matching » (collage) des clichés sur le modèle numérique. L'accent a été mis sur le Grand Panneau Peint pour archiver le secteur le plus riche et être en mesure, si nécessaire, de le reproduire.

Les images 3D autorisent aussi une restitution virtuelle des parois. Avec l'accord de la DRAC Midi-Pyrénées, une partie de ces images 3D a été utilisée dans un film documentaire sur la grotte (“Marsoulas, la grotte oubliée”). On a pu ainsi proposer, pour la première moitié de la galerie, une vision “restaurée” des peintures et gravures après élimination des graffitis et destructions naturelles. Voici le lien :




En 2009, une autre application 3D a permis de sculpter par fraisage numérique la reproduction d'une section de paroi de Marsoulas et la réalisation d'un fac similé du Grand Panneau Peint (7 m x 3 m), exposé au public dans le cadre de l'exposition "Art des Origines, Origines de l'Art" (2009-2011) au Parc de la Préhistoire de Tarascon-sur-Ariège.

Dans les dessins, le bison domine (60 %), suivi par le cheval (20%) puis les humains (12,5%) stylisés ou schématisés. On trouve ensuite le bouquetin (4%) et des animaux plus rares comme le renne (1,5%), la biche (1%), l'isard (1,5 %), le lion (1%), le renard (0,5%) et la chouette (1%). Parmi d'autres analogies, les chouettes de Marsoulas rappellent les spécimens des grottes voisines des Trois Frères, du Portel ou des Églises. L'insertion de Marsoulas dans l'ensemble magdalénien ariégeois se confirme. Cependant, les assemblages de grands signes rouges ou des détails stylistiques sur les bisons et chevaux évoquent des œuvres de l'Espagne cantabrique, au Castillo ou à Altamira par exemple, mais aussi le Périgord.

alors,

on visite quand ?

voici l'autoportrait de 'l'homme de Marsoulas"

PS : en cliquant sur la table des matières vous trouverez quelques autres articles sur la préhistoire, dont Gargas naturellement, mais pas que...!







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire