mercredi 3 janvier 2018

Au revoir là-haut

Un Goncourt à l'écran

Nous revenons choqués de la projection de ce film, oui choqué est bien le terme qui convient, les premières images des tranchées étant choquantes pour celui qui n’est pas prévenu : comme on aurait tort de se plaindre aujourd’hui, quand on vit même au cinéma les souffrances de nos grands-parents pendant la guerre de 14 !

Le plus simple est d’entendre Albert Dupontel expliquer la genèse de son projet  : -"En plus de mon énorme plaisir de lecteur, je trouvais le livre de Pierre Lemaitre, récompensé par le Goncourt 2013, extrêmement inspirant. J’y ai vu un pamphlet élégamment déguisé contre l’époque actuelle. Tous les personnages me paraissaient d’une modernité confondante. 

Une petite minorité, cupide et avide, domine le monde, les multinationales actuelles sont remplies de Pradelle et de Marcel Péricourt, sans foi ni loi, qui font souffrir les innombrables Maillard qui eux aussi persévèrent à survivre à travers les siècles. Le récit contenait également une histoire universelle, dans le rapport d’un père plein de remords, à un fils délaissé et incompris. Et enfin, l’intrigue de l’arnaque aux monuments aux morts créait un fil rouge donnant rythme et suspens au récit ».

c'est également une BD




« Tous ces éléments ont fait qu’une adaptation me paraissait faisable et judicieuse. De surcroit le livre de Pierre Lemaitre est un véritable mode d’emploi pour un scénario tant son écriture est visuelle et ses personnages parfaitement définis psychologiquement, le tout dans une narration aux rebondissements continus."

Je me souviens à Rouen cette sculpture de Jane Poupelet, et son rôle dans la confection de masques pour les gueules cassées : http://babone5go2.blogspot.fr/2014/02/jane-poupelet.html




Je poursuis les propos de Dupontel : -« Edouard le héros du film (allez le voir !) a eu la machoire cassée et s’en trouve défiguré. Il crée des masques pour cacher aux regards des autres ses traits défigurés. En réalité, c’est une décoratrice, Cécile Kretschmar, qui est l’auteur des 38 masques. Difficile à les trouver sauf dans ses albums sur Flickr ! Mais j'y suis parvenu !

Elle est ainsi presque co-auteur du personnage d’Edouard : -« l’idée était de suivre la psychologie d’Edouard tout au long du récit et d’en trouver l’expression : tristesse, ironie, délire, abstraction… 

En se référant aux années évoquées dans l’histoire, on n’avait que l’embarras du choix tant la création artistique du début du XXème siècle était en pleine mutation. Du cubisme au surréalisme, la prolixité de ces artistes proposait un véritable coffre à jouets dans lequel Cécile est allée piocher. Du premier masque (bleu type vénitien) qui permet à Edouard de reprendre une forme humaine au masque ironique, professeur des Beaux-Arts (qui louche langue pendante) qui évoque son dédain du dessin académique, à celui de Fantômas, véritable icône des feuilletons de l’époque, on a décliné tous les états intérieurs en leur donnant un visage humain ». 

J’ai personnellement une faiblesse pour ce visage de femme qui ressemble trait pour trait à un Modigliani.



Un  moment désopilant, dans les salons du Lutetia en pleine débauche des années folles, est la réunion des « grosses têtes », au titre desquelles nos héros officiels, les généraux de 14-18 dont Foch, tous ces responsables des plus grands massacres qu'ait connu l’humanité sur les champs de bataille.



Il y a ce mot de Albert Maillard quand il dépouille les vétérans de la morphine indispensable à son ami : -« je fais ce que j’ai appris à la guerre : me battre et dépouiller des gens qui ne m’ont rien fait » !

Le 11 novembre 2018 sûr que je vais y penser

à ce film

et aux gueules cassées !



il va nous falloir trouver un Clairon qui sonne l'armistice
"c'est aussi bête d'être l'un des premiers à se faire tuer au début de la guerre
que l'un des derniers le jour même de l'armistice" !
Pierre Lemaitre a emprunté le titre de son roman à la dernière lettre adressée à sa femme par le soldat Jean Blanchard injustement fusillé en 1914 et dans laquelle il écrit « Au revoir là-haut ma chère épouse »

Sincères voeux aux Associations patriotiques
et à tous ceux qui perpétuent la Mémoire

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