jeudi 19 septembre 2013

Pygmalioniste ?

Franz Stuck

J’ai failli auto-diagnostiquer l’un de mes nombreux troubles obsessionnels compulsifs (on dit TOC) : serais-je… agalmatophile ? Il s’agit du pygmalionisme ou « agalmatophilie », (du grec agalma 'statue', et -philia φιλία = amour), autrement dit, de l’attirance … pour les statues ! ! J’ai bien dit attirance… intellectuelle ! Il n’y a rien de sexuel là-dedans ! Je plaisantais : en réalité, je ne suis donc pas un vrai agalmatophile, qui désigne une maladie, incluse dans les paraphilies, qui peuvent aller jusqu’à constituer des crimes !

Dans la mythologie grecque, la légende de Pygmalion et Galatée (en grec ancien Πυγμαλίων κα Γαλατεία / Pugmalíôn kaì Galateía) est associée à l'île de Chypre. Elle est principalement racontée par Ovide dans ses Métamorphoses.

Pygmalion est un sculpteur de Chypre. A l’époque vous voyez, il n’y avait pas autant de banquiers, accueillant les capitaux des armateurs grecs et des oligarques russes ! Encore moins ces usines à prostituées dans la partie Nord (occupée par les Turcs) ! Bon ! Révolté contre le mariage à cause de la conduite répréhensible des Propétides (ce sont à l’époque justement les femmes de Chypre que j’évoquais précédemment, et dont la tradition s’est étonnamment perpétuée, sous le nom plus connu aujourd’hui de péripatéticiennes) dont il était chaque jour témoin, il se voue au célibat. Mais il tombe amoureux d'une statue d'ivoire, qu’il vient de sculpter : il la nomme « Galatée », l'habille et la pare richement. Vous observerez que le « mariage pour tous » néglige cette possibilité d’aimer les statues, et donc que la Loi reste toujours perfectible. Redevenons sérieux : l’idée à retenir, est fondamentale : l’art peut être à ce point parfait qu’il est supérieur à la nature. Donc à la création divine.
 
Regnault : château de Maisons-Laffitte
                             La statue, idéal de perfection, devient capable de susciter l’amour.


Lors des fêtes dédiées (sur l'île de Chypre) à Aphrodite, il prie la déesse de lui donner une épouse semblable à sa statue. Son vœu est exaucé ! Attendez ! Il y a une signification dans cette naissance de Galatée : les baisers de Pygmalion, l’amour de Pygmalion, lui ont donné la vie : l’amour est une seconde naissance ! L’homme pieux et amoureux a été récompensé ! Pygmalion épouse Galatée en présence d'Aphrodite et, selon certaines versions, aura d'elle (sans recours à la PMA) deux enfants : Paphos et Matharmé.
 


















Les Propétides avaient nié la divinité d'Aphrodite : la déesse les punit en allumant dans leur cœur le feu de l'impudicité. Elles finissent par perdre toute honte, et sont insensiblement changées en pierres.

Je viens de vous montrer les peintures de Jean-Léon Gerome :
 http://babone5go2.blogspot.fr/2013/09/jl-gerome.html.  Il n’a pas été le seul à s’inspirer de cette extraordinaire histoire, qui transcende le rôle de l’artiste ! « L’art est à ce point parfait qu’il donne l’impression d’imiter » alors qu’il embellit  :

l’artiste bénéficiant du soutien bienveillant de la grâce des dieux

pare la nature pour la rendre plus belle

Je vous joins ça et là quelques peintures de Edward Burne-Jones ; Lawrence Alma-Tade ; Normand ; Louis Gauffier ; Johannes Leak.




Voici notamment le tableau de Jean-Baptiste Regnault, né le 9 octobre 1754 à Paris, où il est mort le 12 novembre 1829. C'est l'auteur du Pygmalion qui précède. Il peint pour le Salon de 1795 « La Liberté ou la Mort » : au centre, le Génie de la France survole le globe terrestre exprimant l'universalité des idées de 1793 ; à sa gauche, la Mort ; à sa droite, la République avec les symboles de la liberté, égalité et fraternité. Je réfléchis avec mon cerveau (gauche forcément) à l’illustration de la future Morale laïque de Vincent Peillon, et j’imagine très bien ce tableau pour illustrer la première page ! (Regnault a aussi peint une descente de Croix, mais là, ça ne colle pas du tout avec la morale laïque !)
 


Vous voyez que je m’exerce à faire la différence.

Si je poursuis quelque peu sur ce qu’on nomme : « l’effet Pygmalion »,  la question à se poser dans la vraie vie est : "est-ce que si je projette un a priori sur une personne cela va se réaliser?"

Des chercheurs ont mené des études, sur des rats d'abord (Rosenthal). Puis sur des enfants innocents (Merton)  On était au milieu du 20ème siècle, il faut les excuser.
 


Comment ont-ils procédé?

« C'est simple: tu prends deux classes identiques (en gros). Avec des enfants bons et des moins bons, des excellents.... Une classe quoi. Tu fais passer des tests genre QI aux deux classes. Pour les besoins de la science, tu dis que "vraiment, y'a une grosse différence, c'est dingue, une classe est pratiquement constituée que de surdoués, alors que l'autre, mazette ... catastrophe nuls ».). Tu vas cafter aux instits. En vrai les résultats sont identiques entre les 2 classes (c'est pervers la science des fois). Tu reviens à la fin de l'année scolaire, tu refais passer le test de QI et là surprise: grosse différence entre les "soi-disant bons" et les "soi-disant nuls". (1)

C’est DEVENU VRAI.

« On refait des tests similaires en le disant aux protagonistes (entendez que l'on dit aux enfants qu'ils sont super bons ou pas). Ca marche aussi.

« Depuis, on a refait tout plein de fois les tests, avec tout plein de groupes victimes de discrimination (femmes, handicapés etc...). Il y a des exemples "géniaux" où on fait passer un test à des femmes sans rien leur dire. Ensuite on leur fait passer un petit questionnaire où on leur montre bien qu'elles sont des femmes (questions portant sur leur féminité, n'allez rien imaginer). On leur refait passer le test. Les résultats sont très différents... sur quoi porte cette différence? Sur les préjugés qui s'accrochent aux basques des filles: mauvais sens de l'orientation, sensibilité... »


Bref, en conclusion, un préjugé qu'il vienne de soi ou des autres impacte nos actions.
 

« Les préjugés impactent tellement sur nos actions qu'il arrive qu'ils nous dirigent...C'est terrible à dire. Mais c'est comme ça. Cela se nomme les "prophéties auto-réalisatrices". Vous pouvez regarder et faire le test autour de vous... (il faut être super honnête avec soi-même, mais c'est très instructif).

« Prenez un bon préjugé bien de base: les blondes sont bêtes, les gros ne sont pas énergiques, les italiens sont des serial lovers.... Choisissez en un. Un dont vous êtes proche. Focalisez vous sur une personne ayant cette caractéristique... et observez comment vous vous auto-renforcez dans votre conviction.... Comme il est dur d'aller à son encontre... Cette blonde dans le métro qui fait une remarque sans intérêt .... "ha c'est bien une blonde qui dit ça"... Une brune aurait dit la même chose... vous ne l'auriez sans doute pas relevé. Ce qui est génial, c'est qu'en plus cela renforce votre sentiment, genre "j'ai trop raison de dire que les X sont Z.... la preuve..."

Comment utiliser cet effet à bon escient?

« Si on est "conditionné" par l'étiquette que l'on porte.... peut-être faut-il s'interroger sur celles que nous portons effectivement... et ainsi pouvoir changer le regard des autres... en changeant d'étiquette...Mettre en place une prophétie auto-réalisatrice POSITIVE.... Vous voyez?

« Car dans cette histoire tout n'est que question de regard partagé.... D'image que vous donnez à votre insu... »

Comme quoi une meilleure connaissance de soi améliore ses relations aux autres...

Vous voyez ?

... Pygmalion est partout.


(1)Tiré de « tribulation et vie nouvelle » : merci de m’avoir rappelé la prophétie auto-réalisatrice !

Mais j’avais déjà vécu cela dans l’Enseignement Agricole, avec « l’effet Pygmalion ». Le jeu consiste à projeter une image positive sur les élèves pour les faire devenir meilleurs. J’ai déjà développé l’idée dans d’autres notes, avec l’augmentation de l’indice de satisfaction, par le tuteur. Le jeu consiste à apprécier (avec vivacité) les bons résultats, plutôt que sanctionner les fautes. L’interlocuteur développe ainsi ses atouts, ses handicaps se trouvant de facto progressivement résorbés sans que l’éducateur ait eu besoin de les mettre systématiquement en avant.


Louis Gauffier est le seul à nous montrer Aphrodite donnant la vie à Galatée
avec un papillon de surcroit : oui, elle acquiert une âme !
l'amour est bien présent, avec son arc : c'est lui qui a tout changé :
Gauffier a tout compris !


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