lundi 22 octobre 2012

Tractomania 2012

Vingt-deuxième année ! vingt-deux ans que des mordus du Tarn et Garonne, plus exactement de Caussade, la vieille cité du chapeau (on en vend toujours, fabriqués sur place) a conçu l’idée (saugrenue) de créer une foire aux tracteurs (agricoles) : on peut y acheter des tracteurs (d’occasion) et leurs pièces détachées. On peut y voir de vieux moteurs remis en état, fonctionner avec leurs bielles, leurs engrenages coniques, et le top, leurs régulateurs à boules. Des moteurs à vapeur ; des moteurs à gas-oil brut, noir, non raffiné. Et puis des tas de vieilles tôles, de vieux outils, rouillés à souhait mais souvent très récupérables, pour qui possède de la place, des outils, et surtout un savoir-faire de mécanicien-soudeur.

















Vous le voyez, on hésite entre une belle femme et un moteur rutilant. Et puis se séparer de son Ferguson presque neuf, quelle tristesse ! Les plus sophistiqués des exposants ont acquis des semi-remorques. Dessus ils ont installé leurs engins énormes, et toute l’artillerie de compresseurs, outillages et bidons, nécessaires au démarrage. Et ils les font tourner effectivement, pour rien, pour la gloire de les avoir remis en état. Pour la cinématique étonnante des embiellages. Le bruit des échappements. Et l’odeur enivrante (pour un mec) de la fumée ; de l’huile chaude ; des vapeurs d’essence et de gas-oil.




Je rencontre Jean-François Lacanal : c’est lui qui a remis en état l’immense moteur qui actionnait l’alternateur de l’hippodrome d’Auteuil, en cas de panne électrique. Il l’a déjà présenté à Rétromobile, et revient à Caussade chaque année. Il m’explique que s’il vit à Lyon, ses machines sont garées à Carbonne, tout près d’ici ! Je lui annonce que je sais où plusieurs moteurs Duvant l’attendent sagement…en... (lieu secret), et ses yeux brillent malgré la pluie matinale : figurez-vous qu’il a épuisé les sites où il en restait encore ! Je n’ai plus qu’à retrouver mes diapositives (à peine vieilles de 30 ans), et à les numériser : on va s’amuser cet hiver quand il n’y aura rien d’autre à faire qu'aller leur rendre visite pour les ressuciter !










Un peu partout, les vieux métiers ressurgissent : battage du blé bien sûr. Mais pas avec n’importe quelle batteuse : actionnée par un cheval, qui en marchant sur un tapis incliné fait tourner le mécanisme. Faut dire que son patron se nomme MASCAGNE, d’où le verbe mascagner. Une locomobile actionne une fabrique qui copie un modèle de sabots en bois. Il y a une forge mécanique avec un gros marteau qui frappe indéfiniment la barre de fer rouge. Et puis la chauffe du feutre destinée à la mise en forme des chapeaux, et un tressage de cordes de marine avec quatre torons à l’ancienne. Dans ce cas il faut trois personnes : un mec assis sur un banc (fixe) tourne une manivelle pour tordre les torons. En face, une dame. On lui demande principalement de tenir la pièce de bois, qui fait la jonction entre la corde finie et les torons en train de se tordre…et je n’ose le dire…d’être suffisamment lourde, pour que le chariot (roulant) sur lequel elle est assise, se déplace le plus lentement possible vers le monsieur en face, car la corde rétrécit en se tordant. Mais ils (le monsieur et la grosse dame) ne se touchent jamais à l’arrivée, à cause de la longueur de la corde tordue, vous voyez le supplice ? Pire, une tierce personne surveille le toronnage, et tire alternativement sur les torons en train de se tordre pour éviter des faux plis. En fait, elle surveille le tortionnaire à manivelle et la grosse sur son chariot en face, au cas où ils auraient l’idée d’arrêter leur manège pour se rejoindre enfin. Dans un genre différent, vous pouvez distiller vos macérations, si par bonheur vous possédez un seul (ou mieux des) pruniers, que vous en avez ramassé les fruits, jetés dans une cuve, et laissés macérer. Il peut en sortir des liqueurs sublimes, qui cette fois-ci ne sont pas destinées aux machines, mais bien à l’heureuse digestion de leurs propriétaires. N’oublions pas que nous sommes proches du Lot, et que bien manger (et boire) ici signifie quelque chose.


Au petit marché il y a du chasselas de Moissac tout proche, le meilleur, du branchu. Pour les ignorants on distingue cette AOC par le fait qu’on a découpé la branche qui tient encore la grappe. On le mange en dessert après les huitres du Cap Ferret qu’un jeune ostréiculteur patron du GAEC du Banc d’Arguin a porté aux amateurs, car on peut aimer et la mécanique et les huitres.  La maitresse de maison nous a cuisiné un chou farci sublime. On boit du Gaillac, parce que ce sont nos voisins, et que celui-ci est recommandé par Chabal, qu'on nomme ici Bastien, avec une étiquette XXL.




















La météo avait prédit un temps de tempête, et à part dimanche matin, le soleil aura brillé les deux journées, même qu’il faisait chaud.

C’est merveilleux la campagne telle qu’elle était autrefois,

vue par Tractomania !

au fond, la maison d'habitation. La rivière (super) propre ; le berger (virgilien) ; les labours ; la vigne ; il y a encore un cheval pour semer...
...pas (encore) de pesticides, le remembrement n'a pas arraché les haies...
on vit heureux à la campagne, le ciel (d'automne) tout bleu....

l'homo ruralis vit en phase avec la mécanique, et le garage est le le lieu de santé de la voiture,
...compagne idéale...
...lieu de réparation ...des âmes !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire