...ou comment Bernard Buigues sans le savoir
chasse le mammouth en Haute-Garonne
Samedi 7 juillet 2012, nous avons franchi 25 millions d’années. Tout est calme, c’est les vacances, Aurignac rêve de revenir à l’Aurignacien, Nathalie Rouquérol a réussi son pari : Bernard Buigues est ici. La presse le suit : on va tout savoir sur le mammouth de Sibérie : il y a en ce moment des populations entières qui repèrent les mammouths congelés comme on chasse chez nous le mastodonte. Bernard Buigues est un peu ému : il arrive chez les Aurignaciens, descendants de chasseurs de mammouths, dont ils ont gardé (à leur insu) des gênes plus vivants qu’on croit. Il sait être en face d’initiés, et devine ne pas être au bout de ses surprises.
Nous sommes en octobre maintenant, le premier coup de pioche vient d’être donné au Musée de l’Aurignacien, super en cette période de crise (qui voit annulé le projet de Lascaux). Aurignac va bénéficier d’une nouvelle notoriété.
Il faut relire attentivement mes notes :
http://babone5go2.blogspot.fr/2012/07/mammuthusorg.html : il s’ést passé un événement anormal le soir de la seconde conférence du grand chasseur : vous vous souvenez ? Il a été détourné de son emploi du temps, une dame du coin voulait en profiter pour lui montrer quelque chose ! Quand il a vu, il a failli ne pas venir à sa propre conférence !
Je viens de rencontrer cette dame, et je me dois à conserver une discrétion totale, je ne vous dirai même pas son prénom. Cette dame connaît Odile. Je prends rendez-vous, nous nous rendons sur place. Odile possède la dent : elle l’a montrée à Bernard Buigues, c’était l’occasion à ne pas rater pour identifier la chose, au cas où ce serait un mammouth, pas moins.
Vous vous souvenez que le conférencier a été ensuite très en retard : ça se comprend : s’il connaît les défenses de mammouth par cœur, il n’avait jamais vu de mastodonte.
Nous remontons à 1900. Nous sommes dans la nature, dans le Comminges, des près, des champs, piémont des Pyrénées. C’est très beau et très isolé (des grandes villes). Le grand-père du grand-père (cela remonte 3 ou 4 générations en amont) laboure son champ. Il remonte une pierre. Sauf que la pierre ressemble à un os. Et que l’os ressemble à une défense. Bernard Buigues est formel : ni éléphant, ni mammouth, c’est un mastodonte, comme à Simorre. L’affaire est bien connue des voisins depuis l’origine, mais depuis cent ans on n’a rien dit à l’extérieur. Déjà qu’une extrémité a été prêtée à un amateur qui ne l’a jamais rendue, restent 3 morceaux dont 2 s’emboitent : on dirait la partie (finale vu le bout qui manque) d’une défense de dessus. Et un bout sommital de l’autre côté.
Bon !
Il n’y a plus qu’à retrouver le champ, et à creuser un puits.
Il y a un quatrième fossile. Et lui, c’est une dent. Aucun rapport avec la dent en forme de mamelle, la ressemblance avec la dent de R Larrieu est évidente : on dirait un rhinocéros.
Voici (enfin) la dent d’Odile,
qu'est-ce au juste ?
Reste à retrouver le reste ?
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cette histoire (vraie) a une chute !
le temps passe, il arrive un jour où le temps a passé !
quand j'écris ces lignes, nous sommes bien en 2012 : mais je puis treize ans plus tard, revenir en arrière, et compléter ce billet, lui-même noyé dans 4250 billets, puisque tentant d'imiter Zola, j'écris un billet par jour depuis 15 ans !
nous sommes maintenant le lundi 17 mars 2025, le temps a donc passé, mes cheveux sont tout blancs
un email étonnant : toutes ces recherches ont intéressé un paléontologue :
il s'agit de Vivien Riout
il a retrouvé le carton à chaussures, avec la dent de-dans. Il a retrouvé la pointe, je n'ai pas très bien compris ... au Muséum de Toulouse, mais elle était in-complète !
et la photo jointe, avec prière de ne rien dire, est cette complétude presque parfaite :
comme quoi la Vie est merveilleuse, treize ans après, un fossile datant de millions d'années a été complété grâce à ce modeste blog !
Le Petit Journal publie le 2 février 2021 cet article :
Vivien Riout, habitant d’Alan, est un amateur passionné par la paléontologie, science qui vise à étudier les restes fossiles d’espèces disparues aujourd’hui. Après des études en biologie, il se passionne pour ce secteur et déménage en Comminges avec sa compagne il y a une dizaine d’années. Il fait partie de la SMSP (Société Méridionale de Spéléologie et de Préhistoire) en étant le secrétaire de la section Préhistoire. Cette association des Pyrénées centrales étudie sous différentes formes le monde souterrain, grâce à la spéléologie, la géologie, la paléontologie…
Vivien Riout étudie plus particulièrement les animaux de la période du Miocène (de -23 à -5 millions d’années environ). C’est à ce sujet qu’il avait été contacté en Comminges il y a quelques années par un ami qui avait découvert sur son terrain un fossile qui s’avérait être un crâne unique de mastodonte. Vivien Riout avait alors réalisé la campagne de fouilles et avait contacté le Museum de Toulouse puisque le propriétaire du terrain avait choisi d’en faire don.
« La paléontologie présente une réglementation plus souple que l’archéologie, il n’y a pas besoin d’autorisation autre que celle du propriétaire, il s’agit d’un régime particulier. J’interviens auprès des particuliers comme lors de découvertes suite à des travaux agricoles. Je leur apporte mes conseils, ma pédagogie, mon expertise, je les rassure, je fais le lien entre eux, les chercheurs et les Musées, et je les aide gratuitement à identifier les fossiles découverts. »
Récemment, Vivien Riout a été contacté par un habitant de la commune de Marignac-Laspeyre suite à la découverte d’ossements dans un champ appartement à la Mairie. Il s’agit d’un squelette quasiment complet d’un mastodonte mais pulvérisé à cause de différentes machines agricoles. Actuellement en cour de restauration, ces ossements seront exposés dans une vitrine à la Mairie de Marignac-Laspeyre très prochainement.
« Le Comminges est un territoire riche, les premières découvertes datent du XIXème siècle à Notre-Dame-de-Lorette à Alan en réalisant les travaux de l’hospice, les ossements avaient été envoyés à Buffon, le naturaliste du Roi, pour son Cabinet de curiosités (futur Museum). »
Contact : 06 49 21 68 15 vivienriout@yahoo.fr