mercredi 8 mars 2017

Léda (4) j’avais omis Dali

j'ai failli écrire phonétiquement : 


javai zomi dali

J’ai des lectures étonnantes : « les maths et les peintres » par exemple, constituent un champ de réflexion inhabituel, dans cette période énervée pour nos concitoyens que constituent ces folles présidentielles.

Quand on aborde un sujet pareil, qui nous fait replonger dans les plaisirs oubliés des étudiants jouant avec les courbes mathématiques (quel bonheur ce serait de s’y remettre aujourd’hui aidé par les ordinateurs dessinant des courbes en 3D !), on redécouvre des artistes oubliés, leurs connaissances, Dürer par exemple avec son polyèdre, et si l’on ajoute un peu de catalognitude à cela, on tombe forcément sur Dali, Salvador Dali, Dali et son génie surréaliste.

Pour des raisons curieuses, je m’intéresse à la queue d’aronde, comme on désignait autrefois l’hirondelle. Cette queue a la forme d’un engin oublié, que j’ai décrit ici :


Je montre ainsi une appétence pour les maths qui confirme mon intérêt pour «les maths et la peinture».

Voici pour le prouver Newton, l’auteur du travail qui est la multiplication d’un poids par son déplacement d’où l’expression : le Newton*mètre = 1 Joule. Bref !

Newton par William Blake

Figurez-vous que Salvador a peint ceci :


L'enlèvement d'Europe par Zeus est un grand classique de la mythologie grecque, qui a inspiré un grand nombre de peintres : Rembrandt, Le Titien, Véronèse...rappelons que, de cette union naquit Minos... Je vous en ai seriné des tas d’exemples, et j’en découvre toujours au gré de mes flâneries sur la Toile.(1)

Notre tableau présente une masse de bleu-grisâtre, peut-être la Méditerranée, et dans les vagues semble se profiler le corps d'une femme dénudée, la voyez-vous ?

 Ensuite, on remarque deux lignes brisées, comme des fissures en zig-zag , et une croix.

Sans oublier, dans le coin en bas à gauche de l'oeuvre, une formule mathématique, rendant hommage à René Thom, mathématicien qui fascinait l’artiste, ainsi que les mots "Queue d'aronde" qu'on retrouve toujours en 1983, dans le titre de la dernière toile peinte par Dali, avant son décès : "La Queue d'Aronde - Série des catastrophes."



Thom suggère qu'en quatre dimensions (ça commence à devenir hard) il existe sept surfaces équilibrées, et donc sept discontinuités possibles nommées "catastrophes élémentaires" : le pilier ; la corne ; la queue d'aronde ; le papillon ; les ombilics elliptique, parabolique et hyperbolique. Celle qu'il a nommée "queue d'aronde" l'est en référence à une hirondelle dont "aronde" est l'ancien nom.

L'expert Roger Michel Erasmy a décelé une certaine ressemblance entre :
1) la ligne de droite et l'autoroute A9 entre Salses et Narbonne, et
2) entre la ligne de gauche et la D611 entre Tuchan et Corbières , mais ce ne serait qu'une coïncidence.

Je fais diversion comme trop souvent, pour retarder le moment de vous montrer Léda, dans toute sa rigueur mathématique :


Je cite wiki, dont j’adore le vocabulaire ésotérique : « Le titre complet du tableau est « Leda atómica », une huile sur toile surréaliste peinte  en 1949. Elle est conservée à la Fondation Gala-Salvador Dalí, à Figueras. C'est une toile emblématique de la période de Mysticisme corpusculaire du peintre.

« C’est le tableau de notre vie. Tout est suspendu dans l'espace sans que rien ne se touche. Même la mer s'élève à distance de la terre. »

Gala, l'épouse du peintre est représentée comme Leda qui, selon la légende, fut séduite par le dieu Zeus transformé en cygne et mit au monde l'œuf duquel naquirent les dioscures, Castor et Polux et les sœurs Hélène et Clytemnestre.

Dali se personnifie sous les traits du cygne, mais met également en relation avec Castor et Polux comme deux âmes jumelles semblables à Gala et à lui-même. Leda est assise sur un haut piédestal, les deux pieds sur de petits reposoirs pendant qu'elle caresse le cygne.

La toile fait partie de la période de mysticisme atomique du peintre, durant laquelle Dali s'inspirait de la physique atomique, où des particules élémentaires séparées par du vide se maintiennent en équilibre, tout en formant à échelle macroscopique un ensemble cohérent. Tout dans le cadre flotte, jusqu'à la mer qui flotte sur le sable et aucun des éléments de la toile n'est en contact, suivant en cela la théorie de la physique intra-atomique.

Entre les objets en lévitation on trouve un cadre de bois, un livre rouge - peut être la Bible - trois gouttes d'eau et une coquille d'œuf, symbole de vie très important de l'œuvre dalinienne. Gala et le cygne sont représentés de façon hyperréaliste, de façon quasi photographique, bien que les ombres portées ne correspondent pas aux représentations. Cette œuvre marque un tournant vers un réalisme décuplé et très élaboré".


La version définitive fut précédée de plusieurs études à l'encre de chine, et d'une peinture à l'huile qui resta inachevée. Avec l'aide du prince Matila Ghyka, mathématicien roumain rencontré en Californie, Dali réalisa de savants calculs théoriques durant trois mois qui donnèrent lieu à un film sur la composition de la toile. La peinture synthétise des siècles de tradition mathématique et symbolique, spécialement les apports pythagoriciens. Sa trame repose sur le nombre d'or élaborée de telle façon que le spectateur ne puisse pas la voir simplement. Sur un croquis de 1947, on note la précision de l'analyse géométrique réalisée par Dali sur la base du pentagramme mystique pythagoricien, une étoile à cinq branches formée de cinq lignes droites.

Pour en savoir davantage :


j'ai traduit pour vous le travail de Rosa Maria :

Rosa M. Maurell
Centre d'études daliniennes
Hora Nova, 30 mai, 2000

Comme son oeuvre picturale, les écrits de Salvador Dalí regorgent de références mythologiques; c'est au mythe de Léda que nous nous attacherons ici.

L'huile intitulée Léda atomique (1949) se trouve dans la Salle du Trésor du Théâtre-musée Dalí de Figueres. Pour cette toile, Salvador Dalí s'est inspiré du mythe classique de Léda. Selon la version la plus populaire, Léda était la fille du roi d'Étolie, Thestios, et d'Eurythémis. Elle épousa Tyndare, lequel, expulsé de Lacédémone, avait trouvé refuge au palais de Thestios. Zeus, le père des dieux, s'éprit de la belle Léda et comme elle se refusait à lui, se transforma en cygne. On dit que la nuit même où Tyndare s'unit à Léda, Zeus vint lui aussi l'honorer sous forme de cygne. De ses ébats avec l'oiseau, Léda conçut deux oeufs d'où sortirent deux paires de jumeaux dont l'un était mortel et l'autre immortel: Castor et Pollux – les Dioscures – et Hélène et Clytemnestre.

Dalí entreprit de peindre sa Léda en 1945, aux États-Unis; le tableau représente Léda, vue de face, assise sur un piédestal, la main gauche frôlant un cygne qui s'approche d'elle comme pour lui donner un baiser. Autour de la figure principale, plusieurs objets, dont un livre, une équerre et un oeuf qui pourrait représenter le fruit des amours du cygne et de Léda d'où naquirent les jumeaux. Au fond, de chaque côté, les rochers du cap Norfeu, situé entre Roses et Cadaqués, font référence à la terre natale de l'artiste.


Léda atomique est conçue selon les critères de la divine proportion théorisée par le peintre de la Renaissance italienne Luca Paccioli. Léda et le cygne s'inscrivent dans un pentagone à l'intérieur duquel vient s'insérer une étoile à cinq branches dont Dalí fit plusieurs esquisses. L'artiste a calculé l'harmonie des références selon les règles établies par le mathématicien Matila Ghyka, qui enseignait à l'époque à l'université de San Diego. Ses travaux montrent que la divine proportion est le fondement de toute oeuvre. Contrairement à certains de ses contemporains, qui estimaient que les mathématiques distraient/interrompent l'inspiration artistique, Dalí jugeait qu'il ne pouvait y avoir de véritable oeuvre d'art sans composition ni calcul.


Son épouse, sa muse, lui servait de modèle et, dans l'interprétation qu'il donne du mythe, on voit Dalí traiter l'amour avec plus de spiritualité que ne l'ont fait d'autres peintres, comme Michel Ange ou Nicolas Poussin qui n'en virent que la facette charnelle, l'union physique entre le Zeus-cygne et Léda. Ici, tout est éthéré, nul élément n'en touche un autre, pas même la mer et la terre. En fait, dans son ouvrage Visages occultes, le peintre parlait déjà d'un amour intense sans contact physique, qu'il baptise clédalisme. Dans d'autres oeuvres de Dalí telles que la Madone de Portlligat (1952) ou Figure rhinocéronthique de l'Illisos de Phidias (1954), les figures centrales sont également en lévitation.

On soutient que, filant le mythe classique, Dalí s'identifiait à Pollux et que son défunt frère, Salvador, pouvait représenter le jumeau mortel, Castor, alors qu'au sein de l'autre couple, Anna Maria, sa soeur, aurait été la mortelle Clytemnestre et Gala, la divine Hélène dont la beauté était si prodigieuse qu'elle provoqua une guerre entre grecs et troyens.

Si le peintre peut aisément identifier son épouse à Hélène, c'est qu'elle est pour lui un motif d'inspiration: sa contemplation le conduit à de sublimes créations.

Au reste, dans un de ses écrits, Salvador Dalí nous révèle la finalité de son oeuvre: "J'ai commencé à peindre cette Léda atomique qui exalte Gala, la déesse de ma métaphysique, et j'ai réussi à créer "l'espace-suspendu".

j'ai retrouvé les esquisses :









PS (1) : pour retrouver Léda :

pour retrouver Europe :


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