mercredi 5 novembre 2014

Voyage connecté


C’est devenu toute une aventure pour se rendre à Toulouse … (si on n’est pas Toulousain) ! Car, d’où qu’on parte, il va falloir franchir … les bouchons !


Contrairement à Shangaï, il n’existe pas de gratte-ciels à Toulouse, ni dans la périphérie : chacun ici pratique le gaspillage … de l’espace naturel. Chacun veut une « toulousaine » (c’est une maison de briques roses au moins XVIIIè), avec autour dans l’ordre : une piscine (bleue). Une pelouse irriguée (verte) pour pratiquer le barbecue et le golf, enfin un potager-bio pour disposer de tomates plein-champ (goûteuses ayant le goût vrai des tomates de mère-grand).

les files de gauche des abonnés

Alors, on est prêt à habiter loin, pour se rendre le matin en Ville en voiture. On prendrait bien le train, le TER par exemple, mais ou bien il est en grève ; on bien en retard (pour cause d’incident technique par exemple le vol des fils cuivre qui commandent les passages à niveau). Ou bien il n’y a pas de trains.
motards signalés : danger !



Alors on fait (chaque matin) un calcul arithmétique : pour arriver mettons à 9 heures (arriver avant relèverait de l’auto-mutilation), il faut arriver au péage de Muret (pour ceux qui habitent au-delà) à 7 heures. Donc on part avant, à 6 heures 30. Trente pas trente-cinq car alors, on perd-direct une heure. De bouchons. Ils sont récurents (comme on dit à la télé). Leur durée peut-être … indéterminée. Vous allez me rétorquer : -« arrivés à 8 heures, vous allez la reperdre, l’heure de bouchons gagnée ». Réflexion typique de Toulousain-malin ! Sauf que notre voiture, à nous, est garée. Nous sommes assis à la Brioche Dorée (ça rime). Au chaud, on peut re-petit-déjeuner. Croissant-café. On peut méditer ; rêver ; écrire ce papier ; certains d’être à l’heure : 9 heures.

au retour nez au Sud, les attardés vers Toulouse s'engouffrent dans les bouchons sans issue de secours

Comme on est organisés, on sait qu’on devra repartir, (de ce lieu idyllique). En principe 8 heures après, 17 heures. Bouchons garantis. On va donc transiger pour 16 heures. Dernier carat ! (ce serait mieux 15 heures). Le véhicule est place Jeanne-d’Arc, le nez au Nord. (Pour se garer, on a pris un billet). Comme 3000 agriculteurs sur leurs gros-tracteurs bloquent toutes les issues périphériques, (donc le centre-Ville où ils déversent des remorques de fumier), les véhicules de CRS les entourent sirènes hurlantes. Ne pas rester dans le coin, vite filer ! Vous aurez remarqué : il fallait absolument libérer hier soir les CRS occupant le barrage de Sivens, pour leur permettre de libérer Toulouse. Pauvres CRS, n’ont pas le temps de souffler ! Nous, va falloir contourner les barrages !


Nous vivons la métamorphose d’un monde. Du monde. Notre monde. On ne peut se contenter de nos anciens sens, de nos traditionnels pouvoirs, conçus pour chasser le mammouth laineux, pas pour se sortir du double barrage des CRS contenant les agriculteurs.

Nous devons être supermen. Nous devons être connectés !

Emmanuel a pigé la métamorphose du Monde. Il a équipé sa maison de plaques photovoltaïques, pour être autonome en électricité. Il a acheté (dans les premiers) l’iphone (le dernier). Relié à la 4G, il est informé 24H/24, on lit les messages d’alerte de la Dépêche en voiture in live. Je lis car je suis le passager, mais dans sa voiture connectée, il a le plan de GoogleMaps sous les yeux dans un cadran exprès. Le passager dispose d’un écran plus grand, pour regarder le Monde (au lieu de la télé). Il est connecté, sa voiture est connectée. Ce matin, elle l’a réveillé à 6 heures pile, le café (connecté) était chaud quand il fallait (ça rime) le toaster (connecté) a craché un premier croissant. Il m’a pris à l’heure  dite, le même dispositif avait fonctionné pareil pour moi. En route, le premier péage passé (file de gauche, celle des mecs connectés qui passent le péage sans s’arrêter (ils paient après), vitesse 132Km/H compteur, 129,9 au GPS. On est suivi par des satellites, tout est enregistré. Pilote automatique, la voiture sait où elle doit aller. Le GPS veille, le radar avant contrôle la distance de sécurité derrière le véhicule devant (vous suivez ?). Un radar latéral nous guide en se calant sur la bande blanche. On peut papoter (en toute sécurité…ça rime). Pilote enclenché. Alerte ! un signal s’allume ! Incident devant : ACCIDENT ! Second signal : 2 motards veillent sur le trafic depuis le pont au-dessus. Ils ne sont pas armés. Ouf ! Danger passé ! Radio : « les agriculteurs bloquent les rocades » ! Dépêche (je tiens l’iphone) : tous les bouchons sont géolocalisés ! Plein trafic, en dents de scie. Ca démarre. Ca s’arrête.


Nous envoyons le drone (arme secrète, nous sommes connectés). Visio avec le drone. Il filme le tracteur. Rocade barrée !  Fumier. Itinéraire bis. Voiture propre, pas question de la … saloper ! Tous warnings allumés ! On sort. Alerte ! Danger imminent ! Deux motards (sur le bas-côté) fument leur clope (Danger). Ils ne sont pas armés : Danger passé. Le conducteur presse le bouton (adapté) : danger confirmé. La centrale comptabilise la confirmation : un nouveau « veilleur » va être confirmé. Le compteur donne le nombre : devant nous, 118 ; 125 ; 150 « veilleurs confirmés » veillent. Ils confirment les risques : radars fixes ; mobiles ; motards désarmés. Motards armés. Tracteurs. Fumier. CRS armés. Grenades dégoupillées. Le système alerte ceusses-qui-sont- connectés. Eux, ils renseignent le système.

les CRS traversent, tous phares allumés..danger !


Tracteur-fumier...contourné

C’est le printemps arabe . . . des routiers.

On ne risque pas de s’ennuyer : c’est tout un système social en veille, qui est connecté. Le jeu (est-ce un jeu ?) : contourner le système. Vivre quand-même, malgré les bouchons. Arriver (quand-même) à l’heure. Repartir (quand-même) de même. Réussir à vivre, à travailler. Malgré les dangers.

Quelle société !


On s’arrête chez Mac Do : borne digitale : commander… à manger. Carte-bleue enregistrée. Facture payée. Les serveurs, oreillettes (pour écouter). Blue tooth (pour parler) ont suivi la commande électronique sans jamais s’arrêter !  Quelques secondes après (pour rimer) arrive la serveuse (connectée). L’ordi a foiré… Manque la sauce des potatoes. On râle (un peu). L’ordi crache la sauce. Des détails à perfectionner ? Rien  n’est jamais… parfait ! Nuggets (poulet). Potatoes (patates françaises). Et Coca…à volonté. In fine, on a (bien) déjeuné !


Le système D, le must du modèle français

désormais … connecté !

Se rendre à Toulouse, bloqué par les agriculteurs, un matin de semaine ordinaire

requiert de super-pouvoirs

Pas de souci :

on est connecté



Inutile de préciser que les mecs non connectés sont … de l’autre côté
… de la fracture numérique
Nous ne vivons pas qu’une crise économique
mais la métamorphose d’un monde
Jeunes, ou pire : vieux
y-a intérêt
à bien s’accrocher : ça va secouer !

(ça secoue déjà grave)



au retour, 10 veilleurs veillent dans un rayon de 7Km : nous sommes sortis
de la zone dense urbaine, mais nous ne sommes pas seuls !





















Zone danger : on est connecté


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