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lundi 11 juillet 2022

Du Barry-Sauve-Terre, centre du jardin planétaire (2)

Sauveterre en Comminges cache bien l'essentiel :  elle "sauve sa terre" 

à l'ombre du Cagire

les chainons calcaires du piémont commingeois

... les Sept Moles...c'était avant ! Du Barry , c'est aujourd'hui ! 

Il y a eu un temps comme commence la chanson... où avec Hervé Bichat (1938-2015 _ nous sommes dans les années 2005 et je préside la Commission d'Information géographique du Ministère de l'Agriculture, le but étant de cartographier numériquement les territoires de France, en développant les photos satellitaires et autres accumulées grâce à la Politique Agricole Commune) il invente le concept de "Jardin planétaire". Hervé Bichat chez nous, à l'Agriculture, membre de l'Académie d'Agriculture, Ingénieur Général du GREF, est une "pointure", notamment par sa fonction de Directeur Général de l'Enseignement Agricole...! En deux mots, la planète est menacée (on sait aujourd'hui qu'avec la fonte des pôles, et le réchauffement climatique, l'évolution est pire qu'imaginée alors). L'idée est (un peu en mémoire de Noé) d'identifier ce qui peut survivre de la disparition de la biodiversité (on sait aujourd'hui qu'il s'agit de la 6ème extinction dite "anthropocène") pour tenter de sauver le maximum possible, ou du moins de conserver des bribes de territoires intacts, comme dans les Parcs nationaux et régionaux. Comme rien ne peut se faire aujourd'hui sans numérique, je suis là pour faire que les techniques d'information géographique (SIG) accompagnent le mouvement. Notamment en impliquant les personnes susceptibles d'agir : les propriétaires fonciers. Souvenez-vous, il a existé une politique géniale : les "contrats d'exploitation", consistant à dire à chaque agriculteur : "un trésor biologique est caché chez vous : si vous limitez les perturbations sur votre terrain, (on va vous aider pour cela), vous allez sauver telle ou telle espèce menacée". Cela peut consister à en faire le moins possible, pour ne pas faucher une prairie et les plantes d'oseille qui poussent dedans ! 

encore faut-il savoir à quoi ressemble une oseille dans un pré,

j'ai peur qu'un écologiste-parisien n'en ait pas la moindre idée ? ?

Tout cela est cartographié, numérisé, les diverses informations sont recoupées, et les spécialistes savent aujourd'hui identifier les territoires préservés où subsistent les milieux idoines pour rendre encore possible la vie de ce que l'on appelle les "espèces menacées", qui sont à vrai dire en listes rouges d'espèces en cours de disparition.

Quand on observe en ces nuits d'été les halogènes qui éclairent nos rues, sans que vole autour la moindre mouche ou moustique, on commence à peine à comprendre qu'une espèce en disparition est une espèce qui n'existera plus jamais... et que dans les mégapoles il devient difficile de cultiver en pot une fleur impossible à polliniser. Nous allons disparaitre ... avec les abeilles !

https://www.facebook.com/citedabeilles/

Voilà pourquoi en 2006, nous choisissons de quitter Toulouse (aujourd'hui difficile d'accès pour les voitures thermiques, et bientôt privée d'eau potable...), pour tenter de créer un micro-jardin dans les territoires du Comminges, afin d'y élever, sur des fenouils importés, Papilio machaon et contribuer à retarder sa disparition. Nous disposons des cartes numériques des ZNIEFF, zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique, et nous maitrisons la chaine : sol ; plantes ; insectes ; oiseaux ; mammifères... notamment les papillons, les oubliés de la biodiversité, et Sauveterre est réputé pour héberger les tous derniers ! 

très vite, avec des copains entomologistes nous débarquons à Sauveterre en Comminges

là où apparemment, il n'y a "rien"

sous l'ombre du Cagire

la Nature intacte des zones humides

dedans des oseilles, tout le monde connait...et des succisses, là personne ne sait ce que c'est

nous garons les voitures dans le parking du lieu déserté : les célèbres sept Moles

https://babone5go2.blogspot.com/search?q=sauveterre

---o---

autrefois, l'énergie durable était celle des moulins occitans


moulin d'Estaing (65) et sa mole

Le piège avec les moulins du coin, c'est qu'ils n'ont pas de roue visible à l'extérieur : ils disposent d'un système encore plus simple : un axe vertical soutient la roue horizontale immergée, c'est elle qui fait tourner l'axe. A l'autre bout, la meule, la mole tourne en direct, sans besoin d'engrenage : du coup, rien à l'extérieur ne distingue un moulin, sauf quand il exhibe dehors sa vielle mole ! 


Trébons de Luchon









la meule du dessus

reste-t-il des traces des sept moles ?

j'avoue ne pas savoir répondre : il faut absolument revenir ! 

Nous sommes donc à Sauve-Terre, il y a une église, une mairie, des habitants, et les étrangers qui passent, mangent et sont hébergés aux Sept Moles. C'est là que des histoires se racontent, et que les légendes naissent. Nous sommes en 2004, tout cela n'est pas si loin, il suffit que les langues se délient.

ce n'est pas si souvent qu'un Pape passe à Lourdes


Le Pape est un Chef d'Etat. Il fait l'objet de mesures de protection. Vous pensez bien qu'une visite du Pape, se prépare. Le Pape est entouré d'une cour, au Vatican. Il est entouré de Cardinaux. Les cardinaux italiens connaissent les cardinaux Français, et pour préparer le voyage du Pape il faut se rendre sur place, tout en restant discrets : les Cardinaux jettent leur dévolu sur Sauve-Terre, puisqu'aussi bien le nom les inspire : il s'agit bien de sauver les âmes d'une Terre qui oublie Dieu ! 


voilà la raison qui explique que la cave soit au ciel

A la fin du repas, quand le corps est alangui de boissons réconfortantes, il est possible que la mémoire inspire des souvenirs attendris : on me raconte des souvenirs (un peu confus) de belles (très belles) voitures arrivant aux Sept Moles, des Cardinaux dedans. Même, on parle de Rolls Royce, on n'en voit rarement passer à Sauveterre ! Ils sont hébergés sur place. Il faut bien qu'ils se nourrissent le corps, pour que souffle l'Esprit. Certains transporteraient à la main des valises, des liasses de billets dedans, il faut bien payer les contingences terrestres. Ils dégustent les alcools de la cave, Armagnac bien sûr mais les réserves de Cognac sont célèbres, et doivent être vendues avant la fermeture, déjà programmée : le cognac se retrouve ... à Rome ! Bref, l'esprit de Dieu aurait plané ici, et Du Barry aujourd'hui peut à juste titre tirer parti de ces exploits passés ! 



l'accueil luxueux permettra à tout un chacun de bénéficier de repos dans ce Havre de Paix

et de retrouver ses ressources physiques et morales : 

nous sommes dans un "jardin planétaire"

comme un petit Paradis terrestre








---o---

je n'ai pas terminé :

il reste quelles espèces en disparition, sur l'arche de Noé ?


je pourrais vous raconter qu'à la fin de certains repas arrosés, certains voient l'ours, vider les poubelles

je n'oserai jamais !

j'ai raconté par contre autrefois, que le Créateur de l'Univers

avait donné des signes de sa Création

en peignant des Yeux sur les ailes des papillons



intuitivement, les propriétaires de Du Barry ont deviné l'importance chez eux des papillons,

mais ce ne sont pas ceux-là :



le problème, évidemment, c'est que ceux qui vivent ici, ne volent

que dans des endroits inaccessibles aux chaussures vernies, pire encore à talons

quelques jours par an, en mai, et septembre ! 

il suffit de les admirer en photo :


je me plie à l'usage d'aujourd'hui de ne plus parler latin :

: un "damier de la succisse" (Euphydryas aurinia) sort de sa chrysalide


et le "cuivré des marais", (Heodes dispar) si rare aujourd'hui

vole tranquille dans l'indifférence générale


n'en déplaise aux grincheu(ses)

le mâle est rouge-feu, bien plus beau que madame


vous saurez tout sur eux



PS : 


les livres de Jean-Louis Fourès

quatre billets en juillet 2016




lundi 4 juillet 2016

Natura 2000 à Sauveterre (2)

Voici les documents de référence donnant la liste des autres espèces rares à protéger : le Desman qui fait penser à un OGM conçu à partir du croisement d'un hérisson et d'une souris :





















Là on nous présente Dispar, nommé "cuivré des marais" ; l'écaille chinée avec le flash de ses postérieures rouge vif, (mais il faudra attendre la fin du mois pour la faire s'envoler de ses eupatoires à coup de bâton...sur les tiges !)




encore Dispar, voici la femelle

et voici la (courte) liste des espèces d'intérêt communautaire :


Rassurez-vous : le "damier de la succise" est en latin : Euphydrias aurinia (je trouve ce nom beaucoup plus simple à prononcer, et je comprends enfin pourquoi j'ai appris le latin). Pour comparer avec le cuivré des marais, on dit aussi "le damier des marais". "Damier" on comprend pourquoi en examinant le dessin. "Des marais", c'est dire qu'il habite le même biotope de Sauveterre. 

vous n'avez pas fini de vous mettre à genoux pour chercher des oeufs...




















les succisses fleurissent maintenant

une jolie madame aurinia...

un monsieur

que croyez-vous qu'il arrivât ? (sublime photo de Yvan Puntus dont le blog est extra)

...que  vous ne risquez pas de confondre avec Melitaea  didyma

dimanche 3 juillet 2016

Natura 2000 à Sauveterre (1)

...Sauveterre en Comminges...

...un (minuscule) paradis préservé

Nos amis catalans cohabitent avec des papillons remarquables : je vous ai expliqué leur secret, il est géographique : ils sont situés au Sud, leur climat est méditerranéen : on dit "soulane", ou adret. Nous sommes au Nord, climat océanique : on dit "ombrée" ou ubac. Dans chaque cas, la végétation est adaptée, et une faune spécifique l’a colonisée depuis des temps immémoriaux. Quand les pratiques agricoles n’ont pas nui aux biotopes, des colonies parfois minuscules de survivants subsistent. La limite de leur persistance dans le temps tient uniquement à la quantité minimale de mâles susceptibles de féconder les femelles, qui juste ensuite pondront en quantité suffisante sur la plante nourricière des chenilles. Ceci uniquement dans la mesure où la plante en question existe ; et poursuit son cycle naturel pendant la durée de vie des chenilles. Le moins, s’il s’agit d’une prairie humide, est qu’elle ne soit pas asséchée, ni fauchée mal à propos.













Le petit miracle des mesures prises dans le cadre de Natura 2000 est d’avoir identifié les biotopes en question. Ils concernent des oiseaux ; de petits mammifères rigolos comme le Desman ; des chauve-souris ; et divers insectes comme des araignées, libellules, coléoptères : le lucane cerf-volant qui vole dans le film « les saisons » de Jacques Perrin, le grand capricorne, et naturellement chez nous Rosalia alpina qui vit aussi dans nos Pyrénées. Ces biotopes sont recensés dans des publications, faciles à repérer sur internet, dans la mesure où l’on se donne le mal de chercher bien entendu. L’Université est en pointe dans ce domaine, et on trouvera la tête des réseaux à Toulouse la plupart du temps. L’Administration pilote est la DIREN, et un gros travail d’inventaire mérite d’être salué : te salutant, Caesar !
voici la trilogie : cuivré ; damier et écaille chinée, dans les marais



Mieux, quand la fragilité du biotope posait problème pour la survie de l’espèce, le propriétaire a été contacté, et un contrat a été signé avec lui. 

J’aimerais bien identifier le propriétaire en question, et savoir quelle contrepartie lui a été fournie, toujours est-il que ses parcelles n’étaient toujours pas fauchées quand nous sommes allés sur place ce vendredi 1er juillet, alors que les prairies voisines étaient tondues à blanc par les bovins entassés entre les clôtures électriques.

Vous me connaissez un sixième sens dans ce domaine. Nous décidons d’explorer le coin à trois, nez au vent, bottes dans la malle de la voiture, petits coussins en main pour reposer nos genoux fatigués quand nous recenserons les pieds d’oseille, la plante nourricière.

Nous nous garons pile sur le site, du moins quand nous trouvons les ruisseaux envahis par la végétation, base de la zone humide. L’iris est bien là, même s’il n’est plus en fleurs. Des prêles partout, ainsi que la reine des prés. Les herbes sont hautes, difficile d’avancer, et même de voir le copain. Les eupatoires sont en bouton, elles seront fleuries dans un mois, sans doute pleines d’écailles chinées. Volent des demi-deuils tout frais éclos. Des melitaea dont je me garderais bien de préciser l’espèce, tant ils se ressemblent. Et des Erebia, eux également impossibles à identifier plus précisément. Comme le temps est couvert, ils se lèvent quand on les dérange de leur perchoir herbu, puis se reposent quelques mètres après, impossible de les photographier !

c'est autre chose que Renoir avec ses hautes herbes : on n'y voit rien !

Vous devinez qu’avec un tel couvert les oseilles sont uniquement celles que l’on voit dépasser de la savane, en fait on ne voit que les graines du haut. Au sol, les feuilles sont pourries. On ne trouve de belles feuilles bonnes à manger que dans le pré délaissé par les vaches et autres bovins, d’abord parce qu’on les voit, qu’on peut observer les découpes classiques laissées par les chenilles du printemps, découpes entourées de rouille qui prouve qu’elles sont anciennes. Le dernier vol aurait du être le 25 mai (mais avec le temps frais il a sans doute été décalé début juin), et tout début juillet, on ne voit ni œufs, a fortiori ni jeunes chenilles.


Voici la pièce à conviction : une belle attaque de feuille d’oseille !

On va revenir tous ces prochains jours :

Dispar est là, nous allons poursuivre le travail de gardiennage bien engagé

Nous aussi protégeons cette merveille !


PS : mes élevages des années 70 en Tarn et Garonne :




à suivre...demain !