mercredi 27 mars 2019

L'Archipel pyrénéen ?


« En quelques décennies, tout a changé. La France, à l'heure des gilets jaunes, n'a plus rien à voir avec cette nation soudée par l'attachement de tous aux valeurs d'une république une et indivisible. Et lorsque l'analyste s'essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c'est un archipel d'îles s'ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur ».

Voilà les quelques lignes qui attisent la curiosité du lecteur venant d’acheter l’Archipel français, écrit par Jérome Fourquet, un habitué de l’analyse de l’exception française, un habitué de C dans l’air sur la 5.

D’après lui, le socle de la France d'autrefois, sa matrice catho-républicaine, s'est complètement disloqué. Les églises sont vides, peu à peu vendues pour y établir commerces et gites d’avant-garde. Les mosquées, elles, sont pleines, conduisant à banaliser les noms de culture musulmane. Et la morale laïque, concept d'un enseignement de la morale sans référence à une législation d'autorité divine, élaboré par Ferdinand Buisson, qui prend racine dans son projet de déconfessionnalisation des écoles, prônée ensuite par Vincent Peillon, n’aboutit pas à grand-chose, et est aujourd'hui oubliée !

Jérome Fourquet et le géographe Sylvain Manternach

Au même moment, les centre-ville d’autrefois se vident de leurs commerces, délocalisés dans les terrains agricoles à côté, où il devient possible de créer de grands parkings susceptibles de garer des voitures consommant un carburant fossile… polluant … et support de taxes-carbone toujours plus coûteuses. Au même moment, c’est le triomphe social de l’habitant des métropoles (du moins de leur triangle d’or central), se déplaçant en transports en commun subventionnés ou en trottinettes électriques, et dont le pouvoir d’achat rend possible la main-mise sur les logements situés au centre, dont le prix accroît leur patrimoine de 5% par an, logements impossibles d’accès pour les jeunes générations malgré des taux d’intérêt faibles et des durées de remboursement atteignant trente ans.

Histoire vraie, nous sommes à Montrejeau. A trois kilomètres, c'est Gourdan, l'autoroute, la route vers l'Espagne, attraction des espagnols, voyageant en voiture et venant consommer ici : se crée, enfin est autorisée la création d'une zone artisanale : essence ; Mercédès ; grandes surfaces, restaurants, même un Chinois vient s'installer : le commerce moderne aspire le centre ville de l'ancien Mont Royal. La Caisse de Crédit Agricole déménage : là où l'activité commerciale croit. Le centre-ville ancien voit encore un lieu d'activité majeur disparaître !

si se crée au bord de l'autoroute une zone d'activité nouvelle, il ne faut pas s'étonner qu'elle vide les villages voisins
Chinois et Japonais ... mais pas que ...

... et Américain !

la société de consommation dans la campagne branchée !

AG des caisses locales CA du 21 mars 2019 : le Crédit Agricole recrute encore et conserve une implantation rurale
mais pas n'importe où quand-même !

La solution consiste à repousser toujours plus loin les classes moyennes, dont le pavillon de banlieue devient, au détriment de l’ancienne agriculture, le top du logement individuel, tant les logements collectifs n’ont pas su se moderniser, devenir autonomes en énergie et en production de maraîchage, solutions techniques développées en Asie mais encore rares chez nous, sauf les cultures de champignons dans les parkings sombres de Paris.

La dernière couronne après les centres-ville et les banlieues est le rural profond, au-delà des villes et villages desservis par les RER régionaux, bien obligés de vivre dans les déserts résultant des migrations urbaines : déserts médicaux ; numériques ; culturels ; mobilité collective. Si l’on caricature, les électeurs des mégapoles votent pour la majorité actuelle. Les délaissés des zones périphériques pour le Rassemblement National, devenu première force d’opposition. L'émergence des gilets-jaunes a signalé ces différenciations des territoires.

Toulouse étire un tentacule vers nous, mais arrête le RER à sa périphérie. 
L'emploi est concentré dans la métropole stricto sensu, libre à chacun, ensuite, de prendre l'autoroute
pour aller skier ; prendre les eaux thermales ; ou filer vers l'Océan ou la Méditerranée

Jérôme Fourquet envisage d'abord les conséquences culturelles et morales de cette érosion, et il remarque notamment combien notre identité a changé, le prénom féminin Marie devenant minoritaire, les prénoms d’origine arabe et américains, prônés par les feuilletons américains, prenant une place nouvelle ! La relation au corps a changé (le développement de certaines pratiques comme le tatouage et l'incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l'animalité (le veganisme et la vogue des théories antispécistes en donnent la mesure). L’écologie, défendue par des urbains coupés des connaissances agronomiques de base, et nostalgiques d’une planète où l’homme était minoritaire, laissant sans vergogne l’agriculture paysanne disparaître inéluctablement, et exigeant de consommer pas cher les produits transportés de l'autre côté de la planète sans souci du coût de leur transport facilité par un kérosène détaxé. Découvrant l’envahissement de la mer par les plastiques, mais jetant dans leurs poubelles une grande partie de leurs achats dans les grandes surfaces.

La conclusion, plus spectaculaire encore de Jérome Fourquet : l'effacement progressif de l'ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet "d'archipelisation " de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d'un réduit catholique minoritaire, instauration d'une société multiculturelle de fait, et dislocation des références culturelles communes.

« À la lumière de ce bouleversement anthropologique, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l'agrégation des intérêts particuliers au sein de coalition larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l'élection présidentielle de 2017 et les suites que l'on sait...

« Cette exploration inédite de la France nouvelle est fondée sur la combinaison originale de différents outils (sondages, analyse des prénoms, géographie électorale, enquête-monographie de terrain), méthode permettant de demeurer au plus près de l'expérience de celles et de ceux qui composent la société française d'aujourd'hui ».



Je ne puis lire tout cela sans comprendre, évidemment, ce qui se passe pour nous : devenus grand-parents, nous avons connu la fin des trente glorieuses. La Fin des paysans de Mendras. Nous avons habité les grandes villes, en profitant des transports en commun, et en visitant les Musées : le musée de la Marine le dimanche matin ! Le petit Palais et les impressionnistes ! le Louvre ! le métro ! les Puces de Clignancourt, le salon nautique en décembre et Rétromobile en février. Toulouse, le musée des Augustins, l’église Saint-Jérome et son marbre rouge du Languedoc ; les prêches de Stéphane Laubarède archiprêtre de la basilique Saint-Sernin honorée par trois Papes ; les puces du Dimanche, le métro, les bus. Les marchés du dimanche de Lyon ; le musée des Beaux arts ! La FRAPNA, fédération Rhône-Alpes de protection de la nature.

Nos petits enfants habitent des métropoles, où coexiste le triptyque : formation-emploi-culture. Je vous avoue qu’à l’époque mon désir de nature vierge n’était pas trop satisfait, et que pouvoir sortir à pied de chez moi pour humer l’air des Pyrénées me manquait quelque part. Où dans ces métropoles aller faire voler mon drone, déjà bloqué au sol même dans une ville de 12000 habitants ? Où observer les fleurs du printemps ? et les premiers papillons ?

La géographie du Sud de la Haute-Garonne est bien complexe. Je parle bien du Sud. D’un Sud où se collent étroitement les trois départements des Hautes-Pyrénées ; Haute-Garonne et Ariège. A l’intérieur de chacun, existaient communes, cantons et Syndicats de Communes, sans oublier les syndicats spécifiques chargés qui de l’alimentation en eau potable ; qui d’assainissement ; qui du traitement des ordures ménagères ; qui de mobilité ; qui des bibliothèques devenues médiathèques. La loi Notre n’a pas forcément simplifié les choses, en créant chez nous (je parle toujours du Sud) 3 Communautés de communes et non pas une seule.

3 communautés de communes au sud
1 Syndicat des Eaux, l'un des plus grands de France




















1 Pays

Certes au-dessus il y a le Pays. Qui a précisément repéré qu’il donne la cohérence à l’étage administratif situé au-dessous ?

d'abord l'Aragon...donc Huesca ...

arrivant au tunnel de Viella, nous sommes en Catalunya

En plus notre versant Sud des Pyrénées donne pile à l’Ouest sur l’Aragon ; pile à l’Est sur la Catalogne. C’est l’un ou l’autre, difficile d’agglomérer les deux, l’un est tourné vers Huesca, l’autre vers Lérida d’où nous venons. Je viens de découvrir que notre point commun, pour ceux qui habitent les Pyrénées centrales, est la zone (internationale) habitée par les Ours.

Nous descendons tous de l'ours des cavernes retrouvé à Gargas et hébergé par le Musée de Luchon !




Ainsi nous résidons au pays de l’ours, des papillons préservés, du ski l’hiver et des eaux thermales l’été. Les Romains avaient repéré les ressources naturelles de notre coin, couvert par l’agriculture traditionnelle et la forêt durable. Nous côtoyons encore les vaches de race gasconne, et les ânes noirs des Pyrénées.




J’étais urbain d’une métropole, 

et suis devenu rural d’un archipel

des Pyrénées centrales… !

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