lundi 8 septembre 2014

C’est la fête à Gaudens (2)


Tous les ans c’est la fête à Gaudens, le premier lundi de la première semaine de septembre. C’est donc aujourd’hui lundi 8 septembre. Evènement particulier, on inaugure les vitraux dont je vous ai déjà parlé. Et un nouvel autel de marbre. Messe particulière à plusieurs titres : on fête notre Saint, Gaudens. 

j'ai trouvé cette mosaïque particulièrement réaliste au Bardo de Tunis
le plâtre de Galmiche
j'ai retrouvé également à Tunis la mosaïque des taureaux dormants, nous on les appelle des  boeufs

Une légende singulière puisque la première version date le martyre en l’année 475, (cela fait 1539 ans en arrière… !). Un peu plus documenté qu’il y a deux ans, je réalise que le bourreau (aujourd’hui on ajoute : « présumé ») est un Chef Wisigoth nommé Malet (envoyé par Euric roi de Toulouse et réputé comme persécuteur de Chrétiens), participant aux destructions de toutes les villas romaines voisines que je ne cesse de vous décrire. Mais attention le Wisigoth en question est chrétien lui aussi, et pourtant il décapite Gaudens (jeune gardien de vache de 13 ans), chrétien, sous les yeux de sa mère Quitterie ! Alors pourquoi tant de haine me direz-vous ?




















Le Wisigoth est Arien, de l’inventeur de l’arianisme Arius : le différend porte sur la nature de Jésus Christ : est-il Dieu ? Est-il humain porteur de la parole de Dieu ? Est-il humain inspiré par Dieu ? Les différences sont de taille, et tranchées par le Concile de Nicée en 325, en Turquie. Pas si étonnant que 150 ans plus tard certains Wisigoths (dont les nôtres) ignorent l’arbitrage : « Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné et s'est fait homme ; a souffert et est mort crucifié sur une croix, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Et au Saint-Esprit. » Je vous le mets en entier, puisque c’est la version que nous appliquons aujourd’hui, comme le faisait Gaudens, mais pas les Wisigoths.

bénédiction des vitraux



















Pour tout dire, les chrétiens-version-ariens n’étaient pas tout à fait civilisés, même un peu beaucoup barbares ! Une version plus commode place le martyre de Gaudens dans les années 700, et donne le rôle de bourreaux à des Sarrasins (intégristes musulmans). Le bourreau n’a pas une épée mais un cimeterre, et c’est normal qu’il décapite un otage puisqu’il est en quelque sorte un précurseur des djihadistes d’aujourd’hui. Ca nous arrange quelque part, nous chrétiens qui n’apprécions pas que des chrétiens aient pu être de vrais barbares. Pourtant au fil de l’Histoire, Dieu sait s'ils l'ont été… !

Il est en tous cas légitime que Saint-Gaudens, devenu Saint par la décision de Clément V en 1309, ait un hymne, et nous le chantons à la fin de la messe.  On retrouve dans le texte l'utilisation de : "sois la sainte lumière...", qui éclaire (si je puis dire) d'un jour nouveau la "lumière éternelle" souhaitée à Nymfius par Séréna dans mon billet précédent. On comprend que depuis 1525 ans, son culte soit soutenu par des reliques, en voici un tout petit-petit morceau. Et que des chapelles aient été édifiées sur les lieux du martyre, notamment la fontaine du bourreau dont je vous ai déjà parlé.


Voilà qui est intéressant : l’histoire se répète. Prenez juste après la Révolution française, oui la nôtre par exemple. On n’aime pas du tout les curés dans les années 1790 (on a créé l’Etre suprême, et on a nommé la Ville « Mont-Unité » !). Le 9 octobre 1794, en exécution de l’arrêté Malarmé, deux commissaires viennent saccager la chapelle avant de la mettre aux enchères : « tout ce qui a trait au fanatisme et  à la superstition doit totalement disparaitre du sol des hommes libres ». La chapelle est vendue aux enchères à Guillaume Puyssegur pour 300 livres, qui s’oblige entièrement à démolir dans le délai d’une décade ladite chapelle, inclus les objets du culte, dont les reliques (sauf celles préservées soigneusement pour les générations futures, et dûment cachées dans l’église de Mondavezan).

Hélène Soum sur le nouvel autel (quelle belle nappe brodée...!)

La chapelle est reconstruite en 1827 par souscription des habitants de la Ville. Je vous parlerai un jour de l’abbaye de Bonnefon. Un certain nombre d’objets sont déménagés et arrivent à la Caoue.

Nous sommes en 1850. Le père Marie-Antoine (Léon Clergue dans le civil) est né à Lavaur le 23 décembre 1825. (il décèdera en 1897). Il est nommé vicaire à Saint-Gaudens, où il entend l’appel de Saint-François (le même que le pape François). Il rencontrera Bernadette Soubirous en 1858 quand elle reçoit les messages de la Vierge. Il bénéficie d’une aura immense : il provoque à la Pentecôte 1854 une souscription, en lisant le message suivant : « Nous avons un pauvre dans la paroisse. Ce pauvre ne demeure pas à la ville, il habite à la campagne. Il a un grand nombre d’amis, mais ceux-ci n’osent plus aller le visiter, tant sa maison menace ruine. Quand ils entrent dans sa demeure, ils ont peur que le plafond n’écrase leur tête, tandis que l’eau vient naître et courir sous leurs pieds ». Tout le monde a compris, il s’agit de sauver Saint-Gaudens ! Les dons affluent, les artisans se présentent pour faire le chantier, et le 9 avril 1855, l’inauguration rassemble 4000 personnes ! 

En hommage, la route de la Caoue porte son nom : rue Marie-Antoine.


Plus tard, l’évêque Alexandre Compans se fera le mécène de l’église, et la fera reconstruire sous sa forme actuelle, en faisant appel à Bernard Castex, auteur du casino de Luchon. Son plan est accepté le 7 avril 1891. L’inauguration a lieu le 25 juin 1893, les vitraux réalisés par les ateliers Henri Ls.Vr.Gesta Fils, qui feront le 9 juin 1928 des réparations pour une somme de 900 Francs. Je sais tout cela grâce au mémoire de Fini Laura, qui m’a passé son document, avec copie de la facture, merci à elle et à Linkedln grâce à qui j’ai pu obtenir son email !

Voilà les vitraux une fois encore réparés et reposés par Maryline Delois, qui me présente les tas d’amis qui lui ont permis de réaliser l’exploit. Il faut des artisans d’art pour réaliser de belles choses, ouf, il en reste quelques uns, il faut tout faire pour leur donner du travail !

Maryline Delois et Isabelle Gomis peintre en décors, (cette exceptionnelle
photo de personnes ayant pour but de leur faire un peu de publicité)

Le futur, désormais, est clair : ce matin le Maire a annoncé l’étanchéité de la couverture, pour stopper les infiltrations (on les voit bien sur les photos), risquant de compromettre la solidité du plafond. Applaudissements des fidèles, je dois vous dire que la messe avait été clôturée juste avant sa déclaration, pour lui permettre cette annonce profane qui précédait l’apéritif (profane lui aussi) offert par la Ville.

Le message est clair : quelles que soient les difficultés, l’homme quand il est résolu peut reconstruire ce qui a été détruit.




Il peut le faire, il doit le faire,

ici cela fait plus de mille ans qu’on le fait en mémoire d’un jeune berger


Voilà notre responsabilité d’hommes :


Sans relâche, défendre notre humanité,


défendre la liberté.



la relique de St Gaudens




PS : la dernière fois en 2012 :

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