dimanche 5 avril 2015

Pour Ondine d’Amsterdam


Amstelredamme

La digue (dam) sur l’Amstel


Il y a deux solutions pour un voyage romantique (au bord de l’eau) : Venise, ou Amsterdam. Amsterdam est la commune la plus peuplée et la capitale du royaume des Pays-Bas, bien que le siège du gouvernement, ainsi que la plupart des institutions diplomatiques du pays se trouvent à La Haye. Près de 800 000 habitants appelés Amstellodamois, Amstellodamiens ou Amsterdamais, peu nous importe, au cœur de la région d'Amsterdam qui regroupe environ 1 350 000 habitants. L'aire urbaine, qui rassemble plus de 2 300 000 résidants fait elle-même partie d'une conurbation appelée Randstad Holland qui compte 7 100 000 habitants. Elle est située dans la province de Hollande-Septentrionale.



Ancien petit village de pêcheurs au XIIè siècle, la ville a connu une très forte croissance au Moyen Âge au point de devenir l'un des principaux ports du monde durant le Siècle d'or néerlandais. Le quartier de De Wallen est la partie la plus ancienne de la ville, qui s'est développé autour d'un réseau concentrique de canaux semi-circulaires reliés par des canaux perpendiculaires, formant une « toile d'araignée ». Au centre de la vieille ville, on trouve sur la place principale du Dam le Palais royal d'Amsterdam, construit au XVIIè siècle, symbole de l'importance historique de la ville. Guillaume Ier des Pays-Bas en fit un palais royal en 1815. Depuis juillet 2010, le Grachtengordel (délimité par le Herengracht, le Keizersgracht, et le Prinsengracht) figure sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO.





Amsterdam est l'un des centres économiques majeurs des Pays-Bas, et l'un des principaux centres financiers d'Europe. C'est également la capitale culturelle du pays, comme en témoigne la renommée de ses principaux musées concentrés autour de Museumplein, le Rijksmuseum, le Stedelijk Museum et le musée Van Gogh. Plusieurs classements placent également Amsterdam parmi les villes offrant le meilleur confort de vie. Elle est également connue pour son « quartier rouge » principal, De Wallen et ses prostituées, et pour ses nombreux coffee shops, possédant une licence leur permettant de commercialiser le cannabis.

j'ai choisi cette huile de couleur rouge, pour exprimer la précaution nécessaire sur place
de ne pas abuser des tentations locales :
fumer tue !
Evidemment, ces particularités donnent à la ville une ambiance de liberté. De vie sur l’eau. Ajouté aux tulipes, aux digues, au souvenir du pont semblable à celui du Vigueirat à Arles, à Van Gogh, aux boutiques d’antiquaires pleines de maquettes de bateaux. Aux restaurants où l’on peut déguster des turbots grillés, comment ne serait-on pas attiré par la Venise du Nord ?

tu as raison Ondine

c’est une belle ballade pas très loin de chez nous !


à peine dans trois mois ?





















transport en commun local

cela s'appelle : "cargo cycling" !




vendredi 3 avril 2015

Vierge à l’enfant...


...du Comminges et d’ailleurs


Les histoires de Vierges sont souvent les mêmes : un berger garde son troupeau (c’était donc avant, mais il existe encore ici, de pareils bergers, surtout en ce moment veille de Pâques). Une ruine (de masure quelconque, sauf s’il s’agissait d’une chapelle oubliée d'un château démoli ?). Un mouton se refuse de paître. Il gratte impatiemment le sol au lieu de brouter comme ses congénères (est-il donc inspiré ?) tellement qu'il en devient maigre. Il gratte comme un chien à tel point que le berger est intrigué par son comportement (et inquiet de son anorexie). Le berger creuse lui aussi (mais il a une pelle, même modeste). Et il tombe (ébloui) sur une statue cachée (et passablement salie par la terre). Il la ramène à sa maison (une hutte de berger, à moins qu’il ait érigé de ses mains une construction tronconique en pierres sèches). Il lave la statue dans le bouillonnement du torrent proche (il a construit sa cabane pas loin pour se procurer l’eau courante et y puiser de quoi boire et se laver (tous les dimanches). Je ne vous raconte pas qu’il s’agit d’une résurgence d’eau de source qui guérit aussi certaines maladies car vous n’allez pas me croire, pourtant nous sommes pas loin d’Encausse les Thermes, où coulent de pareilles sources, alors, c’est vrai ! 

La statue se révèle couronnée, une Vierge en Majesté. Elle tient l’enfant (enfin l’Enfant) Roi, tellement qu’il est couronné lui aussi. Il ne tient pas un livre mais le Livre (qui contient toute l’histoire de la Création, ainsi que les tables de la Loi, l’ancien Testament, le Nouveau et tout et tout).  Le berger est tout content (il félicite le mouton doté de préscience et lui accroche au cou une cloche plus grosse qu’aux autres). Il fait cadeau de sa trouvaille à l’Eglise du village. Le curé du village (il y en avait alors un par village) le remercie, et pose la Vierge en évidence là où elle est toujours (protégée par des portes à barreaux).

ce n'est ni cette Vierge, ni l'autre, il n'y a pas d'enfant !



















Naturellement le Village d’à côté qui se dit Capitale dit qu’il est légitime que disposant de davantage de Paroissiens, la Vierge (miraculeuse on va le voir) doit ab-so-lu-ment être disposée dans la Collégiale. Mais une fois accomplie cette décision (inique), voilà que pendant la nuit, la Vierge se casse pour revenir dans la première Chapelle baptisée « Notre Dame ». (La Vierge a déjà manifesté en se cachant dans le trou initial des pouvoirs supérieurs à ceux bien terrestres des édiles de la Capitale). Les habitants la voient revenir avec gratitude, et quand il fait mauvais, la sortent dehors : la Vierge les en remercie en calmant la Météo contraire aux souhaits des agriculteurs, fait pleuvoir quand il le faut, fait le beau temps quand le foin doit sécher.

voici St-Jean Baptiste avec son mouton

Il parait même que lors de la fête du Village (dont je tairai soigneusement le nom pour que vous n’alliez pas faucher la Statue) en 2014 (c’était hier comme vous le voyez), il faisait grand vent. Quelqu’un a eu l’idée de sortir la Vierge Couronnée. Eh bien un quart d’heure plus tard pas davantage (la Vierge exige un petit préavis pour agir) le vent s’est calmé. Même Laurent Cabrol ne dispose pas de tels pouvoirs, pourtant il est informé heure par heure par Météo France, et il parle dans Europe n°1 depuis Paris, Capitale des capitales provinciales !

Ce matin j’ai eu la grâce de participer à une expédition où, veille de Pâques, il était courtois de rendre visite in situ à la Vierge du Comminges, toute jolie dans ses habits d’or. Nous avons salué avec déférence le fils-Roi tenant le Livre, ainsi que Saint Jean-Baptiste à qui l’église est consacrée. Il tient lui aussi un mouton, comme le bon pasteur qui le porte sur le cou (le mouton).






































Je viens d’attaquer le gros livre Cosmos de Michel Onfray dont je vous avais annoncé la lecture. Il explique que les gens des villes entourés de béton  et de circulation automobile ont perdu toute notion de la Nature, à laquelle appartiennent encore les gens de la campagne. Nous sommes en ce moment entourés de fleurs de magnolias, et de brebis qui viennent de mettre au monde leurs agneaux.


Nous pouvons encore consulter des Vierges couronnées

tenant l’enfant Roi qui tient lui-même le Livre

Nous vivons entourés du Cosmos, mammifères conscients (c’est du Onfray dans le texte) des mystères de la Vie, et de la Création…

Nous sommes un peu naïfs, de croire qu’une Vierge peut commander le beau temps

à Paris, ils sont beaucoup plus sérieux :

ils espèrent toujours que la croissance va revenir…

…juste avant 2017

on n’est pas plus idiot ici ?







































mercredi 1 avril 2015

Charte de la fraternité


Le verbe embrasser a plusieurs significations : évidemment, il s’agit le plus souvent de : « Serrer, étreindre avec les deux bras. Embrasser étroitement ». 

Application pratique : « Priam se jeta aux pieds d’Achille et lui embrassa les genoux ». J’adore ce genre d’exemples trouvé dans les dictionnaires. Parler de Priam ne viendrait pas spontanément à l’esprit de tout un chacun. Mais enfin, pourquoi pas ? 

Seconde signification : « Entourer, contourner » : « Le lierre embrasse cet ormeau ». Là nous sommes dans la botanique la plus verte-écolo. Ou encore : « Cette rivière se sépare en deux et embrasse une grande étendue de terrain. » Yes pour la description géographique.

Troisième signification : « Contenir quelque chose dans toute son étendue » : « L’ancien empire germanique embrassait une grande partie de l’Europe ». Sans commentaire !



Nous sommes samedi dernier, et l’Evêque de Toulouse a réuni dans la capitale du Comminges, les Maires du Sud de la Haute-Garonne. Sujet : l’Etat (propriétaire des Eglises) et l’Eglise (affectataire). Un peu comme si on disait que les communes sont nu-propriétaires des églises, et que les communautés paroissiales en ont l’usufruit. C’est le rappel des Lois de 1901. Par exemple, si l’on organise un concert dans une église, on demande l’autorisation à l’affectataire, le curé de la paroisse.

Notre évêque (qui a de l’humour) salue l’assistance et nous parle de la condition humaine. Forcément. Il précise bien que « quand il s’adresse aux hommes, il embrasse toutes les femmes ». Il utilise la troisième signification du verbe « embrasser », ce qui explique mon rappel ci-dessus.

Loin de Toulouse, il nous arrive de rater des évènements pourtant décisifs de la Capitale de la future Novempotamie (je taquine Montpellier exprès). Notamment après avoir commémoré si l’on peut dire les évènements liés à la folie de  Mohammed Merah, tué il y a trois ans le 22 mars 2012.

Monseigneur Robert Le Gall (on sent l’origine bretonne) évoque la signature de la Charte de la fraternité, signée le 19 mars dernier. L’évènement me semble mériter un billet, puisque les représentants de toutes les religions ont donc signé une Charte, en présence du Patron des Cultes, le Ministre de l’Intérieur lui-même.








Faisons, nous aussi, les efforts indispensables envers nos 

frères humains


Vous voyez qu’on peut « embrasser » son prochain (au sens large du terme !)

La paix de Merry Joseph Blondel

Todo lo que era solido


ANTONIO MUÑOZ MOLINA, 2013


Tout ce que l’on croyait solide

Rassurons-nous ! nous sommes en Espagne ! Pas en France ! La traduction française date de 2013. 

Moi qui m’émerveille de la qualité des routes aragonaises, une fois sorti des départementales de France, où l’on a du mal à croiser les gros camions qui viennent nous apporter les fruits de la campagne d’Andalousie, il me fallait comprendre les sources du miracle espagnol. Antoine me passe ce bouquin, en effet, ça n’est pas triste ! Antoine a trouvé un écrivain ami portant son célèbre prénom : Antonio. Munoz Molina est célèbre en Espagne, et dans son livre il n’y va pas avec le dos de la cuiller : Je vous lis le résumé du dos de la couverture rouge sang (de taureau) :

« Ecrites dans l'urgence, ces quelques 246 pages se veulent un réquisitoire contre la grave crise économique, politique et morale qui traverse l'Europe et ravage l'Espagne, en même temps qu'un plaidoyer pour préserver les fondements de notre démocratie. La première partie du livre s'en prend à l'idéologie ultra-libérale des dirigeants européens et met en avant l'inimaginable corruption des élites espagnoles et des autonomies qui se chiffre en milliards d'euros : délits d'initiés ; hommes politiques liés aux grandes banques et aux grandes entreprises mondialisées, abandon des modèles sociaux, transformation des services publics en fabuleuses entreprises rentables ; clientélisme; effondrement culturel etc.


La seconde, plus littéraire, s'appuie sur des exemples, des anecdotes et des réflexions personnelles. Elle reprend une thèse chère à l'auteur, selon laquelle, comme trop souvent dans l'histoire, le monde peut basculer sans que personne n'ait rien vu ou rien voulu voir, interroge la responsabilité individuelle et collective, appelle à sauver les valeurs, aujourd'hui menacées, des sociétés démocratiques et propose la refondation d'une morale de la citoyenneté. »

Propos de brûlante actualité, même chez nous,

(ne trouvez-vous pas), après le 11 janvier notamment ?

« morale de la citoyenneté »

notre Ministre de l’Education y consacre la journée du 9 décembre prochain !

Ce n’est pas avec ce résumé stéréotypé que vous pourriez avoir envie de lire. La prose et le vocabulaire sont précis, quel plaisir de deviner derrière les mots traduits de l’Espagnol les mêmes racines latines ! Je préfère citer quelques lignes tirées du texte, c’est vache et brutal : il parle notamment des nouveaux Hommes politiques, et du pouvoir qu’ils se sont donnés :

 « Nous sommes persuadés que s’ils occupent des situations de pouvoir aussi insignes, ils doivent être très intelligents. En réalité, ils ne nous paraissent très intelligents que parce qu’ils ont un pouvoir  immense. Nous leur attribuons la subtilité et la rigueur scientifique, mais s’ils nous hypnotisent, c’est qu’ils bougent avec une lenteur solennelle et des gestes sobres qui suggèrent une pensée impénétrable, comme les augures romains qui devinaient l’avenir en examinant les viscères des animaux sacrifiés ou le vol des oiseaux ». Il décrit ainsi l’attitude de l’Homme de Pouvoir : « il regardait autour de lui par brefs coups d’œil, avec un mélange de ruse, de distraction et d’ennui que j’ai presque toujours remarqué quand j’ai côtoyé ceux qui ont beaucoup de pouvoir et énormément d’argent. Ils sont là, et n’y sont pas. Ils vous serrent la main, et détournent rapidement les yeux, de peur de manquer quelqu’un de plus important ».

L’argent est le socle du système :

« L’argent  inquiète et fascine, il étourdit par sa monstrueuse aptitude à se multiplier. L’argent produit des constructions aussi symboliques et destinées à impressionner les faibles, les crédules et les ignorants, que les ziggourats de Mésopotamie ou les vestibules des temples égyptiens avec leurs hautes colonnes massives. L’argent semble être ce qui est le plus irréfutable, il a le pouvoir de tout acheter et de tout détraquer, et soudain il s’évapore, semble n’avoir jamais existé ».

ce n'est pas New-York, mais Valencia

Antonio n’en revient pas des investissements pratiqués dans son pays : hier, des prairies naturelles sur lesquelles s’entrainaient les footballeurs du Réal de Madrid. Aujourd’hui, les mêmes espaces (des milieux humides auparavant protégés) couverts de grues construisent des villes nouvelles, des aéroports gigantesques, peu importe leur rentabilité future : les avions viendront bien … ensuite. Il explique comment on fait de l’argent à partir de pas grand-chose : « Un terrain qui ne valait presque rien acquiert une valeur immense. Ce passage du presque rien à une logique qui multiplie les millions par mille met soudain en évidence la subite capacité d’expansion de l’argent. Depuis le milieu des années cinquante, la métaphore qu’on a utilisée pour désigner ce prodige est l’expression : « pelotazo », la métaphore du coup de pied réussi dans le ballon, le shoot gagnant du football. « Réussir un pelotazo distinguait soudain l’exceptionnel,  un profit aussi spectaculaire qu’un coup de pied bien envoyé dans le cuir d’un ballon de football : l’Espagne était le pays où l’on pouvait s’enrichir le plus rapidement d’Europe ».


« Nous vîmes aussi beaucoup de ceux qui nous ressemblaient entrer en politique par conviction, ou par hasard lors de la première vague d’élections démocratiques, s’y installer, et en faire leur profession. Ils y prenaient les manières que donne une autorité innée ».

Dans cette ambiance, où les élites flattent le peuple en donnant des fêtes apparemment gratuites (mais de plus en plus coûteuses), (personne ne demandant à en connaitre le coût), comment faire valoir quelque critique que ce soit : ce serait devenir rabat-joie. Rabat-joie de l’extérieur, passe encore, on passe pour être opposant et contradicteur au parti. Mais rabat-joie de l’intérieur, inimaginable, ce serait contester le système, mettre en cause le rattachement de tout un peuple à sa nouvelle culture, sa nouvelle identité, son identité régionale, sa langue locale, ses particularités locales magnifiées quasiment en opposition à l’identité nationale. La fête étant déjà en Espagne une marque forte d’identité, reprend ainsi les rites romains du pain et des jeux, façon moderne d’enthousiasmer les masses. « Plus de personnes dépendront directement de vos faveurs politiques pour subsister, plus de votes acquis vous pourrez comptabiliser ».

Saragosse moderne, la cité d'Auguste

La cause profonde ? « En trente et quelques années de vie démocratique et après quarante ans ou presque de dictature, aucune pédagogie de la démocratie n’a été pratiquée. La démocratie a besoin d’être enseignée, car elle n’est pas naturelle, car elle va à l’encontre des penchants très enracinés dans l’être humain »

« Ce qui est naturel n’est pas l’égalité, mais la domination des forts sur les faibles. Le naturel, c’est le clan familial et la tribu, les liens du sang, la méfiance envers l’étranger, l’attachement à ce qui est connu, le rejet de qui parle une autre langue, de qui a une autre couleur de cheveux et de peau …le naturel, c’est d’imposer des limites aux autres et de ne s’en accepter aucune pour soi-même … 

Antonio nous rappelle tous les penchants naturels de l’humanité, (pas toujours spontanément fraternelle), pour conclure : 

…et si la démocratie n’est pas enseignée avec patience et dévouement, si l’on ne l’apprend pas dans la pratique quotidienne, ses grands principes resteront un cadre vide ou serviront d’écran à la corruption et la démagogie. La seule manière de prêcher la démocratie est l’exemple… ».

architecture contemporaine : Palma Mallorca

Si l’une des Régions d’Espagne veut (selon les nouvelles pratiques des Dirigeants actuels) exister dans le monde, elle doit se présenter à New York, en Grande Délégation, et y créer des manifestations publicitaires. « Ce qui dans la réalité n’avait presque aucune consistance prenait une taille démesurée dans la grand imposture de son image médiatique. Cela n’avait pas d’importance. N’avaient pas d’importance ni la différence entre vérité et mensonge, ni le niveau d’exactitude ou d’erreur dans la relation des faits. Sans être tout à fait parvenus à la modernité, nous devenions un pays postmoderne où la distraction et le cynisme  acquéraient une aimable légitimité, mettant sur le même plan discours et valeurs, réalité et apparences, fantaisie et connaissance. Dans le pays même où les chambres des comptes n’accomplissaient pas sérieusement leur devoir de contrôle des dépenses publiques, les journaux ne faisaient aucun effort pour vérifier en détail les informations qu’ils publiaient, ou parfois les manipulaient sans scrupule au profit de leurs propres intérêts, ou de leurs engagements partisans. »

« Avant de commencer la réalisation d’un projet public, on ne devrait pas se contenter de la détermination de celui qui soutient cette entreprise. Il faudrait savoir au préalable si ce projet est conforme à la loi, et s’il est viable, or cette évaluation, seules des personnes techniquement capables et indépendantes des faveurs politiques peuvent la faire. Mais en outre un débat ouvert entre citoyens est nécessaire, parce que dans une démocratie les intérêts légitimes peuvent être très divers voire contradictoires, et à l’heure d’examiner le pour et le contre, il faudrait savoir, avec un maximum de précision et d’équité, quelle option doit prévaloir sur les autres, presque aussi acceptables, et de plus à quoi l’on renonce quand on fait un choix dans un monde réel où les possibilités sont limitées, où les décisions sont parfois irréversibles… »

L’écrivain se sent bien seul hors de la protection rassurante d’un groupe.  « Il est très difficile de porter la contradiction en Espagne. Contredire non ceux du parti ou du camp opposé, mais ceux qui semblent être du nôtre ; contredire sans regarder à gauche et à droite avant d’ouvrir la bouche pour s’assurer de la solidarité de ceux dont on sait, ou croit savoir, qu’ils nous sont favorables ; contredire seul, sans assurer ses arrières, en disant poliment ce que l’on pense devoir dire, ce qu’on a envie de dire, ce qu’il semble indigne de taire, en sachant qu’on risque non la réprobation attendue de ceux qui ne partagent pas nos idées mais le rejet offensé de ceux qui nous considèrent comme des leurs ; contredire non pas les visions abstraites et globales du monde mais s’opposer sur des faits précis et réels »… « le seul fait de voir la réalité et de la dire vous ostracise, fait de vous un dissident, un être anormal : un rabat-joie ».

un trouble-fête :

Aguafiestas.

Je repense à cette citation, dont j’ai perdu l’auteur (qu’importe !)

« Un homme libre est toujours une énigme pour les autres
Il leur fait peur au plus profond d’eux-mêmes »

Et pourtant… tout change, le monde change…

« Tout ce qui n’est pas transmis délibérément est perdu lors du passage d’une génération à l’autre. Ce qui a existé durant des siècles disparait en quelques années…la majeure partie du patrimoine immense et complexe que l’on tient pour connu disparait dans une grande cataracte silencieuse qui ne laisse pas de souvenirs, comme la mémoire de quelqu’un qui vient de mourir. 

Nous autres (les personnes d’origine rurale nées dans les années 50) le savons et pouvons le raconter : sous nos yeux s’est décomposé le monde d’une culture populaire qui à la fois nous protégeait et nous asphyxiait…. tout ce courant d’une culture de la pauvreté qui n’était pas faite d’une grossière résignation, mais d’une inventivité fertile, rendue nécessaire et limitée par la pénurie, mais absolument souveraine dans ses réussites, dans ses trouvailles d’une beauté austère, d’une harmonie instinctive, d’une force expressive qui se manifestait aussi bien dans la forme d’un outil poli par l’usage que dans celle d’une maison blanchie à la chaux ou d’un jardin potager, ou d’une chanson populaire ou dans le talent pour raconter une histoire, pour transformer en récits l’expérience personnelle ».

Je ne vais pas  continuer de vous citer le  livre

quelle puissance cependant !

« Rien n’existe pour toujours, rien ni personne n’est d’une seule pièce… »... Aujourd’hui, nous sommes forcés de nous réveiller, et nous découvrons une chose que nous avions oubliée : nous sommes pauvres. Et nous allons l’être encore plus, et pour longtemps. Nous étions de nouveaux riches et aujourd’hui nous voilà de nouveaux pauvres. ..Nous sommes pauvres et écrasés de dettes…Nous sommes les parents pauvres ou très peu fortunés du club des gens très riches, et même pas les plus pauvres des parents pauvres du club ».

« Beaucoup moins pauvres qu’une grande majorité de l’humanité ; beaucoup moins que nos grand-parents ou que nos parents ».

Comment faisaient-ils ?

« Nous allons devoir réfléchir aux droits auxquels il ne faut jamais renoncer, et à ceux qui sont trop précieux pour être laissés à l’avidité d’intérêts privés ou de factions politiques qui ne sont pas nombreux : l’éducation, la santé, la sécurité juridique qui protège l’’exercice des libertés et l’initiative individuelle… »

Le livre se termine par ces phrases :

« Il ne nous reste pas d’autre solution que de nous acharner à voir les choses comme elles sont, dans la froide lumière de la réalité. Aujourd’hui seulement, après tant d’hallucinations peut-être avons-nous atteint ou devrions-nous avoir atteint l’âge de raison ?»

Je vous engage à le lire : la réalité vous saute à la figure !


(mais ... nous sommes en Espagne… !)

Dyonisos, par Fran Recacha 2010
Bacchus, du même peintre espagnol

Le fantôme de l'Elysée


Philippe Dessertine

Je vous ai déjà parlé de la fascination qu’exerce sur moi le nouveau Leclerc, temple de la consommation dans notre (petite) capitale du Sud de la Haute-Garonne : la FNAC offre le même spectacle, mais est au centre de Toulouse, une heure pour s’y rendre. Ici comme dans la grande Ville, tous les livres y sont, proposés à profusion ! Ce n’est pas comme dans les deux librairies du centre, il parait que l’une d’elles a déjà baissé le rideau….  Je suis venu chercher COSMOS de Michel Onfray ! Je le trouve en évidence. Pas loin je suis attiré par Philippe Dessertine, si souvent présent avec Yves Calvi sur les antennes de C dans l’air. 228 pages ! Alors que Cosmos  est un épais bouquin de 563 pages : vais-je pourvoir y arriver ? Le Fantôme de l’Elysée parait plus facile. Je me lance d’un trait dans la lecture ! 

J’ai bien fait : c’est une fiction. Elle se passe une nuit dans le bureau du Président. La nuit du 13 janvier 2014. Valérie dort assommée par les somnifères à l’Hôpital. Elle n’a pas encore publié son bouquin. Julie téléphone au Président pour prendre de ses nouvelles. C’est bien, on partage l’intimité du Président, et de ses fans-femmes. On apprend la porte secrète inconnue dans son bureau, qui permettait au locataire des lieux il y a deux cents ans de rejoindre quelques secrètes alcôves. François passe une nuit blanche à composer son discours, il est en charge de la France, son rôle est historique. Il est le successeur des Rois qui l’ont précédé. Sa tâche est immense dans la crise que nous vivons.


Il est Roi lui aussi, et ne doit pas subir le sort tragique de Louis XVI, auquel étrangement il ressemble….

La nuit s’annonce longue.

Seul dans son bureau, François Hollande prépare sa conférence de presse très attendue du lendemain. La rencontre fictive se déroule donc dans la nuit du 13 à 14 janvier 2014, alors que le président de la République est en train de rédiger le discours qui annoncera le lancement du Pacte de responsabilité et le tournant « libéral » de son mandat. On voit poindre déjà les enjeux de son remaniement du 30 mars, avec la sortie d'Arnaud Montebourg et l'arrivée au gouvernement d'Emmanuel Macron. En panne d’inspiration, un bruit le fait sursauter. Quel est l’intrus qui a réussi à berner la sécurité ?

C’est un vieil homme, qui prétend être le baron Jacques Necker, banquier suisse et ancien ministre des Finances de 1777 à 1781 ! On dit « Necre ».  L’homme le plus puissant du Royaume après le roi.

Au fil d’une conversation surréaliste, François Hollande commence à douter : et si son étrange visiteur n’était pas fou ? Et s’il disait vrai ?

Plus la nuit avance, plus les parallèles avec le passé surgissent brutalement : économie dégradée, pression fiscale trop lourde, dettes incontrôlées, citoyens mécontents…

La Révolution est-elle pour demain ?

L’Histoire est-elle condamnée à se répéter ?

Et surtout, le baron ressuscité peut-il encore sauver la Présidence du naufrage ?

Sur le site de l’IFRAP, http://www.ifrap.org/etat-et-collectivites/livre-visite-impromptue-du-baron-necker-et-de-didier-migaud-francois-hollande, Samuel-Frédéric Servière analyse beaucoup mieux que je saurais le faire le bouquin. Le côté intéressant de son article, est la référence à la publication du 11 février 2015 de la Cour des Comptes, sur la situation du pays, notamment la dérive de la dette. Il est évident que quand nous consacrons 200 Milliards aux intérêts, alors que nous ne pouvons mettre que cent fois moins : 2 milliards, aux investissements de recherche, la dette freine évidemment toute construction de l’avenir.



Pour S.F Servière, ce n’est pas seulement le baron Necker qui visite le Président, mais aussi Didier Migaud qui s’exprime !

Tout d'abord, il n'y a pas de baisse des dépenses publiques

Lorsque Philippe Dessertine fait dire à ses protagonistes (p.126-127) : « (François Hollande) : « J'ai indiqué ma volonté aux Français qui est celle de réduire… [la dépense publique]  Pourquoi ? Pas parce que ce serait un but en soi. Je suis attaché, plus qu'aucun autre, au maintien du service public, à notre modèle social. » et la réplique de Jacques Necker « Il me semblait, Monseigneur, que je n'entendais pas les choses ainsi. Il me semblait nécessaire d'exprimer pourquoi vous devez réduire le déficit. ». Oui ! Necker appelle le Président : "Monseigneur", il a été éduqué ainsi !

Le Rapport de la Cour des comptes se penchant sur les exercices 2014 et 2015 ne dit pas autre chose : Pour 2014, les sages de la rue Cambon insistent : Pour 2014 « Compte tenu des informations disponibles en juin, il aurait été souhaitable que le gouvernement révise à la baisse les prévisions de croissance du PIB, d'inflation et d'élasticité des recettes dès le projet de loi de finances rectificative déposé à cette date. » Au contraire l'inertie opposée à conduit à ce que « fin septembre, des mesures supplémentaires de réduction des crédits [soient] devenues largement inopérantes pour l'exercice en cours ». Car beaucoup trop tardives. Il faut dire que si les prévisions avaient été révisées à temps à l'été 2014, il aurait été inévitable d'afficher un déficit public supérieur à celui annoncé et donc de prendre des mesures susceptibles de renforcer la réduction des crédits ouverts afin de baisser ce déficit majoré constaté.

Pour 2015 l'appréciation de la Cour sur les biais de pilotage des finances publiques n'est pas plus tendre.

Les économies promises ne seront pas au rendez-vous

Philippe Dessertine peint un président de la République sommé par son interlocuteur helvétique de préciser sa pensée (p.129) : « Le président poursuit sa rédaction avec une fièvre accrue. [F.H.] « Alors pourquoi faut-il réduire la dépense ? Parce que c'est le passage obligé pour réduire les déficits. » « Monsieur Necker trouvez-vous que j'enfonce assez le clou ? » (…) [J.N] « bouleverser l'État en profondeur suppose une fermeté de caractère hors de toute norme. Dans un pays comme la France il s'agit ni plus ni moins de s'attaquer à des siècles de pratiques, à des corps constitués, à des textes gravés dans le marbre, à des intérêts multiples, éclatés parfois, contradictoires souvent, mais comprenant toujours que leur seul intérêt est que rien ne bouge. »

Le Premier président de la Cour des comptes constate, « Un premier risque pèse sur la réalisation des 21 milliards d'économies annoncées en avril 2014. Ces économies sont conçues, je le rappelle, non comme une diminution de la dépense publique mais comme un effort de ralentissement par rapport à son évolution tendancielle [à la hausse ndlr] (voir p.4) ». Et fournit dans ses analyses les points de fuite que nous avions nous même constaté dans notre analyse du budget 2015 : les conséquences des baisses des dotations des collectivités locales sont d'autant plus incertaines que « rien ne garantit qu'elles se traduiront par des réductions de même ampleur des dépenses locales ». Elles devraient par ailleurs être impactées par la baisse de l'inflation puisque leur évolution « tendancielle » s'infléchit. C'est particulièrement vérifié lorsqu'il s'agit de mesures de gel : point de fonction publique, non revalorisation des retraites de base, sous-indexation des retraites complémentaires.

En définitive le gouvernement est pris avec le phénomène de l'inflation trop basse dans un dilemme : Reconnaître des marges d'économies en valeur, puisque les objectifs budgétés initialement sont surestimés, et procéder aux annulations de crédits consécutives, mais dans le même temps constater de moindres économies tendancielles en volume. Puisque la hausse spontanée anticipée est elle-même moindre que prévu.

Ne pas se laisser aller à la facilité de la dette

Philippe Dessertine est né à Rouen
en octobre aussi, mais en 63 !
Il s'agit à n'en pas douter du pire des maux car il laisse supposer que les finances publiques sont encore « pilotables » en contribuant à faire repousser indéfiniment les réformes structurelles nécessaires. C'est le supplice de l'étrangleur ottoman. Philippe Dessertine fait résumer par le baron Necker la dangerosité du viatique : « la dégradation progressive des comptes prend des années ; chaque instant qui retarde la catastrophe est regardé comme la démonstration que les changements pourraient ne pas être totalement obligés. » (…) « De même que l'excès de dette, le moment où la dépense devient intenable, ce moment, Monseigneur, est invisible. »

Encore une fois Didier Migaud dans sa présentation du rapport annuel de la Cour des comptes ne dit pas autre chose : « À cet horizon (2017), la dette publique pourrait approcher, voire dépasser 100% et l'équilibre structurel des comptes publics serait encore repoussé au-delà de 2019. Attention à ne pas se laisser abuser par le très faible niveau des taux d'intérêt auxquels l'État se finance actuellement : la dette supplémentaire que nous continuons d'accumuler va devoir être financée et refinancée pendant de nombreuses années. Et elle ne le sera vraisemblablement pas aux taux exceptionnellement bas que nous connaissons aujourd'hui. » Une constatation bien relayée par le rapport annuel qui relève d'ailleurs que jusqu'à présent « les économies de constatation sur les charges d'intérêt ont permis ces dernières années de compenser des dépenses imprévues en cours d'année et facilité le respect des objectifs d'évolution des dépenses publiques. Le gouvernement s'est donc privé d'une marge de précaution.» Autrement dit, la charge de la dette devrait être isolée (sortie) de l'enveloppe zéro volume, qui ne devrait donc comporter que le budget général de l'État (zéro valeur) et le financement du CAS pension

Conclusion

Se focaliser sur les rapprochements parfois un peu forcés entre la veille de la Révolution française et notre situation présente, ne pourrait que faire passer le lecteur à côté de l'intérêt du livre. L'auteur d'ailleurs n'insiste pas davantage sur le sujet. Si des ressemblances sont parfois frappantes, elles sont plutôt confinées à des postures et à l'exégèse d'un tempérament national de situation. On relèvera toutefois quelques croquis mordants : Turgot le libéral s'opposant point par point à Calonne le « pré-keynésien », le personnage de Necker se réservant le beau rôle de la synthèse.
Non, l'intérêt de l'ouvrage est ailleurs… il est de nous montrer que les interrogations sur le niveau des prélèvements obligatoires, sur le choix de l'endettement, la propension court-termiste pour la dépense, sont autant d'obstacles à une réforme structurelle et en profondeur de la sphère publique. La libéralisation de la croissance, la lutte contre les corporatismes et le capitalisme de connivence, les rentes de situations sont également des éléments puissants du livre, que l'auteur rapproche utilement des guildes, manufactures et autres fabriques placées opportunément dans la bouche de son ministre des finances visiteur du soir.
L'ouvrage se veut avant tout vulgarisateur des grandes thématiques sans véritablement faire la pédagogie de la réforme. C'est là la limite de l'exercice. Le voile de la fiction s'arrête devant le refus de proposer des préconisations précises, dont le pauvre baron, ne peut, bien évidemment dans un siècle où une réalité institutionnelle et des mécanismes qui ne sont plus les siens, faire qu'à grands traits les esquisses.
Pour finir laissons le dernier mot au Premier président de la Cour des comptes Didier Migaud : « Le rééquilibrage durable de nos finances publiques dépend des choix de politique économique susceptibles de renforcer le potentiel de croissance de l'économie […] l'ensemble de ces choix ne s'impose pas au nom d'une contrainte, subie ou importée (…) il s'impose, si j'ose dire, de l'intérieur si nous voulons préserver notre souveraineté, c'est-à-dire précisément notre capacité de faire des choix. » Le « Necker » de Philippe Dessertine ne saurait mieux dire. Encore faut-il que l'ombre portée du Budget de la France ne soit pas trop déformée : « les politiques de rabot ne peuvent pas tenir lieu de stratégie de redressement des comptes publics. » tance Didier Migaud ; c'est-à-dire avant tout en finir une fois pour toutes avec une politique financière faite d'annonces, d'apparences et d'expédients… bref de communication financière… ce qu'avait, pour le coup, inauguré Jacques Necker. Certaines constantes ont la vie dure.

Le livre de Dessertine ne cesse d’évoquer la fin tragique de Necker : nous sommes en 1789, et les dérives de la gestion royale précèdent la Révolution…

Quand un peuple dos au mur se retourne vers les extrêmes comme le montre la situation actuelle, entre les deux tours des cantonales ; quand la situation financière des collectivités locales ne laisse augurer qu’une nouvelle hausse des impôts locaux dès  2015. Si l’embellie due à la dévaluation de l’Euro et à la baisse du cours du pétrole voyait son terme… si les taux d’intérêt remontaient…

…la Révolution peut-elle partir d’un coup …


… quand les impôts devenus injustes ne seront plus supportables !

Necker très populaire une partie de sa vie, s’est aussi fait de nombreux ennemis : en s’attaquant à la ferme générale, il s’est mis à dos le monde de la finance ; ses assemblées provinciales lui ont aliéné les parlements ; la réduction des dépenses de la Cour, dénoncées avec complaisance dans le Compte-rendu au Roi de janvier 1781, lui a également créé de nombreux et puissants adversaires