vendredi 26 novembre 2021

Sur les traces de Sargent (7)

les Cancalaises de Sargent, avec leurs coiffes, et leurs paniers d'osier

John Singer Sargent, né le 12 janvier 1856 à Florence, et mort le 14 avril 1925 à Londres, est un peintre américain… mais il vécut essentiellement en Europe. l’Europe ce peut être l’Italie et l’Espagne, mais c’est forcément Paris… et pas si loin : Cancale ! 

dans son studio de Paris, un portrait typique de Madame Pierre Gautreau, dont la robe glisse un peu à droite : chocking !



Il commence ses études à l'Académie de Florence, puis à Paris avec le portraitiste Carolus-Duran, de 1874 à 1878, et enfin à l'École des beaux-arts de Paris. Il y suit les cours de dessin qui comprennent l'anatomie et la perspective et étudie également avec Léon Bonnat….oui … notre peintre préféré de Bayonne !  Il passe beaucoup de temps à dessiner dans les musées et à peindre dans un atelier qu'il partage avec James Carroll Beckwith, qui devient son ami et son premier contact avec le monde des artistes américains vivant à l'étranger. 

L'atelier de Carolus-Duran dispense à la fois une approche académique traditionnelle qui exige une grande rigueur dans le dessin et la couche de fond, mais aussi un travail alla prima, au pinceau, directement sur la toile, comme le faisait Vélasquez. C'est une approche qui s'appuie sur un choix judicieux des tons de la peinture. Elle permet également un épanouissement spontané de la couleur, sans être liée au dessin de la sous-couche. Cet enseignement est sensiblement différent de celui de l'atelier traditionnel de Jean-Léon Gérôme, où les Américains Thomas Eakins et Julian Alden Weir étudient à cette époque. 

Sargent devient rapidement un élève vedette. Weir rencontre Sargent en 1874 et écrit que c'est « l'un de ses camarades les plus talentueux… ; ses dessins sont comme ceux des maîtres anciens, et sa couleur est de la même veine ». Sa maîtrise de la langue française et son grand talent font que Sargent est à la fois populaire et admiré. Grâce à son amitié avec Paul Helleu, Sargent rencontre de grandes personnalités du monde artistique de l'époque, comme Edgar Degas, Auguste Rodin, Claude Monet et Whistler.

 Merci Wiki une fois encore, je ne vous raconte pas une vie intense et pleine de voyages, par exemple il visite l'Espagne en 1879. Il y étudie les tableaux de Vélasquez avec passion, s'imprégnant de la technique du maître, et réunissant des idées, au cours de son voyage, pour de nouvelles œuvres. Il se passionne également pour la musique et la danse espagnole qui réveillent son propre talent pour cet art. L'expression visuelle de cette passion se retrouve dans son œuvre El Jaleo (1882). La musique continuera également à jouer un rôle majeur dans sa vie sociale, en tant qu'accompagnateur de musiciens professionnels et amateurs. Sargent se fait également l'avocat des compositeurs modernes, en particulier de Gabriel Fauré. De voyages en Italie, il rapporte de nombreuses esquisses et idées pour différentes peintures de scènes de rue vénitiennes qui montrent les gestes et les postures que l'on retrouvera plus tard dans ses portraits. 

je ne trouve pas de tableaux des Pyrénées, mais des aquarelles ou huiles du Tyrol et du Simplon




À son retour, Sargent reçoit rapidement plusieurs commandes de portraits. Sa carrière est lancée. Il se montre immédiatement concentré et endurant, ce qui lui permettra de peindre avec acharnement pendant les vingt-cinq années suivantes. Il comble les vides entre ses différentes commandes en réalisant de nombreux portraits d'amis et de collègues. Ses manières raffinées, son français parfait et son talent font de lui une vedette parmi les nouveaux portraitistes et sa renommée s'étend rapidement. Il annonce avec confiance des prix élevés et se permet même de refuser certains clients pénibles : comme je le comprends !

Fishing for oysters at Cancale, 157 x 112cm 1878

Il a à peine 22 ans ! Je devine que depuis Paris, il vient à Saint-Malo en train ? (2) De là le tramway à vapeur l'emmène directement au port de Cancale et sa jetée. On reconnait la baie, la mer au loin, à droite en haut à cause de la dénivelée à marée basse, le phare toujours à la même place




on reconnait bien les bisquines affalées sur le côté à marée basse, et voici le phare

cette toile est à Londres à la National Gallery, comme ce serait bien de la rapatrier ici, 

(en dédommagement de l'interdiction de pêcher dans les eaux anglaises 

post Brexit) !

J'en ai trouvé une seconde, puis la jeune Bretonne au panier, peut-être y en a-t-il d'autres ?


même scène de marée basse, nous sommes sur l'estacade principale, où une bisquine s'adosse

le détail est extraordinaire, on voit au loin la côte du Mont Dol


j'ai trouvé de nombreuses études préparatoires

j'ai toujours le même panier à maquereaux




le garçon lui aussi fait l'objet d'esquisses préalables




et puis, un rayon de soleil sur la mer



la photo, c'est sympa, mais un peu plat à côté d'une toile de Maitre



en ce moment, la navigation est réduite



je décide d'emprunter le chemin des douaniers


il y a des jardins de rêve donnant sur la mer










on passe son temps à descendre et escalader la falaise


c'est un peu triste : qui va veiller sur mon beau vitrail ?




on ne verra plus John Sargent peindre les bisquines !

... et notre escale à Cancale ...

... se termine !


PS (1) : http://babone5go2.blogspot.com/2021/08/la-thangue-cancale.html

PS (2) : j'ai un problème : nous sommes donc en 1878, et le tramway St-Malo-Cancale ne sera fonctionnel qu'en 1893, quinze ans plus tard ! Comment John Sargent est-il donc vraiment venu à Cancale ?







est-il descendu à l'Hôtel de l'Europe ?


on a récemment re-découvert la voie métrique enterrée



c'est noir de monde au départ !



PS (3) : pour prolonger encore un peu ...

Il me faut me résoudre à parler Anglais ! Je poursuis mes recherches, et tombe sur le blog de  Natasha Wallace, JSS Virtual Gallery, dans lequel elle évoque ce qui pour elle est l'étranger : la France, Cancale, la mer et Sargent en 1877.


Je vous mets copie de son commentaire, passionnant puisque est évoquée Jane Jugan, il ne manquait plus qu'elle, inspirant la tenue de la Cancalaise, une bonne-soeur dit-elle, au centre du tableau.

When Sargent visited there in 1877, many of the men were away -- as they would often be through the nineteenth century -- sailing far into the ocean bound for the rich fisheries of Newfoundland, gambling big on a catch that might pay handsomely. Fathers, sons, brothers, sometimes many of the eligible men in a household might be gone for as long as six months from spring till fall. 

In their absence, and left to their own resources, the women and children could not live on promises of a Newfoundland catch alone. What they did have, however, were conditions along a coastline that were so unusual, that as far back as the Romans, the area had been harvested for oysters. 

Displayed with more than a little notice at the 1878 Paris Salon (see Road to Madame X), "Oyster Gatherers of Cancale" by a young, relatively unknown twenty-two year old American, was from the very beginning more than just a pretty sentimental picture; more than the artful handling of a cumulus-clouded sky on a beach with nameless natives; and more than just the skillful play of light in the reflective pools at their feet by a clever young foreigner; to the French who had been there; to the ones that understood the Cancalaises, this painting cut directly to an understanding beyond his years and beyond an outsider's view, right to the very inner soul of a Cancalaiser's life. 

In the summer of 1877, when the men were absent (say for a few -- see background right) the women would come down from the village, having passed the village's  lighthouse at point Cale. We are seeing a number of generations -- a grandmother, some young mothers, and children on their way to the oyster beds, baskets in hand and children in tow. They wear the traditional dress of the white headscarf and wooden shoes. The center women, dressed in black, appears to be in a nuns habit similar to what was worn by Jeanne Jugan who founded "Les Petites Sœurs des Pauvres" (little sisters for the poor) in Saint-Malo. 

Jeanne Jugan (Cancale 1792 Saint-Malo 1879), artiste inconnu

Although impressionistic and with the method of Carlous-Duran that painted figures with little to no drawing and outlining, the spontaneity of figures and freshness of his brush belies the very calculated composition that Sargent presents. Back at his studio in Paris, he worked relentlessly on this pulling a whole host of sketches together -- starting -- stopping -- pacing back and forth with that manic energy -- frustrated  -- a hand pulling on his beard -- a furrowed brow -- muttering under his breath -- pitching the entire thing and re-attacking again until he could do it from his gut -- quick -- fresh strokes -- sure and unquestioning -- until  . . . .Until he had exactly what he wanted. 

For Sargent, "Oyster Gatherers of Cancale" would forever be a seminal moment in the evolution in his art. What he would learn here, he would use over and over to teach students at the Royal Academy in later years. The matrix of complexity from composition, to handling of paint, to the power of light were all here! For Sargent, "Oyster Gatherers" defined his style. Nothing was left to chance. Nothing replaced hard work. Nothing excused anything short of a total understanding and empathy for his subject. And nothing -- NOTHING -- substitute practice -- and more practice until his brush was the completely-tuned extension of his mind. 

Note : Special thanks to Madeleine Bruchet, who's parents lived in Cancale, and a friend of the JSS Gallery, and for her big help with this page on Cancale.


cette Natasha est étonnante : elle me ressort deux scoop's ! !

_le premier est é-nor-me

a street in Brittany...

... est tout bonnement ... une rue de Cancale !


le peintre est Stanhope Alexander Forbes, (1857-1947) nous sommes en 1881

Il ne s'arrête pas là, et peint ces enfants sur la plage



Sotheby's qui naturellement a vendu ce tableau le 12 juillet 2018 à Londres (lot 73) £50.000 ...précise : "According to Professor Kenneth McConkey this picture was painted during Stanhope and Elizabeth Forbes' painting trip to Brittany in 1891 and most likely depicts the beach at Cancale where they spent most time. Elizabeth commented : -« Cancale has certain features in common with our Newlyn... Whosoever loves the Cornish soil must perforce feel drawn towards the Breton land, of which, if one believes the old legends, it once formed a part. » (Mrs Lionel Birch, Stanhope A. Forbes, A.R.A. and Elizabeth Stanhope Forbes, A.R.W.S., 1906, p.44)"

enfin, un marin !



le détail des fonds est extraordinaire, on voit même le moulin proche de la pointe des Roches Noires


deuxième scoop avec un autre peintre, John G.E.Senechal de Herdreve

je n'arrive pas à savoir qui il est !


toujours pas terminé : Madeleine Bruchet a envoyé à Natasha des cartes postales jamais vues !




j'ai cru comprendre que Madeleine Bruchet avait trois ans en 1951

elle aurait donc 73 ans aujourd'hui ! 

comment la remercier ?




le musée s'agrandit, et prépare de nouvelles collections

retour indispensable en 2022 ...

... sur les traces des peintres de Cancale ?

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