samedi 1 septembre 2018

Le pain bio de Roland Feuillas



Je vous emmène aujourd’hui dans les Corbières, dans l’Aude, à Cucugnan, le village du légendaire Curé. À Cucugnan, dans l'Aude, la foi n'est plus présente. Le curé raconte dans un sermon qu'il a rêvé qu'il allait au Paradis puis au Purgatoire et n'y trouvait pas les habitants décédés de Cucugnan ; il les a trouvés en Enfer ! Il fait alors le projet de confesser tout le village et de redonner la foi à tous les habitants : c'est le thème de la célèbre lettre d'Alphonse Daudet, dont l'origine se trouve ici même, on dit même qu'il s'agissait de l'abbé Ruffié !

En 1930,  peu enclin à exposer la Vierge de son église (sa Vierge est … enceinte !), il  envoie la statuette à Carcassonne, à la Conservation départementale des Antiquités et Objets, « à cause de son attitude spéciale, en considération de laquelle il ne pouvait en faire étalage à ses paroissiens. »

vous voyez que ma petite histoire commence bien !

Elle est rapatriée en 1945, sous la pression des paroissiens, suite à une violente tempête de grêle sur le village. Ce retour est provisoire. En février 1958, la statue part à Lourdes pour prendre place dans une exposition sur les Vierges Pyrénéennes à l’occasion du centenaire des apparitions. Revenue en l’église de Cucugnan, elle est victime d’un vol en 1981, puis récupérée par hasard et par chance (pour moi il s’agit d’un miracle), dans une consigne de la gare de Lille.




















Depuis, la Vierge de Cucugnan veille sur son village, dans l’église Saint-Julien-Sainte-Basilisse, couple modèle pour l’Eglise catholique (car resté chaste, mais du coup sans descendance... contrairement à la Vierge, bref !). Elle est classée Monument Historique depuis le 25 février 1959.


De style néo-gothique, le chœur et les chapelles de l'église accueillent également un ensemble de statues en bois du XVIIe dont celle de Sainte Agathe, la patronne du village.

Je ne vous parle pas (à regret) de Sainte Agathe de Catane, qui aurait elle aussi voulu rester vierge, et subit le martyre d'être jetée dans un lupanar par ce salaud de Quintien proconsul de Sicile, mais fut finalement sauvée et vengée par une éruption de l'Etna... bref !

On voit de loin, depuis précisément le château de Quéribus, le village de Cucugnan :  le paysage sauvage des Corbières est parfait pour abriter des écailles, je parle bien entendu de mes chers papillons) et j’ai soulevé autrefois bien des blocs de pierre à la recherche de chenilles poilues de Cymbalophora pudica cachées dessous (1). Blotti entre les citadelles de Quéribus et de Peyrepertuse, Cucugnan jaillit d’un mamelon cerné par un tapis de vigne. Il respire la sérénité et invite à l’insouciance.


mes terrains de chasse en haut dans le rocher



Tout en haut du village, un moulin à vent est bâti à même le rocher en pente, au-dessus de trois anciennes aires de battage. Il témoigne d'une polyculture où le blé tenait une place prépondérante, pour ce village aujourd'hui cerné par les vignes. Il appartient au seigneur de Cucugnan jusqu'à la Révolution. Il est en ruines en 1838, comme le montrent de vieilles cartes postales éditées par Delcampe (dont on ne peut se passer, pour décrire le passé, comme on ne peut se passer de Googlemap, pour illustrer le présent).









C’est là qu’intervient notre Roland Feuillas.




Aujourd’hui, les journaux, la Croix par exemple, le décrivent comme « un paysan boulanger. Il fabrique et vend son pain à Cucugnan. Il y cultive également plus de 120 variétés de blés et participe ainsi à la préservation de la biodiversité. Son approche est sous tendue par la volonté de proposer un pain vivant ». Comme il souhaite pouvoir transmettre son savoir aux apprentis boulangers, il a lancé une Ecole du pain.






Dans cette histoire de vocation, l’ancien ingénieur-informaticien (ça lui sert toujours !) la boulangerie n’est qu’un prétexte. L’excuse d’une vie. Je reprends le début de l’article d’Ysis Percq dans la Croix du 16 mai de cette année : «Le Paysan boulanger à Cucugnan Roland Feuillas a fait de son métier un état d’esprit. La fabrication du pain gouverne sa façon d’agir au quotidien, de nourrir son prochain, d’envisager l’existence comme un miracle de la nature. Perché au sommet de ce petit village, rendu populaire par Alphonse Daudet dans Lettres de mon moulin, Roland Feuillas ne fait pas que du pain. Derrière cette symbolique nourricière, il s’intéresse à une chaîne complète, depuis le choix de la semence de blé jusqu’à la digestion du pain par ses clients. Ainsi, dans son fournil, les pains sont systématiquement remis dans leurs « langes » à la sortie du four afin que les micro-organismes agissent en faveur d’une meilleure digestibilité. Cet artisan en impose. Par sa corpulence, par sa voix ferme et ses mots choisis sans détour".

C’est ainsi qu’en 2003, le moulin est réhabilité.

Remis en exploitation en 2006, les activités de fabrication de pain, biscuits, tartes boulangères reprennent.


Reste à boucler la boucle : revenir à Paris : Ils sont plusieurs à rêver de réintroduire l’alimentation saine à base de pain bio dans la capitale et aussi dans le monde : Alain Coumont, restaurateur reconverti à la boulangerie ; Cédric Naudon … Feuillas rêvait de cette vitrine parisienne depuis plusieurs années.

Fournil des Champs est installé au sous-sol du 68 rue Pierre Charron, Paris 8è, et fait venir un peu d’Aude à deux pas des Champs-Elysées. L’unité du Pain Quotidien installée ici jusqu’alors a été transformée autour d’un nouveau concept en très peu de temps, et propose des produits rustiques et aux fortes connotations de terroir. Cela fait bien écho au pain qui est maintenant fabriqué ici : de belles pièces aux parfums vifs de céréales fraichement moulues…

.. avec les meules d’un vrai moulin à vent

... fournisseur de la Vierge -enceinte- de Cucugnan

il faut bien qu'elle donne à son fils

son  bio-pain quotidien !




achetez le bouquin !




de Cucugnan à Paris




PS (1) vous voulez savoir à quoi ressemblent ces chenilles ? On les trouve cachées sous des pierres (qu'il faut lever puis remettre en place, comme quand on cherche des étrilles à marée basse), l'avantage est que cela se fait en hiver, quand il n'y a rien d'autre à faire. Elles sont lovées en boule :



et voici l'adulte :



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