lundi 8 février 2016

Qu’ils s’occupent de leurs oignons !

On dit Oignon avec un i. L’origine ? du latin populaire ūniōnem, accusatif de ūnio (chez Columelle : « sorte d’oignon qui n’a pas de caïeux »). Voilà l’origine du i. On rattache unio à unus (« un ») parce qu’à la différence de l’ail, (avec un i), l’oignon a un bulbe unique. En Gaule du Nord, unionem a supplanté le latin classique caepa, conservé partout ailleurs (occitan, et catalan : ceba, espagnol : cebolla, italien cipolla, portugais cebola, roumain ceapă) ; voir ciboule, ciboulette, qui sont d’origine provençale.

En ancien français, le graphème -ign- notait le n palatal (\ɲ\) : besoigne (« besogne »), estraigne (« étrange »), montaigne (« montagne »), etc. avant d’être simplifié en -gn-. Nous gardons trace de l’ancienne notation dans seigneur et oignon.

Là où notre affaire se complique encore, c’est que l’oignon selon Linné, se dit : allium cepa, famille des aulx, et genre cepa, confirmant le latin classique qui précède.

Les rectifications orthographiques de 1990 recommandent d’écrire ognon sur le modèle de agneau ou rogne : ils suppriment le i. Comme le disait le célèbre fondateur d’Apple, -« ceci est une révolution » !

Plutôt une diversion caractérisée (avec un i). Il est certain, qu’en pleine période de crise, sans solution véritable pour faire face au chômage, au terrorisme, il faut rassurer les fauteurs de l’orthographe classique en leur facilitant la rédaction de leurs commandes chez leur Drive préféré : il sera plus facile de commander une botte d’ognons que d’oignons !

Pas de controverse sur l’utilisation magique de cette plante : on peut la mettre à toutes les sauces, elle constitue un accompagnement parfait pour des tas de recettes, je pense toujours à mes célèbres coquilles Saint-Jacques à l’oignon.


« Piquez votre foie de veau de gros lard assaisonné ;  foncez une braisière de bardes de lard ; mettez-y le foie avec des carottes, un bouquet garni, des oignons, […]. — (Alexandre Dumas, Grand dictionnaire de cuisine, Paris : Alphonse Lemerre, 1873)

On peut soi-même souffrir d’oignons aux pieds, et la chirurgie adore vous immobiliser chez vous trois semaines, après vous avoir ôté les excroissances douloureuses qui vous empêchent d’enfiler vos chaussures.

Il existe une situation délicate à décrire, où l’oignon désigne une partie personnelle de votre intimité, située sur le fondement, et mise en exergue par les conséquences collatérales du mariage pour tous. Voici une citation trouvée sur wikipedia, que je n’aurais jamais osé publier si ma source n’était pas aussi prestigieuse : « Les feuilles éparses autour des crottes m'incitèrent à croire qu'il avait même pris le soin de se torcher l’oignon ». — (Jean Delou, Le safari sanglant, Éditions du Scorpion, 1961)

« L'Alsacien renvoya plaignants et accusé dos à dos, se contentant de noter que Lemoine ne disait pas que des conneries, bien qu'il eût tendance ces derniers temps à péter un peu plus haut qu'il avait l'oignon ». — (Antoine Bello, Mateo, 2013 ; collection Blanche)


Une curieuse interprétation fait de l’oignon une montre de poche, montre à gousset.

« Trique tira un oignon de sa poche, le consulta, répondit : — Eh! mais… il devrait être ici ». — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)

« Il essaya de tirer sa montre, son gousset était déjà plein de terre, son père avait gagné cet oignon au Tir fédéral de 1887 ». — (Catherine Colomb, Les Esprits de la Terre, 1953)

Enfin, oignon peut signifier : « Ce qui concerne ou regarde quelqu'un en personne ».

« Que les Popov continuent à chier sur des poutres verglacées et à se torcher le cul avec une poignée de graviers, c'est leurs oignons. Mais moi, j'en ai marre »! — (Sven Hassel, Les Forcenés de l’Enfer, 1971, traduction française Paris : Presses de la Cité, 1981)

« Pourquoi diable poses-tu toutes ces questions ? C'est pas tes oignons,ce qu'on fait et avec qui on le fait ». — (Glen Cook, Garrett, détective privé, vol.4 :Chagrins de ferraille, L'Atalante, 2007, chap.4)

« Les oignons de l’Église, ça devait être, sans doute, pour le général, les sacristies sentant le moisi, les nonciatures, les pastorales d'ensemble, et tout notre bazar extérieur. Manque de pot, l'immense chantier de l’Église est partout ailleurs. » — (Guy Gilbert, La Rue est mon église, Stock, 1980)

 On peut dire aussi : « aux petits oignons » (bien fait, avec beaucoup d’attention) ; couvert comme un oignon (chaudement vêtu) ; en rang d’Oignon, en rang d’oignons, en rang d’oignon ; gnon ; j’ai beaucoup souffert en Bretagne de l’oignon de Roscoff. A ne pas confondre avec l’oignon d’hiver, l’oignon doux des Cévennes ; l’oignon frais, l’oignon nouveau,

Si nous nous occupions uniquement de nos oignons !

s’ils ne se mêlaient pas des nôtres (oignons) !

Nous serions beaucoup plus tranquilles :

Cessez de nous  titiller l’oignon !


Occupez-vous du vôtre !

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