mardi 4 septembre 2012

Valentine, pas que du bleu,





Nous connaissons Valentine par la Villa gallo-romaine d'Arnesp (villa constantinienne du IVe siècle). Grâce à son épitaphe, conservée au Musée Saint-Raymond de Toulouse, le nom du propriétaire nous est parvenu : Nymfius. Séréna, son épouse (aimante) beaucoup plus jeune que lui (c’est l’apanage des hommes illustres de s’unir à une jeune femme, voyez Johnny) lui a consacré une énorme épitaphe, où elle dit tout le bien qu’elle pense de lui (il a du lui laisser un héritage conséquent). On pense qu’elle était chrétienne car elle lui souhaite la vie éternelle. La Villa gallo-romaine de Valentine, ainsi que le prieuré médiéval d'Arnesp qui lui est attenant, ont été fouillés par Georges Fouet, le grand archéologue commingeois qui est par ailleurs le découvreur de la Villa gallo-romaine de Montmaurin.

Dans le site funéraire d'Arnesp se trouvait, entre autres, un petit cimetière wisigoth. Vous vous souvenez, l’histoire de Gaudentius ?  Décapité par un barbare ? Un Wisigoth ! Les Wisigoths meurent aussi, et finissent dans un cimetière ! Ainsi que leurs épouses car ils en ont évidemment. Et ils leur offrent des bijoux. Dans la tombe d'une femme, fut trouvée une parure de bijoux, comprenant entre autres une plaque-boucle, à tête d’aigle, inspirée d'art scythe, qui serait d'origine gépide donc danubienne. Je vous rappelle que les Gépides sont un peuple germanique, proche des Goths, qui était installé en basse Vistule, puis au centre de l'Europe (bassin des Carpates, 269–670) durant le haut Moyen Âge.


Les Gépides sont mentionnés pour la première fois par une source latine durant l'année 269. À cette époque, leur roi est Fastida, ils menacent la Dacie romaine. Ils chassent devant eux les Vandales et attaquent les Wisigoths qui les avaient précédés dans la région.

En 451, lors de la bataille des champs Catalauniques, les Gépides, vassaux des Huns, combattaient sous les ordres d'Ardaric : celui-ci avait vraisemblablement été mis au pouvoir par Attila.


Aucun rapport avec le fait que l'ancienne Mairie soit la maison familiale du Maréchal Foch, né à Tarbes. Ni que la voie ferrée passe sur un superbe pont Eiffel.

 Tout cela pour vous dire que Valentine est illustre. Mais son titre de gloire le plus grand, est l’histoire du bleu, du bleu cobalt et de l’or de ses porcelaines.

Nous sommes en 1830, et la famille Fouque-Arnoux construit une manufacture : il y a là la force motrice d’un moulin alimenté par un canal dérivé de la Garonne. Les forêts pyrénéennes pour allumer le feu (toujours Johnny) ; du kaolin ; et jusqu’à 250 ouvriers. La production est superbe, et se poursuit jusqu’en 1878. On peut admirer en ce moment la collection de Pierre Ducos, grand collectionneur disparu en 2011. Magnifique !











































Nymfius ressemble vraiment à Sénèque !


Que de belles choses…

… si l’on creuse un peu…

…l’histoire !


c'est la fête à Gaudens

La plaine de la Garonne est à la cote 356m, cote de la Villa romaine de Valentine. Pour accéder à l’oppidum sur lequel est bâti Saint-Gaudens, il faut aller à 401m soit 45m plus haut. C’est ce dénivelé qui justifie la célèbre côte du circuit automobile du Comminges dans les années 1928. Partout, cette côte au-dessus de la Garonne crée la même falaise parfois escarpée. Du coup, sortent en bas des résurgences, des sources, qui créent des zones détrempées où il faut mettre les bottes, comme la « source du bourreau » !


Est-ce l’origine du patois : Caoué : Crotté, mouillé; « J'ai été surpris par la pluie et je rentre tout caoué » qui est à l’origine du lieu-dit Caoue ? Entouré de sources d’eau, celles-ci sont canalisées vers la vallée et disparaissent rapidement. Mais elles créent toujours localement un site humide et détrempé, qui menace les fondations de la chapelle.

Un peu plus loin, existe un petit reposoir avec la statue de Saint-Pierre : un Montjoie. Le nom vient de "Mons Gaudii, proprement «montagne de joie; paradis»; nom donné par les pèlerins à la montagne de Rama située au nord-ouest de Jérusalem.  « Montjoie » est aussi le cri de joie des pèlerins apercevant la ville sainte. C’est devenu un cri de guerre au Moyen Âge. Mais c’est aussi un "monticule ou tas de pierre », comme son équivalent sémantique espagnol mojón, qu'il n’est pas sans rappeler. Peut-être descendrait -il du même étymon que moellon, à savoir le latin mutulus.



Nous sommes lundi 3 septembre, à la chapelle de la Caoue, construite en 1893 dans ce lieu détrempé. Pile au-dessus de la fontaine du bourreau. Je vous fais remonter le temps : nous sommes en 475, c’est la fin de l’Empire romain. Vous n’avez pas oublié le 4 septembre 476, date de l'abdication de Romulus Augustule, dernier empereur de l'Empire romain d'Occident, qui signe en effet ce tournant de l’Histoire. Les wisigoths sont descendus de leur Nord froid, et sont venus chercher le bonheur dans le sud. Ils arrivent de Lugdunum Convenarum qu’ils ont mise à sac, et s’attaquent à l’oppidum du coin, où ils tombent sur un jeune berger entouré de ses moutons.

Il a treize ans. Se nomme Gaudentius. Qui dit mouton dit ravitaillement, puis méchoui. Euric (ou Evaric), le roi des barbares, demande à Gaudentius d’adjurer sa foi chrétienne. (Comme s’il était obsédé de religion alors qu’il ne pense qu’à bouffer et violer entre parenthèses). Gaudens (qui ne comprend pas le wisigoth) refuse. Le roi ordonne à un soldat de lui trancher la tête. C’est lui le bourreau, et il lave plus tard son épée dans la source. Gaudens ramasse sa tête tranchée, la pose sur le monticule de pierre proche, qui deviendra le reposoir dit Montjoie. Et il continue de filer ainsi débarrassé vers la chapelle du Mas Saint-Pierre, aujourd’hui le Centre Ville, dont il ferme la porte. Le meurtrier le poursuit à cheval, et tente de forcer la porte en faisant tourner sa mouture, et en la faisant ruer dans la porte où apparaissent les marques des fers (du cheval). On ne sait pas ensuite comment Gaudens récupère sa tête, toujours est-il que ce miracle en fera un Saint. Saint-Gaudens. Le voici dans la Collégiale avec sa tête récupérée. Ouf ! Quelle histoire !




Une variante de la légende affirme que l’envahisseur serait Sarrasin (intégriste vraisemblablement) Abd-el-Rahman. Sinon, les autres épisodes de l’histoire sont analogues.  L'évêque expulsé de ce qui est aujourd’hui Saint-Bertrand de Comminges, où l’on trouve bien une église paléochrétienne,  se réfugie alors dans la même chapelle.  Une communauté religieuse se forme. Une église et un monastère sont construits vers le VIIIème siècle, les religieux suivant les règles de vie de saint Chrodegand. Ce qui était à l’époque un bourg prit son nom actuel au IXème siècle, Castrum Sancti Gaudentii, en raison du culte développé autour du martyr, et de sa mère, Quitterie.

 





Au XIème siècle, la communauté religieuse se donne le statut de chapitre collégial. L'église, est reconstruite en s'inspirant de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse (en plus petit quand-même). On conserve le gros œuvre des débuts de la construction de 1084, on commence à édifier les tribunes dans les deux premières travées du chœur. La voûte est surélevée. Des tailleurs de pierre venus d'Aragon et de Navarre sculptent les chapiteaux de la deuxième travée du chœur. Entre 1180 et 1185 on édifie au sud de l'église le cloître. L'évêché du Comminges est à son apogée : il s'étend du Val d'Aran à Muret, de l'Isle en Dodon à Saint-Lizier avec évêchés, riches abbayes, châteaux comtaux, seigneuries et premières villes autonomes. Il tient sa place entre ses puissants voisins comme le Comte de Toulouse et le roi d'Aragon.

















En 1160, l'hôpital des chevaliers de Saint Jean de Jérusalem est créé. Une charte de coutumes est accordée par Bernard IV, comte de Comminges aux habitants en 1202 (elle sera confirmée en 1345). En 1212 puis en 1216, la ville accueille les croisés de Simon IV de Montfort. Le XIIIe siècle est une période où la cité devient une place marchande. L'absence de fortifications se fait sentir et des défenses sont érigées (sous la forme de murailles et de fossés, avec deux portes).


Le pape Clément V, ancien évêque du Comminges, rend visite à la ville le 13 janvier 1309 et reconnaît dans une bulle du 20 janvier le caractère authentique des reliques, tout en accordant de nombreuses indulgences pour encourager les pèlerinages au sanctuaire.

Le XIVe et le XVe siècle sont marqués par une crise économique assez profonde en raison de guerres (guerre civile, guerre étrangère). La ville subit ensuite les outrages dus aux guerres de religion, malgré les travaux entrepris pour compléter ses défenses au XVIe siècle (une seconde enceinte munie de cinq portes est construite suite à la croissance des faubourgs hors les murs) : le 2 août 1569, la ville est prise par les huguenots menés par le comte de Montgommery. Les archives de la ville sont incendiées, l'église et le marché sont saccagés et pillés. Une partie des reliques est cependant sauvée en étant mise à l'abri dans l’église voisine de Mondavezan. L'arrivée du maréchal de Matignon permet aux catholiques de reprendre la ville peu après.

À la Révolution, en 1791, l'église désaffectée est vendue comme bien national. Le cloître est démoli pour servir de carrière de matériaux. L'église est rendue au culte en 1804. La collégiale sera restaurée progressivement à la fin du XIXème siècle. La toiture à deux pentes est remplacée par un toit à décrochements suivant la nef et les bas-côtés. La base carrée du clocher est rehaussée pour lui donner son aspect actuel. Le cloitre est vendu à des collectionneurs américains, avant d’être reconstruit avec des vestiges mis de côté ou reproduits.


La collégiale présente une nef à collatéraux, avec une longueur totale de 40 m, une largeur de 21m, et une hauteur sous voûte de 16 m. Saint-Sernin mesure 115m !  La nef se compose de cinq travées inégales, sous une voûte en berceau sur doubleaux reposant sur des piles cruciformes, avec des colonnes entre les grandes arcades et vers la nef, et un pilastre vers les collatéraux, qui sont, eux, voûtés en quart de cercle.

Trois grandes tapisseries des Gobelins, signées Guillaumichon, ornent les murs. L’une d’elles représente le martyre de Gaudentius, et nous montre la Caoue en 475. On devine les fortifications créées depuis, et la collégiale. L’endroit n’a qu’à peine changé. Ce sont les mêmes vaches. Et la source du bourreau coule toujours.

















En 2013, on a prévu de fêter les 120 ans de construction de la chapelle. Les vitraux du verrier toulousain Gesta devraient être refaits. Si toutefois on trouve les crédits pour ? Finalement, il vaut mieux vivre en 2012 (avec la crise) que dans les années 475, avec ces terribles barbares germaniques … !

Rendez-vous au 3 septembre…dans un an !


Radovan Richta (1924 - 1983), philosophe Tchèque, soutient que la technologie est le ressort de l'histoire. Aussi défend-il l'idée que l'utilisation du fer à cheval par les tribus barbares à partir des années 200 a modifié l'équilibre militaire de la Pax Romana, et a participé à la chute de l’Empire. Cette histoire de ruade et de marque de fers dans la porte est donc tout à fait pertinente !

pompier for sale

Je vous ai déjà parlé de Bertoia auction, et de la profusion des Brepsomn à vendre aux Etats-Unis. Je suis tenté de céder, d'enchérir, d'espérer un package (20% ? ?), des frais d'envoi (20% pour une expédition internationale), des commissions pour les commissaires priseurs (20%) ; des taxes à l'importation (20% de TVA)......un prélèvement sur je ne sais quelle carte bleue car ces Messieurs ignorent Paypal....toutes ces complications m'arrêtent....sans doute est-ce dommage !

Reste la photo, car il n'y en a pas d'autres. Rien d'extraordinaire sur ce pompier bien français, mais cette fois le rouleau arrière possède des roues de charrette...et puis, j'y avais bien pensé mais pas (encore) trouvée : la cloche...the bell !




... encore une variante !

P S : on retrouvera mon propre pompier (avec son rouleau et sa remorque) aux adresses :

PSM toujours mieux !


Je vous ai déjà parlé de l’Atalante 1/8° de Laurent Pierson. Est-il possible de faire mieux ? YES !  Je suis retourné sur son site, et il a encore avancé : se basant sur les blocs taillés grâce à la DAO en relief, il a esquissé les formes définitives de son modèle, en l’équipant d’esquisses d’ailes !

même technique qu'en vrai

Le résultat est toujours plus extraordinaire, et se rapproche un peu plus encore de la forme définitive.



Beau comme un scanner !

je sais : celle-ci est décapotée, mais je l'ai présentée pour la beauté des ailes


PS : 

samedi 1 septembre 2012

La Abuela


On aurait aussi pu dire aussi : « el Abuelo » au masculin. Ou plus familier : « la Abuelita ». Mais c’est plus sobre de dire « la Abuela » : la grand-mère. Le symbole du foyer, de la douceur familiale ; des traditions. Des liens particuliers avec les petits-enfants. Des soupes  extraordinaires, avec des citrouilles, symbole de temps oubliés. Du bon café. Des recettes disparues. On peut tout dire à sa grand-mère. Elle sait cuire le jambon de Bayonne épais avec moitié de gras pour faire une litière fabuleuse aux œufs au plat. Des pâtés de lièvre disparus. Des travaux d’aiguille ; des tricots ; des ouvrages de couture ; des dentelles. Des tartes.


















Pour retrouver nos abuelas, nous partons pour Vielha, en remontant la Garonne, simple torrent tumultueux. A l’hôtel d’Aran, avenida Castiero. Sur l’escalier, trône la Abuela, tricotant son éternelle pelote de laine. Elle porte des lunettes un peu modernes pour son âge. Elle est grandeur nature, en bronze, âme de cette maison familiale, qui reçoit les voyageurs depuis des dizaines d’années.



















La cuisine est typiquement grand-mère, à Lyon on dirait que c’est une « mère ». Le cuisinier vient de Gallice, c’est  « l’hombre qui parle à l’ouïe des poissons ». Nous avons beau être en montagne, le poisson est frais, transporté directement de la côte Est. La paella délicieuse, et avec la côte d’agneau grillée, les frites sont moelleuses à souhait.


Pour les Français nombreux, le service commence à midi et demie, dans une ambiance de vieille ferme, le plafond recouvert d’anciens outils agricoles ; de chardons séchés ; de céramiques et autres souvenirs. A l’entrée trônent deux boites des papillons du coin, pour montrer que la nature est toujours présente. Comme dans tout bar, il y a des vitraux avec des edelweiss. Va savoir pourquoi, une énorme maquette de trirème à l’entrée, pour nous rappeler nos origines romaines sans doute ?

 










































































Un peu plus loin, la municipalité a posé sur le trottoir un ours grandeur nature en cuivre. Nous revenons par Saint-Béat, occasion de passer sous le porche du Crédit-Agricole, pour découvrir la plage, quand on pense que les Romains y embarquaient les colonnes de marbre, destinées à Saint-Bertrand de Comminges !







Un amical : "Ola,  Abuela" !