jeudi 15 novembre 2018

Le canot de l'Empereur : retour à Brest


Hier soir, le Président s'adressait à nous depuis le pont intérieur du porte-avions nucléaire Charles de Gaule. C'est là que l'on peut toucher du doigt le progrès accompli depuis deux cents ans : Napoléon s'était fait construire un simple canot à rames, certes décoré d'un Neptune en or véritable, mais mu par la seule force des rameurs : le canot de l'Empereur. Une nouvelle inattendue pour les modélistes navals (je suppose que l’on ne dit pas « navaux ») : le fameux canot de l'Empereur Napoléon 1er est revenu ... à Brest !




















Toute mon enfance, j’ai lu et relu le catalogue STAB, qui listait les pièces à vendre, permettant de construire soi-même la célèbre maquette. Je tombe sur la vente OSENAT du 15 juin 2014, que j’ai ratée évidemment, où je trouve cette annonce :  «  Rare maquette du canot impérial réalisée par Monsieur Pierre Paris. Sous-verre ».






Je n’ai plus qu’à citer le texte de l’annonce : « Oeuvre originale: Canot de l'Empereur, 1810, Palais de Chaillot, Musée national de la Marine, Paris. A l’heure même où j’écris ces lignes, l’Histoire a changé, le canot, le vrai, est revenu à Brest. Je reprends : « Historique: Sa construction a été décidée dans le plus grand secret au printemps 1810, lorsque l'Empereur proposa de se rendre à Anvers pour visiter l'arsenal, dont il avait ordonné la création quelques années plus tôt. L'ingénieur Guillemard fournit les plans du canot, tandis que le maître Théau, originaire de Granville, en supervise la construction. Les éléments décoratifs sont confiés au sculpteur anversois Van Petersen. En 21 jours seulement l'embarcation est prête. Elle mesure plus de 18 mètres de long: le tiers arrière est dominé par un rouf spacieux destiné à accueillir les personnalités, tandis que les rameurs occupent tout le reste de l'espace. Son décor est alors assez sommaire.



Le 30 avril 1810, le canot d'apparat fait une entrée remarquée dans Anvers : Napoléon et la jeune impératrice Marie-Louise sont à bord, accompagnés du maréchal Berthier, du ministre de la Marine Decres et de l'amiral Missiessy, commandant l'escadre de l'Escaut. Un véritable cortège naval les entoure. Pendant plusieurs jours le canot assure les déplacements de l'Empereur qui visite le vaisseau amiral Le Charlemagne, assiste au lancement spectaculaire du Friedland et inspecte l'ensemble de sa flotte.





En 1814, le canot est expédié à Brest. Son ornementation est complétée mais reste sobre, avec un aigle a la proue. Puis il subit de nouvelles modifications dans sa décoration avant la visite à Brest de Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie en 1858. C'est de cette époque que datent les éléments sculptés actuels, notamment la figure de proue représentant Neptune, le groupe arrière avec les armes impériales et, surmontant le rouf, une grande couronne soutenue par quatre angelots. Même les rames sont ornées de somptueux motifs peints. Destiné à l'oubli, le Canot de l'Empereur aurait pu finir sous les bombes qui anéantirent Brest à la fin du deuxième conflit mondial. Le miracle veut que le musée de la Marine soit alors en cours de constitution au Palais de Chaillot. L’espace n'y est pas compté : l'embarcation impériale peut en être le fleuron.






Sous la protection des autorités allemandes, le canot quitte Brest le 9 mai 1943. La traversée de Paris en camion est un vrai spectacle pour les badauds. Toute l'opération est contrôlée, mesurée, minutée, mais à Chaillot rien n'est prévu pour permettre au canot d'entrer dans le musée : les portes sont trop étroites ! Plus de deux années de négociations vont être nécessaires pour trouver une solution. Enfin, en aout 1945, une énorme brèche est pratiquée dans le mur du Palais de Chaillot et, tout doucement, le canot impérial entre dans le sépulcre dont il ne sortira sans doute jamais. La restauration complète du Canot a été effectuée en 2002-2003 avec le soutien de la Fondation Napoléon.

Il ne faut jamais dire : « jamais »,

puisque le canot a rejoint Brest ces derniers jours

et il n’en sortira désormais ...

 jamais !