samedi 6 décembre 2014

Un trésor… de 60 voitures !


Elle gît là depuis des dizaines d’années. Une simple Ford Taunus. Rangée à côté d’une Georges Irat et d’une Porsche 356, elle partage son destin de belle endormie avec de véritables chefs-d’œuvre de l’histoire de l’automobile. Imaginez: une belle demeure de campagne à l’abri des regards, dans le Sud-Ouest (on n’en saura pas davantage) ; un grand parc arboré… et à l’arrière, sur trois hectares, des abris "de bric et broc" sous lesquels s’accumulent des automobiles (souvent rouillées).

A quelques mètres, dans un désordre invraisemblable, (curieux de la part d’un collectionneur passionné et de ses enfants) de hangars rouillés et brinquebalants, sommeillent des exemplaires uniques de Talbot Lago, d’Hispano Suiza et de Delahaye. Des modèles rarissimes, que vont s’arracher les nababs de ce monde à la prochaine vente d’Artcurial Motors au Salon Rétromobile le 6 février prochain.

Une fois de plus, Artcurial Motorcars frappe fort. Après ses ventes exceptionnelles tout au long de 2014, Rétromobile, Le Mans Classic et autres Automobiles sur les Champs, qui lui assurent de battre le record de 2013, Mathieu Lamoure, directeur d’Artcurial Motorcars, et Pierre Nivikoff, spécialiste automobile, viennent d’exhumer une collections de 60 automobiles !


 A l’abri dans un garage un peu mieux fermé que les autres, les spécialistes vont tomber sur les deux pièces maîtresses de "sortie de grange", en bon état de conservation: une des trois Maserati A6G Gran Sport carrossée par Frua de 1956. Elle est estimée de 800.000 à 1,2 million d'euros. Et, sous des piles de journaux, une Ferrari California châssis court, phares carénés… ayant appartenu à Alain Delon et ayant joué dans "Les Félins" en 1964 avec Jane Fonda ! Estimation: 9,5 à 12 M€ !
















"les félins, Antibes 1964"




L’origine de cette collection ? Il s’agit d’un trésor amassé par Roger Baillon, dans les années 1950, un entrepreneur dirigeant une société de transport basée dans l’ouest de la France. Passionné d’automobiles, il a même exposé au Salon de Paris un roadster de sa propre fabrication !



C’est dans le but de sauver le patrimoine automobile et de se constituer un véritable musée qu’il a amassé au cours des années plus d’une centaine de voitures. Mais avant de pouvoir les restaurer, son activité professionnelle subit un revers. Il se sépare d’une cinquantaine de voitures. Le reste de la collection reste figée… jusqu’à la découverte d’Artcurial !




j'ai passé ma confirmation dans les années 50 dans cette Panhard et Levassor avec ses vitres latérales  arrondies 



"Depuis la révélation de la collection Schlumpf de Mulhouse, dont Maître Hervé Poulain était l’expert, jamais une telle réunion d’automobiles emblématiques n’avait été dévoilée, mais plus encore, dans un tel état d’origine!" explique Mathieu Lamoure. "Nous invitons le public de Rétromobile à partager notre émotion, comparable à celle qui étreint Lord Carnarvon et Howard Carter pénétrant dans la chambre de Toutankhamon ! Artcurial mettra en scène la magie de cette soixantaine de silhouettes mécanomorphes mystérieuses, telle une œuvre-d’art géante : la renaissance du rêve inachevé de son propriétaire…"

je n'arrive pas à comprendre que quelqu'un ait entassé ces journaux sur la Ferrari...?

Vous voyez : on passe de Toutannkhamon à l’art contemporain !


Rendez-vous le 6 février à Rétromobile !


voici une partie de l'inventaire, avec les trois coupés Saoutchik
P.S : on peut voir les hangars : https://www.youtube.com/watch?v=zz-cDGnZNlY#t=10

pour revoir la Talbo Lago Saoutchik : http://babone5go.blogspot.fr/2012/03/blue-car.html



vendredi 5 décembre 2014

T’as tort Jack


street art in Pyrénées

que vois-je au centre du rond-point annoncé par mon GPS ?

Pyrénée’s gate

Je vous ai déjà parlé du livre de Jack, où pourtant tenant d’un Art contemporain accessible à tous, il déplore la décoration envahissant les rond-points-suédois-naturalisés-français.(1). Je dirais moi qu’il s’agit d’un street art, (ça fait déjà plus chic en anglais), permettant la libre expression des municipalités, représentantes (démocratiquement fondées) de l’art populaire d’aujourd’hui.

Si je traduis autrement l’expression qui précède : « art » c’est art. « populaire d’aujourd’hui » c'est : « contemporain ». Il s’agit bien d’Art contemporain. Je vous ai donné plusieurs exemples d’art contemporain (assumé).

en voici une preuve supplémentaire !

Comme il y a beaucoup de rond-points en France, donc de lieux de décoration potentiels, et que la nature a par ailleurs horreur du vide, il devient légitime d’occuper ces territoires vierges, en y concentrant le potentiel des forces (techniques et artistiques) représentées par les employés municipaux. Les Chevaliers du Fiel ont bien tort de plaisanter l’action de ces collaborateurs actifs, comme vous allez le voir chez nous : certes ils passent le rotofil, mais ils sont capables de beaucoup plus.

la porte s'ouvre vers ... les Pyrénées
à l'opposé, elle s'entrouvre ... vers la Ville

Vous avez tous dans vos mémoires la star gate, la porte des étoiles. La porte devient le passage vers un autre monde. Non seulement le rond-point représente une étape décisive de simplification dans une circulation autrefois interrompue par les feux rouges. Mais s’ils deviennent une porte, leur signification monte d’un cran puisqu’ils deviennent le symbole de l’accès vers l’ailleurs. (je m’essaie à des commentaires appropriés décrivant les émotions que suscite l’Art contemporain).


Prenez par exemple une porte célèbre : je vous le fais en anglais, ça fera plus chic : « the Gate of the Catalan Countries (en catalan: Porta dels Països Catalans), a work of the sculptor Emili Armengol, marks the Northern starting location of the Catalan Countries in Salses, Pyrénées-Orientales (this part of France belongs to what is also called, especially in Catalonia, Catalunya Nord, English: Northern Catalonia).

Cette porte est une œuvre d’artiste contemporain. Elle marque l’accès à une région spécifique, où l’on parle catalan. L’art au service de la langue. L’art au service de l’unité régionale. L'écrivain nord-catalan Joan Lluís Louis a écrit récemment : « Brève histoire d'une porte ouverte ».




















Une porte n’est pas seulement une porte,

mais l’entrée vers une communauté de destin.

Autre exemple avec Pau.  La Ville de Pau (dont on connait l’universalité du nouveau Maire) vient de créer (à grands frais) un logo qui la démarque, avec les trois P : Pau, Porte des Pyrénées. Ces trois P me semblent totalement injustifiés : étant donné notre situation centrale entre l’Atlantique et la Méditerranée à Nous, c’est Nous, la Porte des Pyrénées.

P.P. Avec deux P seulement !


Notre territoire est, comme maintenant partout ailleurs, entouré de rocades et de rond-points. On commence depuis quelque temps à les décorer : au début, quelques arbustes ont permis de retrouver la tradition forestière d’occupation de l’espace. Puis, une fontaine a surgi d’un amas de gros blocs, astucieusement appareillés pour rappeler les cascades de nos montagnes. Puis, l’Association des médaillés militaires a compris qu’on pouvait ériger sur l’un d’eux une dalle commémorative, rappelant la mémoire des Anciens combattants.

Il nous restait (il existe tant de rond-points que tous n'ont pas été investis) quelques espaces vierges, notamment au Sud, vers les Pyrénées, donc vers l’Espagne. Inimaginable qu’ils restent vierges, alors qu’on peut les doter de belles allégories, comme la Porte de…


Ce matin, inauguration de l’ouvrage Sud, celui qui mène à Luchon, aux espaces enneigés vers lesquels va se diriger tout l’hiver la population toulousaine, avide de s’oxygéner de ski et autres sports de glisse. L’été, même furie pour s’oxygéner de promenades pédestres et autres sports de rafting.


S’agit-il bien d’une porte, qu’on imaginerait plutôt close, susceptible d’être fermée, comme pour garder une forteresse, ou pour faire payer l’octroi, une espèce de droit de douane comme c’était le cas autrefois ? Ou plutôt d’un portail, il vaudrait alors mieux parler  d’une grille, comme celle d’un château ? On va ouvrir ce portail pour rendre possible l’accès… aux Pyrénées. Inversement, va-t-on permettre le retour… ? La difficulté de cette porte (ouverte ou fermée), va être levée si on rend la porte transparente, ce qui est le cas d’une Grille, le mieux étant de l’entrouvrir. On pense de suite à la cage aux oiseaux de Perret. Vous voyez que le but est atteint : "les oiseaux sont libérés" : l’œuvre fait réfléchir !

J’imagine qu’il s’agit essentiellement des Pyrénées centrales. En face, pile la limite entre Aragon et Catalogne. Disons l’Aragon quand on arrive à Lès. Du coup, la complémentarité avec la Porta dels Països Catalans devient évidente. Plus précisément, notre porte désigne sans le dire (mais tout le monde ici le comprend)  la Porta dels Països aragoneses.




Je vous laisse admirer : tout un symbole : le Comminges s’ouvre à la mondialisation, et utilise l’Art contemporain au service d’idées fortes, comme notre complémentarité (historique et géographique) avec nos voisins-amis aragonais.



Je vous le disais :

Street Art ? giratoire Art ?

roundabout art ?

rotonda art ? (en espagnol)

miracle dera lenga ?




(1) P.S : mon tutoiement de Jack reste évidemment des plus respectueux http://babone5go2.blogspot.fr/2014/10/ouvrons-les-yeux.html

Julião Sarmento


sculpteur portugais



Voilà une entreprise célèbre : c’est elle qui a créé le fac-simile de Tutankhamun’s tumb, la tombe de Toutankhamon en français : quand vous avez besoin de la reproduction de quoi que ce soit, la grotte Chauvet par exemple, vous faites appel à elle : elle possède toutes les technologies possibles et les imprimantes couleurs 3D (énormes) pour reproduire tout objet, y compris d’art of course.(la langue espagnole n’est plus ce qu’elle était, pire la langue portugaise, elles parlent l’anglais comme tout un chacun).


C’est par ce détour que je tombe sur une sculpture de Julião Sarmento : notre ami Abbal est complètement largué, lui qui reprochait à Rodin de s’entourer d’élèves pour lui mettre en forme ses idées, la question étant : le sculpteur est-il responsable de son œuvre de A jusqu’à Z, où peut-il se contenter d’une esquisse (de lui) pour la faire exécuter par ses élèves (c’est lui qui signe à la fin). Le problème des œuvres en bronze se posant, car le fondeur (quand on fondait les originaux) jouait un rôle éminent alors. Epoque révolue !


Notre Julião qui voulait réaliser une œuvre monumentale (une femme de 2,4 mètres de haut) a donc décidé de confier le boulot à factum arte, plutôt que le faire lui-même. Le résultat est magnifique ! Je puis donc vous confirmer, comme vous l’aviez déjà deviné, que j’apprécie de plus en plus l’Art contemporain !


















Visite du site du Mamac (le musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice) : il possède deux œuvres de Sarmento : « Marlène » un acétate de polyvinyle de 190x185cm ; et « Second Easy Piece », réalisée en 2013 : attendez, il s’agit d’une composition complète, intégrant le mur peint de jaune, impression 3D ABS, bois, émail à l'eau sur verre, impressions à jet d'encre sur papier photographique, plexiglas, verre, acrylique sur papier, aluminium, copies laser, Styrofoam, plateau en fer, boîte en bois, jusqu’aux palettes sur laquelle est juchée la sculpture, dimensions : 366 x 700 x 295 cm.
















Cette œuvre a été  réalisée à l'occasion de l'exposition Julião Sarmento au MAMAC du 28 juin au 30 novembre 2014, qui vient juste de se terminer.

Comme l’indique le book, « L'artiste est né en 1948 à Lisbonne. Il est l'un des principaux représentants du renouveau artistique portugais. Il développe une oeuvre protéiforme (peinture, sculpture, dessin, vidéo, performance). Il développe une iconographie personnelle dont l'égérie est une jeune femme sans visage ». Ce détail a son importance : comme il est difficile de réussir le visage (dans une sculpture) l’astuce consiste à l’ôter, ce qui rend plus anonyme le corps restant : voici quelques résultats de cette femme sans tête (à moins que ce soit une allusion, qui serait alors machiste ?).




















En réalité, il faut savoir que notre ami (je ne vois pas pourquoi nous ne deviendrions pas amis) a vu son inspiration fortement influencée par deux maîtres : Edgar Degas et Marcel Duchamp, que Sarmento qualifie de «géants de l'histoire de l'art." 

J’avais bien le vague souvenir d’avoir déjà admiré ces silhouettes quelque part ! Toutefois, dans les versions de Sarmento, la forme de la jeune danseuse est celle d'une femme nue, placée dans le contexte des grandes installations multimédias. Mais au lieu d'être coulée dans le bronze, les oeuvres sont fabriquées avec la technologie contemporaine, d’impression en 3-D. Le titre de la plus grande figure, Big Easy, est un jeu de mots, un clin d'œil aux tournures de phrases de Duchamp. (vous connaissez n’est-ce pas le célèbre « nu descendant l’escalier » ?





vous connaissez forcément la...fontaine !



















Bientôt on va tous disposer d’imprimantes 3D

On va révolutionner nous aussi


L’art contemporain !

fignolage de la résine chez Factum arte
j'ai trouvé mon cadeau de Noël !

jeudi 4 décembre 2014

Ligona water mills (3)


Va savoir pourquoi, je tombe sur une description de l’ile de Lesbos, qu’on écrit aussi bien Lesvos. Oui, c’est la célèbre ile de Sapho ! Je pense de suite à la Sapho de Pradier, au Musée d’Orsay, plus facile de l’admirer ici qu’à Lesbos !

L'île a une superficie de 1632 km², avec 320 kilomètres de littoral, ce qui en fait la troisième plus grande île grecque. Mais elle est située dans le nord-est de la mer Égée : il faut donc s’y rendre par avion, aéroport de Mytilène !  Elle compte deux vastes baies intérieures, le golfe de Lera au sud-est et le golfe de Kalloni au sud-ouest.

Lesbos est montagneuse avec deux hauts sommets, le mont Lepetymnos (968 m) et le fameux mont Olympe (967 m) qui dominent au nord et au centre de l'île. Son origine volcanique se manifeste par la présence de plusieurs sources chaudes.


L'île est verdoyante, justifiant son appellation île d'émeraude, avec une flore d'une grande variété. Les onze millions d'oliviers ainsi que d'autres arbres fruitiers couvrent 40 % de l'île. Les forêts de pins méditerranéens, de châtaigniers et de chênes en occupent 20 %. Le reste est occupé par des broussailles, des garrigues et des paysages urbains. Forcément il y a des moutons et la tortue d’Europe, protégée. Dans la partie ouest de l'île se trouve la deuxième plus grande forêt pétrifiée de séquoias, après celle du parc national de Petrified Forest.














L'économie de l'ile est essentiellement agricole. L'huile d'olive est la principale source de revenu, avant que le tourisme s'en mêle.

Je m’intéresse à un tout autre domaine : comment les anciens, dans ces contrées sèches et remplies de cailloux, utilisaient-ils les énergies accessibles : éolienne ou hydraulique, pour broyer le grain, facilitant ainsi l’alimentation des populations ?


Je tombe sur la Ligona valley (puisque les Grecs s’adressent aux touristes en anglais), pour m’apercevoir qu’il existait, là-bas, des moulins qu’auraient très bien pu créer les Romains !

Les pierres sèches sont présentes partout. Les habitants les utilisent pour  construire des murs ; des maisons. Pas si difficile de construire les murs d’un moulin. En Crète, voici le principe, très simple : à l’intérieur, des engrenages sommaires de bois font tourner des meules. Voilà un moteur assez facilement construit. La technologie n’a pas évolué depuis 2000 ans !



Pareil pour le moulin à eau : il suffit d’une chute. Mieux, on va faire passer l’eau en pression dans une conduite, enrobée dans une espèce d’escalier de pierres sèches.  A l’aval, une roue à aubes de bois est construite comme une roue de char avec des pales plus larges : voilà une turbine. Plus tard en utilisant le fer on créera une roue Pelton : poussée par un jet sous pression, la voilà qui tourne, entraînant une meule de pierre qui pourtant frotte dur !

C’est tout proche de la petite ville de Pétra sur la côte, dans les montagnes de Pétri remplies de cailloux, que coule la rivière Ligona. Les habitants ont  dérivé les eaux dans de petits canaux en hauteur sur des terrasses. Et ont construit des cheminées de 15 mètres dans lesquelles ils faisaient s’engouffrer les eaux. En contre-bas, des roues, et voilà de petits moulins très efficaces.

l'eau canalisée arrive en haut ; passe en force dans la conduite bloquée par l'escalier de pierre, et
est turbinée dans le local en bas. Des chemins empierrés en zig-zag permettent de relier les moulins entre eux


Dans la vallée Ligona on trouve encore aujourd’hui  les ruines de 17 moulins à eau du 19ème siècle, la dernière phase de l'histoire de l'énergie de l'eau. Les moulins font partie de l'histoire médiévale et moderne de la région et sont une part intégrante de l'histoire économique et sociale locale. Ces moulins ont été utilisés principalement pour moudre le grain dans les domaines de Petra Stipsi, Vafeios, Lafiona et Petri. Ces moulins sont le vestige d’une activité économique importante exercée par un groupe social tout entier : meuniers, laboureurs, muletiers, etc.






















Aujourd’hui,  il n'y a qu'un seul moulin encore en activité à Lesvos, Mylelia (sur la route de Polychnitos à Mytilène). Là, on broie encore du grain à la manière traditionnelle, entre les grandes meules, et la boutique vend une large gamme de produits à base de farine dont naturellement des pâtes et une variété d'autres produits de l'île : olives, confitures de fruits et sauces tomate. La patronne est connectée, et je l’ai trouvée sur Linkedin : c’est Christina Panteleimonitis, il suffit de lui passer commande !





les iles autour peuvent être encore plus belles qu'en Bretagne !