jeudi 23 mars 2017

Les papillons de Dom Robert

Je reste dans le domaine religieux avec le dominicain, Dom Robert, découvert en consultant le mobilier National et les tapisseries de Louis XIV, qui voisinent avec les oeuvres bien plus modernes, de notre dominicain.

La contemplation de la Nature, voici sa source d'inspiration !

(j'imagine que j'aurais pu être moine ?)

Ode à la Création




Je cite la biblio de l'Association Dom Robert dont je vous donne le lien ci-dessous : "Guy de Chaunac-Lanzac est né dans le Poitou le 15 décembre 1907. Ce pays de frondaisons et de chasses a marqué son enfance de façon plus heureuse que son passage au collège des Jésuites de Poitiers qui fut, pour lui une longue épreuve. Il va ensuite à Paris, à l'école des Arts Décoratifs, qui ne le passionne pas davantage, mais lui permet de dessiner sur les champs de course. Puis, ce sera le service militaire au Maroc dans les spahis qu'il appellera ses grandes vacances. Il y dessinera aussi beaucoup, abordant sérieusement l'aquarelle qui fournira la matière à une exposition chez Bernheim Jeune.


aérodynamiques  flambés 


À son retour il travaille un temps aux Tissus Ducharne mais ses relations avec Jacques Maritain et surtout Maxime Jacob le conduiront à l'Abbaye d'En Calcat où il entre en septembre 1930. Il étudie la philosophie et la théologie et est ordonné prêtre en 1937. On l’appelle alors Dominique, Dom, Robert, pourquoi Robert ? je ne vais pas me risquer à évoquer le Robert d’hier ! ! 

À cette époque, il se remet à dessiner et à peindre. Il se consacre même à un Évangéliaire qu'il n'achève pas avant que la guerre le projette en Lorraine. A son retour dans l'Aude, aux environs de Carcassonne, il découvre un lieu merveilleux, peuplé de paons et une espèce de révélation le conduit à dessiner. Il réalise toute une série d'aquarelles qui, révélées par Jean Lurçat de passage au monastère en 1941, vont devenir des cartons puis des tapisseries. Deux tapisseries sont ainsi exposées au Musée des Augustins à Toulouse. Dom Robert est immédiatement reconnu. Mais ce succès soudain ne lui est pas propice : en 1948, il se réfugie en Angleterre, à Buckfast Abbey où les poneys de Dartmoor et les moutons sauvages seront une nouvelle source d'inspiration. Ses amis, les frères Gimpel, l'exposent à Londres en 1950.

les nacrés paraissent dans les garrigues

merveilleuses ombelles

Dom Robert revient à En Calcat en 1958 et retrouve ses marques dans cette région voisine de chez nous. Il se met à produire et ne s'arrêtera plus. Le lissier François Tabard le met en relation avec Denise Majorel et La Demeure, à laquelle il restera fidèle, organise sa première grande exposition. De même l'exposition Richesses du Tarn va d'année en année dérouler à Réalmont, la quasi-totalité de son œuvre. Voici les années soixante où Dom Robert consomme un accord définitif avec la Montagne Noire. Sa silhouette fine devient familière et il travaille avec une détermination étonnante et une sérénité sans cesse renouvelée.



Avec l'âge la fatigue physique, le freine. Il approfondit ses dessins et les termine plus volontiers à la gouache. Il n'affronte plus les grands espaces que sont les cartons de tapisseries. Il veut aller au Portugal voir les azulejos, il est persuadé que la céramique peut se révéler un nouveau moyen de s'exprimer. Il réalisera même un grand panneau décoratif pour l'église Notre-Dame de Grâce de Toulouse. Mais il n'est que moyennement satisfait. En vérité, ce qu'il souhaite c'est parcourir la campagne et dessiner, dessiner sans fin. 

En 1994, une mauvaise chute dans un escalier lui fait arrêter toute activité. Il décède à l'abbaye d'En Calcat entouré de ses frères moines, le 10 mai 1997, à l'âge de 90 ans. »


Flambés ; argus bleus et écailles chinées, tout ce que j'aime


melanarghia occitanica





rendez-vous à l'Abbaye d'en Calcat...
(en Dordogne)



...et offrez de ma part à votre amoureuse :

un twill de soie 90g roulotté main

d'après la tapisserie Prairial

70 x 70 cm (152€)

orné de deux colias couleur soleil !
http://www.encalcat.com/le-carre-de-soie-dom-robert_110.php


mercredi 22 mars 2017

Aventures de papillons




io est partout !



des ocelles dessus

mais

tout noir dessous !








cherchez sur votre moteur de recherche :


Aventures de papillons !


http://www.bing.com/search?q=aventures+de+papillons&go=Rechercher&qs=bs&form=QBRE

https://fr.search.yahoo.com/yhs/search?type=avastbcl&hspart=avast&hsimp=yhs-001&p=aventures+de+papillons



Soulage n'a rien inventé en matière de NOIR
encore une fois, on ne voit que quatre pattes (donc deux par moitié)
comme chez toutes les vanesses
vous voyez qu'elle suce le nectar
(je pense que c'est une dame, à l'allure de son ventre rebondi)
et ses zébrures NOIR sur NOIR la rendent invisible, les ailes repliées :

voyante dessus

en deuil dessous

c'est une vraie dame ...fatale !
Albert Anatole Martin Ernest Lambron des Piltières 1836
Cupidon and the young widow


Cupidon=ailes d'oiseau ; Psyché ; peacock butterfly

(elle n'est pas encore joyeuse, mais ça ne va pas tarder !)





mardi 21 mars 2017

Robert le diable

livre d'heures d'Anne de Bretagne
la chenille
Je reste avec le diable. Le mien se nomme Robert mais c'est...

...un papillon !

             Robert...

                      ...  le Diable !

En réalité, le nom latin est Polygonia : qui a plusieurs angles, des polygones, qui marquent bien (un peu comme Gonepteryx le citron) les angles exagérés des ailes. Voilà le nom, le prénom étant C-album, pour désigner le grand C blanc en plein centre des ailes postérieures : je vous ai déjà montré les lettres de l'alphabet qui ornaient les ailes des papillons, lui est typique de la lettre C, ou Gamma grec, sauf qu'elle fait un angle de 90°, et qu'il faut la lire de travers.

La chenille "bedeau" a sur le dos une large bande longitudinale blanche qui la fait ressembler à l'habillement d'un bedeau, du moins pour ceux qui se souviennent de ce que c'est ! On la trouve sur le houblon, le groselier et les orties.


comme ses cousins vanesses : sur l'ortie


de profil, comme beaucoup de vanesses, on ne voit que deux paires de pattes :





colloque de diablotins

Alors, pourquoi le nom français : Robert d'abord, le diable ensuite ?

Pour certains historiens, Robert-le-Diable est en effet le surnom donné à Robert de Montgommery, là où d'autres l'attribuent à Robert le Magnifique, père de Guillaume le conquérant. Par ailleurs, le profil des ailes très découpées de ce papillon ayant des allures de ...diable moyenâgeux ..., et la couleur du "diable enrhumé" (un mélange de couleurs chamarrées qui jurent entre elles) l'association d'idées a semble-t-il fait le reste. 

Au final, et vous l'aurez compris, les voies (impénétrables) de l'entomologie 

ne sont pas loin d'égaler celles du Seigneur :

dans sa bagarre éternelle avec son ennemi :

le diable !



j'ai feuilleté pour vous tous les livres d'heures connus

pas évident d'y trouver le diable

forcément, ne pas le représenter est la meilleure manière

de ne pas le fréquenter !

on voit bien des cousins, telle cette petite tortue

mais voilà le risque :

je n'ai pas envie de me retrouver embroché sur une pique !

Pour les Normands : la légende raconte comment la femme du duc de Normandie, par dépit de ne pouvoir avoir d'enfant, voua à Satan un enfant à sa conception, enfant surnommé Robert le Diable et qui  terrifia la contrée par ses exactions (on discerne ici le thème de Merlin, héros rédempteur marqué par ses origines diaboliques). Son enfance est marquée par le meurtre de son précepteur et les violences exercées contre les autres enfants ; son investiture comme chevalier lui donne l'occasion d'exterminer les meilleurs participant du tournoi organisé en son honneur au Mont-Saint-Michel. 

Mis hors-la-loi, il devint le Capitaine de tous les mauvais garçons du pays et se livre, comme Gilles de Rais, aux pillages, coupant les gorges, forçant les hommes et violant les femmes et les nonnes, profanant les églises, incendiant l'abbaye d'Arquès, "tuant sept hermittes dans un bois", jusqu'au jour où il parvient au château d' Arquès où il rencontre sa mère. Celle-ci lui révèle la malédiction qui pèse sur lui, et Robert se repent immédiatement et part en pèlerinage à Rome, où il se confesse au Pape. Il va trouver alors un ermite qui lui indique sa pénitence : contrefaire le fou, rester muet et disputer sa nourriture aux chiens.  Viennent ensuite sept années de pénitence à la cour de l'empereur de Rome, dont il devient le fou (la folie pénitentielle succédant à la folie destructrice du début). 

Mais les Turcs déclarent la guerre contre l'empereur et envahissent l'Italie, tandis que son Sénéchal le trahit et sert le camp des Infidèles. Robert, qui reçoit d'un ange un cheval et une armure,  secourt l'armée par trois fois en conservant l'incognito, et est blessé par un chevalier. le Sénéchal félon prétend être responsable des victoires remportées par Robert, mais la fille de l'empereur, muette jusqu'alors, démasque l'usurpateur et révèle les exploits de Robert. Dans la version médiévale, l'ermite annonce à Robert le pardon de ses fautes et il finit saintement sa vie dans la solitude, l'ascèse et la prière. Il est enseveli à Saint-Jean de Latran avant qu'un seigneur du Puy vienne dérober ses ossements et fonder une abbaye. Dans les versions postérieures au XIIIe, Il épouse la fille de l'empereur puis devient duc de Normandie.


PS : Une fois encore, merci à Jean-Yves Cordier pour la documentation inouïe de son blog, et l'excellence de ses textes sur la zoonymie des papillons :


le colporteur de livres : Histoire mystérieuse de Robert le Diable

je vous rappelle la tête du diable sur les ailes postérieures du Vulcain

et le châtiment dans le livre de Catherine de Clèves
personne n'a envie de vivre ça pour l'éternité !

lundi 20 mars 2017

19 mars et l’humour de Dieu

le Maitre de cérémonies prend le programme en mains
Grand rassemblement commémoratif ce dimanche matin 19 mars : vous savez j’espère de quoi il s’agit ? le cessez le feu en Algérie ! 1962, le retour des rapatriés, valise à la main, virés de ...chez eux ! La colonisation était loin d’être un crime, contrairement à ce qu’en dit de manière excessive le jeune Emmanuel M. : même Mohamed Fellag « humoriste algérien » en sourit : il parle d’une indépendance ratée, et d’une colonisation interrompue. En tout cas, nos rapatriés à nous, ils sont là, nous avions promis un an auparavant de créer un monument digne d’eux et de leur souvenir, nous avons tenu parole.

C’est drôle la réalité d’une France dont on ne parle pas, alors qu’elle est majoritaire sur le terrain. Nous sommes Dimanche, et la messe dominicale a lieu à 10 heures et demie. Pas question de troubler cette messe par une commémoration patriotique :  il y a là facilement 150 personnes, je compte une vingtaine de drapeaux dont six de la FNACA représentant les anciens rapatriés, venus commémorer l’évènement depuis tout le Sud de la Haute-Garonne. Nous avons pu avoir une messe spéciale, à 9 heures, et l'église est pleine. Les ordres sont donnés par notre Maître de cérémonies, personne ne songerait à contester quoi que ce soit ! Un à un seront appelés les morts en Algérie, de tous les cantons environnants, devant le monument aux morts de la guerre de 14, suivant un protocole longuement répété.

à l'élévation, les drapeaux s'inclinent

L’organiste accompagne l’office sur l’orgue de Cavalier Coll. Les drapeaux dans le chœur s’inclinent à l’élévation en signe de respect. Un étrange code intime lie tout un chacun dans des racines chrétiennes communes. Signe des temps, le prêtre est noir, et évoque le dialogue de la Samaritaine avec le Christ, quand le Prophète demande à la femme de lui faire boire l’eau du puits, et lui promet d’étancher sa soif pour l’éternité.

Je me risque à quelques photos, tellement l’évènement (en pleines présidentielles) me parait décalé : manifestement Dieu (chez qui nous sommes), s’amuse ce dimanche matin à nous regarder, officiels et simples participants, lui rendre un hommage appuyé : la majorité croit (en lui) et a la foi. C'est une vraie messe avec communion, les communiants sont nombreux ! Le moment est réellement émouvant.


L’an passé, nous avions, nous la Municipalité,  promis une stèle sur l’emplacement de l’ancienne place du 19 mars 162, à vrai dire deux moches places de parking sur un mur moche, à l’entrée d’un parking moche.



drôle après les évènements d'Orly de se retrouver au milieu du piquet d'honneur !



Promesse tenue, tout le monde s’en étonne tout en se persuadant que nous allions la tenir, la promesse, car dans la France d'en bas, les élus tiennent leurs promesses : un morceau imposant de marbre de Saint-Béat symbolise les racines que nos rapatriés ont ici, dans leur territoire. Accolé à une aile de la paix, en acier corten, garanti ne plus jamais rouiller pour toute l’éternité.

On a fêté la fragilité de la Paix ce matin

(sous l'oeil ironique de Dieu)

Le Seigneur nous regardait et souriait de notre sérieux

en se moquant (gentiment) de nous

Mais on l’a fait exprès

On n’est pas si bêtes qu’on croit, ici, pas loin des Pyrénées :

on n’a pas peur de l’humour...

...de Dieu



il faut reconnaitre qu'IL

nous avait accordé un soleil printanier extra !