jeudi 13 février 2020

Robert Pujol remplit la médiathèque !


Une conférence du premier mardi du mois supplémentaire ! Celle de février. C'est à nouveau Robert Pujol ! Je dis "à nouveau", parce qu'il avait débordé lors de sa dernière prestation (1) et n'avait pu finir son sujet : "les plantes médicinales des Pyrénées". Il n'a pas tout à fait terminé là encore, tant le domaine est vaste ! Je ne m'étais pas méfié, impossible de garer mon véhicule dans les environs, j'arrive à 17H28 deux petites minutes avant le début à 17H30, rigoureusement respecté par le Secrétaire Général de la S.E.C... l'amphithéâtre est bondé. Je me dis que je vais tenter ma chance devant aux rangs des VIP : aucun fauteuil libre, les Autorités sont en nombre ! Une unique place disponible : l'avant dernière marche de l'escalier : je m'assois sur mon duffle-coat plié sous les fesses, pas terrible mais bon, je suis assis, et devant ! 




C'est là que je perçois l'âme de l'assistance : nous sommes dans le Comminges, un endroit encore miraculeusement préservé de la folie du Siècle : veut-on se rendre dans une ville ? On va à Tarbes. Mieux à Toulouse ...une mégapole barrée de bouchons automobiles, accessible uniquement par le train (quand il fonctionne) ? Arrivés sur place, facile alors de se balader en métro ou en bus. Mais pour les courses banales, on reste sur place, pour les examens de santé, on a un nouvel Hôpital. Pour les cas graves, on vous transfère à Purpan. Pour les courses, on a notre super-Leclerc-géant. Pour les achats spéciaux : internet. Par contre pour respirer de l'air frais, boire de l'eau pure, côtoyer les petits oiseaux, les fleurs et les papillons, il nous reste de la marge, dans notre "Jardin Planétaire", (2) replié sur les Pyrénées Centrales incluant nos voisins du val d'Aran, qui nous reçoivent si bien.

Au début de sa conférence, Robert Pujol insiste sur les valeurs que représentaient dans les années 70 la nature et la montagne : c'étaient des Créations divines, Gaïa, la Terre-mère, un don de Dieu, on les respectait et en prenait soin. On herborisait les plantes médicinales lors de jours particuliers, marqués par la fête des Saints, et on  prélevait avec modération, pour permettre à la Nature de perpétuer les espèces. Robert râle, quand il observe la contradiction entre la rareté du Génépi, la difficulté d'en ramasser quelques brins après une dure escalade ; et la quantité énorme de bouteilles que distribuent les professionnels ! qu'y a-t-il vraiment dedans ? Pire, en s'attaquant aux plantes "rares et sauvages", le must de la mode pour désigner les espèces en voie de disparition, les ramasseurs professionnels arrachent tout avec des pelles mécaniques, détruisant les plantations après leur passage : tel est le cas des gentianes...!


Comme la fois précédente, il énumère les plantes médicinales les plus connues, évoquant ses expéditions, et les notes prises durant sa vie pour élaborer décoctions, remèdes, boissons, préparations que prescrivaient jusqu'aux années 70 les médecins. Il y a deux manières de concentrer les principes actifs : soit les diluer dans l'eau, on en fait des tisanes. Soit dans l'alcool (à 40°), qui peut être un simple vin. Pour confectionner un génépi, il nous raconte le principe des 40 : 40 brins. 40 sucres, dans l'alcool à 40°, le tout macéré 40 jours...!

On a oublié (pour peut qu'on l'ait jamais su) toutes ces plantes, le bouleau, dont une branche donne du jus de bouleau en abondance ; le sorbier des oiseleurs d'où vient le sorbitol. Le pin à crochet, expectorant bactéricide, dont on récolte les bourgeons. Autrefois l'instituteur mettait sur le poêle une casserole d'eau contenant eucalyptus et bourgeons de pins, formule intéressante pour assainir l'atmosphère de la classe. 


le Raisin d'ours est excellent contre la cystite, avec 20g de fleurs de bruyères ; 20g de busserole (c'est le synonyme) ; 2g d'espérule (Galium odoratum) ; et 20g de baies de genèvrier, le tout en infusion. On entend des rires de connivence dans la salle, on devine des spectateurs concernés je devrais dire des spectatrices).

Avec le genèvrier, on parfume le feu de bois quand on cuit une viande sur la braise. C'est le principe de la fumigation, qui réalise un effet antiseptique.

Attention au Rhododendron ! c'est un neurotoxique ! Si des abeilles (turques) butinent la variété (turque de rhododendron) elles rendent leur miel toxique, tant pis si vous en importez par mégarde : mieux vaut consommer du miel des Pyrénées qui est de ce point de vue sans danger : pour les autres, c'est l'intoxication, déjà  décrite par Xénophon !

On en arrive au saule : il produit l'acide salicylique, extraite de l'écorce. En 1899, Bayer dépose son brevet : il a limité les défauts de l'acide, perçant les parois, par acétylation, créant l'aspirine, déjà conseillée par Hippocrate sous forme de décoction d'écorce de saule pour lutter contre les fièvres et les douleurs. On peut aussi faire mariner des racines dans l'huile d'olive pour en faire un onguent.

Attention, on monte encore dans l'étage subalpin des estives, avec l'aconit napel ou casque de Jupiter. 

L'aconit est connu depuis l'Antiquité pour l'activité toxique de ses alcaloïdes puisqu'on l'utilisait pour la chasse ou empoisonner l'eau potable. Une légende grecque le disait issu de la bave des crocs du Cerbère, chien féroce à trois têtes gardant l'entrée des enfers et ramené sur Terre par Hercule. Cela montre à quel point on redoutait les effets de son poison.

Dans le mythe de Jason et des Argonautes, dont l’épopée a pour objectif ultime la conquête de la Toison d’Or, Médée utilise l'aconit pour essayer de tuer Jason, lorsque ce dernier manifesta sa volonté de ne plus être son amant.

Durant l'hiver 183 avant Jésus-Christ, Hannibal se serait suicidé avec un mélange d'aconit et de ciguë, qu'il détenait dans une de ses bagues pour éviter d'être livré aux Romains. Les Gaulois l'ont utilisé pour chasser les loups et les ours qui occupaient les forêts en en enduisant leurs flèches. Au Moyen Âge, Aconitum napellus était considérée comme une plante magique associée à la magie noire. Le casque de Jupiter est craint comme la peste par les loups-garous, les vampires et les démons. Certains rebouteux et guérisseurs prescrivaient l'aconit aux malheureux qui se croyaient eux-mêmes transformés en loup ! À la Renaissance, poison familier des Borgia, il avait leur préférence pour l'atroce agonie que son ingestion provoquait. Attention aux salades ! attention aux bulbes en omelettes ! Même toucher la plante entraîne une migration de l'aconitine par les graisses et occasionne les premiers symptômes... des sueurs, des nausées... précédant l'issue fatale ! pire encore que la digitale !

Robert passe en revue le lotier, l'iris des Pyrénées qui est un vomitif et purgatif, la gentiane de Burser. Depuis que les Américains ont découvert la Suze, ils font ramasser les gentianes dans tous les Massifs européens, provoquant un risque grave de disparition de la plante.


La fleur mythique est l'edelweiss, immourtèla en Béarnais, flore de neou en Bigorre, dont Nadau a fait une si jolie chanson.




Non ce n'est pas la peine de tout arracher, l'ingestion ne confère par l'immortalité !

Et voilà le Pied de chat, la Valériane des montagnes, l'Absinthe, l'Armeria ou Antennaire des Carpathes, le génépi blanc, 30 brins+25 morceaux de sucre+1l d'alcool à 42° macéré 15 jours avec tous les jours une heure d'exposition au soleil du Sud.... on peut ajouter de l'absinthe, ou/et de l'anis ou/et de l'écorce d'orange...chacun autrefois différenciait sa recette en parcourant les montagnes de haltes en haltes dégustatives !


Dix neuf heures sont passées... la salle reste pleine, personne ne veut sortir... Je m'extrais de mon escalier, aspiré par les assis-des-escaliers qui dégagent la place pour les assis-qui-ne-veulent-pas-partir...

Robert Pujol, comme Nadau, sont les chantres

de nos Pyrénées Centrales

on en redemande !


pour approfondir :

Thebe n'est pas en Egypte, mais pas loin d'ici
une des capitales de notre Jardin planétaire

PS (1)

PS (2)
Hervé Bichat, malheureusement disparu, m'avait associé au "Jardin planétaire", identifié à partir des données satellitaires de l'information géographique naissante dans les années 2000, et que je pilotais en France. Je considère toujours que les Pyrénées centrales, par leur géologie, leurs sols, leur altitude, leur variation climatique Nord-Sud, leur découpage international, leurs plantes, leur faune d'arthropodes dont les papillons évidemment, leur faune d'oiseaux et mammifères, sont partie constituante du Jardin Planétaire, qui explique l'existence des Parcs nationaux et régionaux actuels, avec le projet qui avance de Parc Régional naturel. L'homme a occupé ces territoires depuis la nuit des temps, le rôle de notre génération étant de les protéger des prédations des foules, qui détruisent désormais par leur simple nombre les plus beaux coins de la planète.