samedi 3 janvier 2026

La pyramide de Djéser édifiée avec ... un monte-charge hydraulique ?


Les Égyptiens auraient construits les pyramides grâce un procédé «high-tech» à base d'eau, révèlent des archéologues

Publié le 20 Déc 2025 à 17H00 / modifié le 20 Déc 2025_Auriane Polge

© Ayman Zaid-SHUTTERSTOCK

Des découvertes récentes autour de la pyramide de Djéser révèlent un système hydraulique sophistiqué, remettant en question les méthodes de construction des anciens Égyptiens. Un réseau complexe de barrages et de bassins souterrains témoigne d'une maîtrise technique avancée.

Au cœur du désert égyptien, entre sable et ruines millénaires, une énigmatique enceinte de pierre intrigue depuis des décennies sans révéler son secret. Construite bien avant les grandes pyramides, elle pourrait détenir la clé d’un savoir oublié. En observant les traces d’eaux anciennes, des chercheurs suggèrent que la construction hydraulique des pyramides aurait été rendue possible grâce à un ingénieux système de retenue et de circulation de l’eau, transformant un environnement aride en moteur de l’une des plus grandes prouesses architecturales de l’histoire.

Un barrage de pierre pour capter et stocker les crues du désert

Sur le site de Saqqarah, une structure monumentale intrigue depuis longtemps les chercheurs. Baptisée Gisr el-Mudir, cette enceinte rectangulaire de près de 360 mètres de long est l’une des plus anciennes constructions en pierre d’Égypte. Jusqu’ici mal interprétée, elle est aujourd’hui réévaluée grâce aux travaux de Xavier Landreau et de son équipe du CEA Paleotechnic Institute, publiés dans la revue scientifique PLOS ONE. Selon eux, cet édifice n’était pas un enclos rituel ou une enceinte défensive, mais bien un barrage capable de retenir les eaux de crues venues des oueds voisins.

on ne voit pas grand chose sur Googlearth

la pyramide à degrés bien visible

le croquis sur Googlearth qui montre les enclos

Les chercheurs ont étudié les pentes, les anciens cours d’eau et les marques d’érosion visibles dans la région. Grâce à ces indices, ils ont reconstitué un bassin versant capable d’acheminer l’eau jusqu’à l’enceinte. Celle-ci aurait alors servi de réservoir temporaire. Le barrage de pierre aurait retenu près de 400.000 mètres cubes d’eau. Une telle quantité suffisait à soutenir un chantier de grande ampleur. Pendant les crues saisonnières, l’eau captée charriait aussi des sédiments. Ceux-ci se déposaient ensuite dans une série de bassins naturels aménagés en aval.

Cette découverte repositionne le rôle du site de Saqqarah dans l’histoire égyptienne. Le choix de son emplacement ne semble plus seulement dicté par des considérations religieuses ou politiques, mais aussi par des critères géologiques et hydrologiques. Comme le note le site Armées.com, cette nouvelle lecture du paysage révèle une stratégie d’aménagement du territoire jusque-là insoupçonnée pour cette époque.

Comment la construction hydraulique des pyramides aurait fonctionné

La présence d’eau en quantité suffisante, stockée en amont, ne suffisait pas à hisser les blocs de calcaire. C’est dans les tréfonds du complexe de Djéser que se cache la clé de voûte du système. Au sud du monument, une vaste tranchée creusée dans la roche, longtemps considérée comme symbolique, présente une succession de bassins et de compartiments reliés entre eux. Ce réseau, appelé "Deep Trench", fonctionne comme un système de traitement de l’eau. Les sédiments les plus lourds se déposent d’abord, l’eau s’éclaircit peu à peu, avant d’être transférée plus loin.


voici la tranchée symbolique, destinée par les archéologues (symboliques) à symboliser le rite de la tranchée dans la religion de l'époque, où tout était religieux, même les tranchées

Cette eau purifiée aurait ensuite alimenté un système de levage vertical situé sous la pyramide. Là, deux puits verticaux, reliés par une galerie souterraine de 200 mètres, auraient permis l’installation d’un dispositif de flottaison. Les blocs, placés sur une plateforme flottante, auraient été élevés par la simple pression de l’eau injectée dans les puits. Une fois la charge arrivée à hauteur suffisante, il ne restait qu’à la glisser sur les assises supérieures du monument.

Les structures observées dans les galeries, les compartiments souterrains et les conduits à l’intérieur de la pyramide soutiennent cette hypothèse. Certains éléments en granit, dont on pensait qu’ils étaient liés à des fonctions funéraires, montrent en réalité les caractéristiques d’un système de bouchage et de régulation des flux. L’ensemble fonctionnerait un peu comme un ascenseur hydraulique, utilisant la force de l’eau pour réduire l’effort mécanique nécessaire.


Reconstitution par CAO du système de vanne situé à la base du puits central sous la pyramide à degrés de Djoser

Une technologie sophistiquée à la mesure des ambitions pharaoniques

Si cette hypothèse de construction hydraulique des pyramides semble audacieuse, elle s’appuie sur des éléments concrets observés sur le terrain. Le barrage, les bassins, les galeries et les puits présentent tous une organisation logique, compatible avec une chaîne hydraulique. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les Égyptiens maîtrisaient déjà de nombreuses techniques liées à l’eau. Canaux d’irrigation, vannes en bois, barrages agricoles : les vestiges de cette civilisation témoignent d’un savoir-faire hydraulique bien établi.

L’étude va plus loin. Elle montre que ce système évitait de bâtir d’immenses rampes extérieures. Cela réduisait fortement les besoins en main-d’œuvre. Les contraintes logistiques s’en trouvaient également allégées. Le chantier gagnait alors en efficacité, en sécurité et en précision. Cette méthode n’interdit pas totalement l’usage de rampes. Mais elle offre une solution complémentaire, à la fois crédible et ingénieuse.

Ce niveau d’ingénierie, très en avance sur son temps, pousse les chercheurs à reconsidérer d’autres monuments de l’Ancien Empire. La pyramide de Djéser, souvent perçue comme un prototype, pourrait en réalité avoir été le fruit d’une technologie très aboutie, que les dynasties suivantes n’ont pas toujours su reproduire.


à quoi cela ressemble en vidéo, les blocs montés un par un sur un radeau flottant :

https://www.facebook.com/reel/832735049522531

Ce que les vestiges hydrauliques de Saqqarah changent dans notre lecture du passé

Jusqu’à présent, les pyramides étaient étudiées presque exclusivement sous l’angle symbolique ou architectural. La découverte d’un système hydraulique aussi vaste et intégré ouvre une autre voie. Elle montre que les bâtisseurs de l’époque ne se contentaient pas de répondre à un projet religieux. Ils concevaient aussi un écosystème technique durable, adapté à l’environnement et aux ressources disponibles.

Ce type d’approche pluridisciplinaire, mêlant archéologie, hydrologie et géotechnique, permet d’enrichir notre compréhension du passé. Elle révèle une organisation du travail sophistiquée, une gestion des matériaux rigoureuse et une exploitation fine du territoire. Il est désormais plausible d’imaginer que les pyramides n’étaient pas uniquement le fruit d’une mobilisation massive de main-d’œuvre, mais aussi le résultat d’un génie technique sous-estimé.

Cette perspective remet en lumière les capacités d’innovation de l’Égypte ancienne. Et elle invite à poser un nouveau regard sur d’autres sites monumentaux, à la recherche de traces similaires de systèmes hydrauliques enfouis ou oubliés.

Bravo les Ingénieurs ! Le 16 juin 2025, Xavier Landreau et son équipe du CEA Paleotechnic Institute révèlent une nouvelle interprétation de l'enceinte Gisr-el-Mudir à Saqqarah. Enfin une approche cartésienne, un jour on comprendra comment les égyptiens anciens découpaient des blocs de granit avec des boules de granit elles-même découpées avec des burins de cuivre...!


la synthèse en vidéo :


Google earth ne nous donne que quelques informations réduites sur le coin
comme le Musée d'Imhotep