le double mur de 400m dans le village |
les barthes de Jean-Marc...
...le port romain autrement !
Je n’en ai pas fini avec
Vacabrère, commencé ici : http://babone5go2.blogspot.fr/2016/06/valcabrere-1.html,
et apparemment terminé
là : http://babone5go2.blogspot.fr/2016/06/portus-convenae-7.html.
Vous allez me dire que je n’étais pas trop certain de moi avec cette
hypothèse de quais en dur du port romain, surtout ce qui me gênait, c’est cette
Garonne barrée par un mur (romain) pour la faire monter de…dix mètres ? Un
peu trop ? Sûrement !
ce billet est très sérieux : tout repose sur la carte et les photos aériennes de l'IGN ...et puis sur les investigations sur le terrain ! |
Pourtant, je retrouve les
fondations du barrage présumé sur cette photo. Bien avant le verrou glaciaire
de Gourdan, tout en marbre, qui rejette la Garonne vers le Nord : il suffit
de louer un canoë pour aller voir de plus près, facile d’imiter ces estivants :
à gauche le verrou glaciaire de Gourdan en plein marbre au centre, est-ce la trace du barrage romain ? |
pourquoi l'accostage ne se ferait-il pas au Sud du moulin des moines desservi par le chemin qui remonte vers le plateau ? |
Je trouve même tout près du
fleuve, proche du moulin des moines, ce magnifique paysage de Garonne, à l’étiage,
parsemée de renoncules en fleurs, un lieu d’accostage parfait, d’où il suffit de
tirer des colonnes (fictives) de marbre pour les faire remonter sur le plateau (la pente est très raide, mais enfin… !)
des plaques de renoncules flottantes (ranunculus fluitans) |
Pourtant, Jean-Marc Rinkel, l’architecte
qui nous accueille aimablement ce mardi 2 août pour nous montrer les détails du
paysage passés inaperçus, nous cite ces études : « Nouvelles données sur l'urbanisme de
Lugdunum des Convènes. Prospection aérienne et topographie urbaine. Jean-louis
PAILLET, Catherine PETIT. 1992, Aquitania, tome X ». On y parle non
seulement du port fluvial, et aussi d'un amphithéâtre permettant l'organisation
de spectacles de batailles navales (au-dessus de l'actuelle station
d'épuration), qui « posent la question d'un possible barrage au niveau des
"gorges" situées entre Bordes et Barsous ». Ouf, voilà du renfort ! Décidément cet hiver il faut
absolument relire les revues de la Société d’Etudes du Comminges, et les
articles oubliés de Gabriel Manière, en charge à l’époque du canal de Saint
Martory ; et de Simone Bouch. Et puis, il faut lire l'AVAP, je vous mets le lien in fine !
Nous nous livrons donc à une
ballade étonnante, dont le fil conducteur est le suivant : Valcabrère et
St-Bertrand sont dominés par le Turon de Campels, 828m. Par le Sarat, 711m. Par
Campan, 602m. Sans oublier le Mont Lau, 608m. Toutes ces montagnes ruissellent,
l’eau pluviale étant collectée par deux ruisseaux, de Rioumort, et de Sarp, qui
finissent par se jeter dans la Garonne, par le vallon encaissé qui débouche sur le moulin des moines.
Eh bien, exactement comme en
Provence, ces ruisseaux à l’époque médiévale, ont été eux-mêmes collectés en
fossés d’irrigation gravitaire, irriguant des calans, exactement comme en Crau. On reconnait bien ces prairies nivelées, séparées par des murs de
galets pris en Garonne. Séparées par des chemins rehaussés par rapport au
terrain avoisinant de 1 m de hauteur, eux-mêmes longés par des fossés. De l’irrigation
gravitaire destinée à produire du foin, pour élever du bétail, le même qui
était vendu dans le marché romain bien identifié au centre-Ville. Là où l’interprétation
de Jean-Marc est fascinante, est que comme les alluvions de la Durance en Crau,
apportant des particules fines s’accumulant sur les terrains originaux, (la nite),
il estime à 1, voire 2 m les apports en 2000 ans, depuis la période romaine, prolongée
par l’époque médiévale. Au lieu qu’à Pompéi la Ville et sa proche banlieue
soient recouvertes par des cendres volcaniques, ici la couverture est en terre
d’érosion venant des montagnes environnantes. Creusons deux mètres, on
retrouvera les mosaïques préservées.
la route rehaussée d'un mètre ; les fossés longitudinaux ; les barthes |
les mêmes qu'au marché romain central |
le calan ; le fossé d'irrigation ; la route forme barrage ; d'autres fossés, les barthes |
Nous parcourons les prés nivelés
entourés de leurs fossés et de leurs murs bas, pour retrouver les fossés d'aujourd'hui, bien
mal entretenus : du coup, les terrains restent humides et le maïs pousse
tout vert sans aucune irrigation artificielle. Le camp romain de forme carrée
reste entouré de son mur d’origine, en béton (romain), qui s’enfonce de 2 mètres
lui aussi !
Autre observation : le
village de Valcabrère est implanté rive gauche de la Garonne sur une falaise
parfois abrupte, faite de limons dont la pente naturelle est plutôt 45° que de 90° ! Aussi toute la berge
est confortée de murs de soutènement (nous y voilà) qui permettent aux jardins
de surplomber le fleuve, avec des vues magnifiques.
du béton romain ! |
Nous retrouvons la trace de ces
murs au moulin des Moines. Pour Jean-Marc Rinkel, ce sont ces mêmes murs de
soutènement que l’on prend pour les embarcadères du Port Romain, et qui d’une
certaine manière étaient le rempart final des barthes situées plus au Sud, pour
bloquer la rive gauche.
de simples murs de soutènement, formant terrasse de l'ultime barthe ? |
Dernier argument, un mur
parallèle, ou plutôt deux murs parallèles d’une longueur de 400m, séparés de 7
à 10m et comblés de matériaux de réemploi, marquent toute la partie Sud du
Village de part et d’autre de la route principale, sans doute située sur la
route romaine, confortée plus tard par les Evêques.
on en distingue la partie Sud en bas à gauche : le jardin de chaque maison est traversé sur ce mur qui forme une terrasse sur laquelle ont été plantés des arbres d'ornement |
Les romains ont donc réalisé des travaux romains
à Valcabrère
le port n’est pas le
port
à l’époque médiévale,
les prés étaient irrigués par des calans comme en Crau
les basiliques s’ajoutaient
les unes aux autres
le marbre était le
matériau de choix, transporté jusqu’à Versailles
et les de Lassus en
contrôlaient la distribution, pour le compte du Duc d’Antin, neveu de la duchesse
de Montespan,
faisant de Valmirande un Conservatoire unique des
marbres pyrénéens…
…que
d'histoires !
la photo de la carte en tête : on distingue parfaitement le camp romain carré : des barthes, partout ...! |